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map Vie des régions — Octobre 2008

-Arras-
Gérants d’entreprises individuelles, mais pas solitaires !


Les trois gérants d’auto-écoles interviewés à Arras, ont choisi de ne pas travailler dans leur coin. Leur adhésion au CNPA, à l’Anper, à l’UNPFA, aux CFR Européens ou à l’ECF leur donne les clés pour gérer leur activité de manière positive et voir plus loin. Rencontres.

C’est jour de fête à l’auto-école Michel ! Les résultats du Bepecaser viennent de tomber et sur les 30 candidats de la maison, 29 sont reçus. Dans la salle de cours attenante au bureau d’accueil, les jeunes diplômés sont donc réunis autour d’un verre pour célébrer leur réussite. Une liesse que tente de tempérer Jeanine Robart, la gérante de l’établissement, pour pouvoir répondre dans le calme aux questions de La Tribune des Auto-Écoles. Et malgré l’enthousiasme compréhensible, sa demande est aussitôt suivie d’effet. Il faut dire que dans la région, Madame Robart est un emblème de la profession. Très engagée, elle fait partie des membres hyperactifs de l’Anper et a présidé pendant de nombreuses années le bureau local, puis régional, du CNPA. Autant dire qu’on ne badine pas avec Jeanine Robart ! Cette reconnaissance ne doit rien au hasard. Au contraire, elle s’explique aisément par le parcours des époux Robart depuis leur installation, en 1962, dans cette auto-école située à deux pas de la gare d’Arras. « Mon mari, René, avait été moniteur avant que l’on rachète cet établissement, raconte Jeanine Robart. Dès le départ, nous avons donc pu proposer les formations B, A et groupe lourd. Moi, je voulais faire les choses bien : dès qu’une nouvelle formation apparaissait, dès qu’il y avait des nouveautés, on y allait. J’ai toujours voulu qu’on soit à la pointe. » Ainsi, l’auto-école Michel est devenue centre de formation dès la mise en place du BAFM. Quand l’AAC a fait ses premiers pas, la directrice en a coordonné la mise en place. Elle en est d’ailleurs une fervente adepte. Aujourd’hui, l’établissement propose le BSR, le permis E(B), les permis aménagés pour les personnes handicapées (leur première voiture équipée était une Ami 8, c’est dire l’ancienneté de leur engagement dans cette branche !) et de nombreuses interventions en sécurité routière. « Nous démarchons peu, les gens viennent beaucoup vers nous grâce à notre notoriété », revendique Jeanine Robart.

L’EXIGENCE, MOTEUR DE QUALITÉ
L’exigence de la directrice est un autre facteur de cette bonne réputation. « J’aime le travail bien fait, serine-t-elle. Pour la formation de moniteurs, je ne veux pas ouvrir le métier à des gens qui ne sont pas capables. Quant à la formation initiale, le challenge a toujours été pour nous de mettre de bons conducteurs sur la route. » Cela passe, par exemple, par un suivi personnalisé des élèves. Ici, ils ont la fiche de suivi réglementaire et une autre, propre à l’auto-école. Cela passe, également, par une équipe de formation uniforme. C’est simple : à l’auto-école Michel, tous les moniteurs sortent du centre de formation interne, ils ont été, dès le départ, formés selon les mêmes principes, avec les mêmes méthodes. En poste, ils se retrouvent régulièrement pour discuter des élèves et échanger leurs impressions sur le travail réalisé. Et, pour parfaire leur formation, les futurs conducteurs, qui ont choisi l’AAC, partent ici chaque année faire le « tour du Pas-de-Calais ». « C’est une opération menée sous l’égide de l’Anper, explique Jeanine Robart. Elle consiste à partir durant trois jours pour un circuit au cours duquel les élèves participent à des ateliers, pour rencontrer des intervenants de la gendarmerie, des assurances, du contrôle technique, etc. Nous préparons la 6e  édition, chacune d’elle ayant été l’occasion d’emmener une trentaine de gamins. »

