← Retour à la liste
school Formation — Septembre 2019

Enrique Lorca Sanchez : « L’EFA vise à harmoniser les formations des enseignants et des élèves en Eu

Enrique Lorca Sanchez, président de la Fédération des auto-écoles de la région de Murcie en Espagne, a été élu président de la Fédération européenne des auto-écoles (EFA) pour trois ans, en mai dernier, à la suite du britannique John Lépine. Il nous explique les objectifs de l’EFA.


La Tribune des Auto-Écoles : Pouvez-vous nous présenter la Fédération française des auto-écoles et notamment nous dire ce que signifie exactement l’acronyme EFA ?
Enrique Lorca Sanchez, président de la Fédération des auto-écoles de la région de Murcie en Espagne et président de la Fédération européenne des auto-écoles : Les lettres EFA viennent de l’allemand pour Europäische Fahrlehrer Assoziation, que l’on traduit par Fédération européenne des auto-écoles. C’est une association basée en Grande-Bretagne, à Manchester qui regroupe des fédérations d’écoles de conduite d’une vingtaine de pays européens : l’Albanie, l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grande-Bretagne, la Hongrie, l’Irlande, l’Islande, l’Italie, la Moldavie, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, la République tchèque et la Slovaquie. La France est représentée par le CNPA-ER, qui m’a courtoisement invité plusieurs fois, en tant que président de la Fédération des auto-écoles de la région de Murcie en Espagne, à son congrès annuel pour partager nos expériences dans nos pays réciproques, l’Espagne et la France.


La Tribune : Quels sont les objectifs de l’EFA ?
E. L. S. : Les principaux objectifs de l’EFA sont l’harmonisation de la formation des enseignants de la conduite et des inspecteurs du permis de conduire dans les différents pays européens, mais également l’harmonisation des formations initiales et post-permis pour les élèves. Pour cela, nous recherchons les meilleures pratiques dans les pays membres afin d’élever la qualité de formation et permettre aux futurs conducteurs d’adopter de bons comportements au volant. Le but final étant de réduire l’accidentologie sur le réseau routier européen.

La Tribune : L’EFA est-elle une association qui permet juste de partager des expériences entre les membres qui la composent ou a-t-elle un réel pouvoir de lobbying, notamment au niveau de la Commission européenne ?
E. L. S. : Pour l’heure, l’EFA est une association d’échanges entre les différents membres. Mais nous allons déménager notre siège qui est actuellement basé en Grande-Bretagne, à Manchester, pour Bruxelles, dans le but justement d’être plus près de la Commission européenne et ainsi, d’avoir plus d’influence dans les travaux menés par cette dernière.


La Tribune : En termes de pratiques pédagogiques, que pré-conise exactement l’EFA ?
E. L. S. : L’EFA milite notamment pour l’intégration du simulateur de conduite dans la formation initiale des conducteurs. Le simulateur permet d’aborder des situations de conduite que l’on ne peut pas forcément avoir lors des cours pratiques, comme la conduite de nuit, par temps de neige ou de brouillard, etc. Cela permet également aux élèves de pouvoir tester et prendre conscience de leurs limites sans se mettre réellement en danger. Il est essentiel de prendre conscience du risque mais de ne pas chercher à le maîtriser. C’est pourquoi l’EFA est très favorable à la formation sur simulateur, mais nous estimons que la présence d’un enseignant de la conduite à côté de l’élève est indispensable pour commenter la pratique de l’élève et le faire progresser. Nous sommes également pour l’utilisation d’outils pédagogiques comme les lunettes de simulation d’alcoolémie. Faire expérimenter à une personne grâce à des lunettes, la sensation d’être sous l’emprise de l’alcool et de ne pas arriver à marcher droit entre des cônes vaut tous les discours du monde !