LA FLEXIBILITÉ, FACTEUR DE RÉUSSITE
Dans la famille des exploitants impliqués, Christian Crepin est un autre exemple. Lui est arrivé tard dans le monde de l’auto-école : alors qu’il travaillait dans une banque, il a investi, pour sa femme Mauricette, dans cette auto-école d’un autre quartier d’Arras. C’était il y a 32 ans. « Personnellement, je ne me sentais pas la patience d’enseigner, affirme-t-il. Mais j’ai tout de même passé mon CAP. Et lorsque nous avons dû faire face à la pénurie de moniteurs, j’ai fini par rejoindre mon épouse. » Leur notoriété, les Crepin l’ont, dans un premier temps, bâti sur les stages, qu’ils ont été dans les premiers à proposer. « Les élèves venaient de toute la France, se souvient-il. Ils arrivaient le lundi, passaient le Code le jeudi de la semaine suivante et le permis le vendredi. C’était un peu du bourrage de crâne pour le Code ! Mais pour la pratique, ils conduisaient 25 heures et passaient le reste du temps en écoute pédagogique. Il y avait une certaine émulation. Nous avons arrêté, car trop d’auto-écoles proposaient la formule, nous avions du mal à revendre les voitures et les problèmes de places d’examen ont commencé. » Les gérants n’ont pas mis bien longtemps à se retourner. Au fil des actualisations imposées à la profession, ils ont découvert un moyen de diversifier leur activité : ayant dû acheter un bus pour le permis lourd, ils ont décidé de créer une société de transport de voyageurs, pour rentabiliser l’investissement en dehors des leçons. L’affaire a prospéré une dizaine d’années, faisant tourner jusqu’à trois cars. « On a fini par la fermer car nous travaillions jour et nuit », indique Christian Crepin. Quoiqu’il en soit, là non plus, le directeur technique n’a pas baissé les bras. En toute occasion, il garde les yeux ouverts pour améliorer la situation de son auto-école. La dernière en date consiste à avoir acheté un simulateur. « J’ai sauté le pas il y a un mois et demi, pour compenser la hausse des prix du gasoil, indique-t-il. Les élèves passent leur évaluation sur la machine, ainsi que les cinq premières leçons. Et ça leur plaît ! » Si Christian Crepin est aussi tonique dans son entreprise, il l’est également à l’extérieur. Membre de l’UNPFA depuis ses débuts, il y a apprécié « le côté désintéressé des personnes qui l’encadraient, ils étaient vraiment là pour défendre la profession et imaginaient des solutions intelligentes. » Membre du bureau pendant un moment et délégué CSECAOP, il a mis un frein à ses activités syndicales ces derniers temps. Mais c’est tout de même lors d’un congrès qu’il a décidé de devenir membre des CFR Européens, après avoir rencontré Pierre Tavernier, son fondateur. « Cette adhésion donne une image de marque à mon auto-école, elle me permet d’être avisé des réformes et d’obtenir des réductions sur le matériel. Surtout, elle m’amène à rencontrer d’autres gérants d’auto-écoles pour échanger des points de vue sur la profession, cela me semble essentiel dans une profession où l’on est souvent seul dans son coin ! »