La Tribune : Quelle est la position de l’EFA sur le sujet de la formation post-permis ?
E. L. S. : La formation post-permis est fondamentale. Tous les conducteurs professionnels sont tenus de suivre une formation continue. Pourquoi n’est-ce pas le cas pour les conducteurs de véhicules particuliers ? On sait bien que la réglementation et les technologies des véhicules évoluent. On ne conduit plus aujourd’hui comme on conduisait il y a trente ans. C’est pourquoi des formations post-permis nous semblent indispensables pour aller vers une meilleure sécurité routière. À cet égard, nous pensons que les écoles de conduite ont un rôle important à jouer en matière de sécurité routière. On peut édicter toutes les règles et les sanctions que l’on veut. Mais si un conducteur est mal formé, on ne peut rien faire. Il ne changera probablement pas ses mauvaises habitudes, de lui-même.


La Tribune : En France, les écoles de conduite de proximité doivent faire face à la concurrence des plateformes. Vous qui êtes également président de la Fédération des auto-écoles de la région de Murcie en Espagne, qu’en est-il dans la péninsule Ibérique ?
E. L. S. : Les plateformes sont également présentes en Espagne, mais elles ne représentent que environ 2 % du marché. Par ailleurs, elles ne proposent que de la formation théorique. Pour la partie pratique, les élèves sont obligés de s’inscrire dans une école de conduite de proximité. Actuellement, le gouvernement espagnol envisage de rendre obligatoire 8 heures de formation théorique en école de conduite. Évidemment, les plateformes sont opposées à ce projet.

La Tribune : L’EFA a pour but d’harmoniser la formation des élèves, mais également celle des enseignants de la conduite. Justement, comment cela se passe-t-il en Espagne ?
E. L. S. : Pour devenir enseignant de la conduite en Espagne, il faut avoir l’équivalent du Baccalauréat en France. Puis, les futurs enseignants suivent une formation théorique et pratique dans l’une des huit écoles du pays proposant cette formation. À la fin de la formation, le futur enseignant doit passer et obtenir un examen théorique et pratique pour lui permettre d’exercer la profession. Cela se passe plutôt bien. Nous réfléchissons actuellement à élever le niveau de cette formation. Mais c’est délicat car si l’examen devient trop difficile, nous risquons d’avoir une pénurie d’enseignants de la conduite. C’est une question d’équilibre à trouver pour garantir une formation de la meilleure qualité possible sans être cependant trop élitiste, au risque d’exclure une grande partie des postulants, voire ne plus avoir de postulants du tout pour ce métier. Cette problématique est également vraie pour les discussions portant sur l’harmonisation de la formation au permis de conduire en Europe. Certains pays ont des niveaux d’exigences bien moindres que d’autres. Il faut donc réussir à niveler le niveau vers le haut pour aller vers une harmonisation européenne de la formation à la conduite qui permette de mieux former les conducteurs et de réduire l’accidentologie sur les routes européennes, sans pour autant aller trop vite et être trop exigeant, au risque de laisser certains sur le bord de la route.


Propos recueillis par Sandrine Ancel


Dans le même thème

Titre Pro ECSR - Étude d’impact sur le transfert de la qualité de certificateur vers l’ANFA
Les organisations représentantes de la profession souhaitant que le Titre Pro ECSR ne soit plus géré par le ministère du Travail mais par l’ANFA, ont mandaté cette dernière pour réaliser une étude d’impact en cas de transfert de la gestion de ce titre.
CPF : explosion des demandes de formations au permis de conduire en 2024
La Caisse des Dépôts a publié le rapport annuel pour l’année 2024 du dispositif Compte personnel de formation (CPF). Quelle part représentent les formations à la conduite et pour quel coût moyen ? Réponses.
Conduite gagnante : La préparation mentale, un atout pour les enseignants et leurs élèves
« Conduite gagnante » ! À l’origine de ce concept, une rencontre entre Jean-Michel Vigié, enseignant de la conduite, puis inspecteur du permis de conduire et Christian Ramos, préparateur mental de sportifs de très haut niveau.