LA PRUDENCE, ASSURANCE DE SÉRÉNITÉ
Échanger, partager, progresser, sont également les arguments qui ont poussé Jean-François Malbrancq à adhérer au réseau ECF, après des débuts assez mouvementés. Installé en zone rurale dès 1976, il doit rapidement cesser son activité par manque de clientèle. En 1979, il rachète une auto-école école à Lobbedez – que est encore aujourd’hui son bureau principal – mais doit faire face à une révolution dans la profession : « la mise en place de la TVA dans notre activité a été très violente, se souvient-il. Les tarifs ont augmenté de 20,60 % et j’ai dû faire des prêts pour en rembourser d’autres. » Une fois l’entreprise remise sur des rails plus sains pour ce qui est de la gestion, Jean-François Malbrancq décide de diversifier son activité. En plus du permis B, il propose la formation moto et le permis E(B), « mais je n’ai jamais osé franchir le pas du groupe lourd, indique-t-il. La mésaventure de 1979 m’avait mis en garde, j’ai eu peur des investissements financiers. » C’est donc géographiquement qu’il déploie son affaire. Dès 1983, il rachète un bureau avenue Winston Churchill, à Arras. « La clientèle y était intéressante, mais difficile et donc sujette à des problèmes de places d’examen. » Au point de signer l’arrêt de cet établissement. En 1983, toujours, Jean-François Malbrancq investit dans une auto-école située à Achicourt, pour la fermer et éviter qu’un concurrent s’y installe. Il y eut ensuite « Sainte-Catherine », en 1986, également fermée, au moment du passage au 35 heures, car l’école de conduite stagnait. Enfin, en 1995, l’exploitant signe un nouveau chèque pour acquérir un bureau au centre-ville d’Arras, qu’il détient toujours. Cette valse de rachats lui a encore appris. « Il faut se méfier quand on se diversifie, affirme-t-il. Soit on propose quelque chose de nouveau, soit il y a un projet à développer. Sinon, ce n’est pas la peine. » Depuis cette dernière acquisition, il a d’ailleurs choisi la prudence et renoncé à des investissements lourds à Lens, Douai ou Béthune, pour se consacrer pleinement à sa saine activité actuelle. Dans le parcours de Jean-François Malbrancq, l’entrée chez ECF, juste avant l’an 2000, a changé la donne. « Quand on travaille en solo, explique-t-il, on se bat seul contre des moulins à vent. Tout est complexe, de la fabrication d’une publicité au développement d’une pédagogie innovante. » En adhérant au groupement, il a trouvé des collègues à qui parler, avec qui échanger des idées et avancer dans son activité. « Je regrette de n’y être pas entré plus tôt, avoue-t-il. Depuis que je suis ECF, j’ai doublé mes bénéfices. J’ai changé mon régime fiscal, ma manière de faire ma comptabilité et j’ai appris à gérer mon activité de manière analytique. Ce sont des modifications tout à fait légales et très rentables. » Il y a gagné, surtout, une sérénité qui lui permet aujourd’hui de dire sans fausse modestie que son entreprise va bien, et de consacrer une partie de son emploi du temps à d’autres activités – politiques – qui le passionnent tout autant.

DES COLLÈGUES, PAS DES CONCURRENTS !
Au final, les trois gérants rencontrés à Arras ont un profil semblable : tous se sont investis dans la profession sans se laisser enfermer dans leur propre entreprise. Cela leur donne du recul sur leur profession. Et s’ils ne sont pas épargnés par les problèmes (de places d’examen, notamment), ils adoptent tout de même une démarche positive sur le marché. Ainsi, là où d’autres fustigent le permis à 1 euro par jour, accusé d’être une mesure à effet d’annonce, eux parviennent à en tirer des bénéfices. À l’auto-école Michel, Jeanine Robart estime que « 21 heures de conduite ne correspondent à rien. Grâce au permis à 1 euro, nous avons des élèves plus motivés car ils n’ont pas d’épée de Damoclès au-dessus de la tête. En même temps, ils tiennent à rester dans la limite de leur prêt et s’investissent donc plus. »  Même enthousiasme chez Christian Crepin : « Les gens qui nous embêtaient pour passer l’examen au bout de 20 leçons ont disparu. Grâce au prêt, ils font l’effort des sept heures supplémentaires et nous obtenons quasiment 100 % de réussite. » Du point de vue de la concurrence, également, on observe à Arras des comportements apaisés, comme celui de Jeanine Robart, qui estime qu’elle ne pourrait pas former tous les candidats au permis de conduire, ni tous les moniteurs du département. « Nous n’avons pas de brebis galeuse ni de casseurs de prix ici. Chacun fait son travail et, à partir de là, il y en a pour tout le monde. Nous avons des collègues, pas des concurrents. » Enfin, les personnes rencontrées ne se font pas de mauvais sang concernant l’avenir. À l’auto-école Michel, la relève est assurée : les quatre enfants du couple Robart ont passé leurs diplômes d’enseignant – l’une est même titulaire du BAFM – et entraîné leurs conjoints dans la danse. Pour les Crepin, ce sera différent : leur fille ne souhaite pas prendre la suite, car elle ne veut pas « se tracasser avec les problèmes administratifs ». Mais l’établissement est suffisamment sain pour attirer un repreneur. Enfin, à l’ECF Malbrancq, un doute subsiste : Laurent, le fils, hésite encore à s’investir dans la reprise. S’il se décidait, ses parents seraient prêts à investir dans de nouveaux projets, afin de développer l’entreprise. Quoiqu’il en soit, pour tous, la formation à la conduite – et la sécurité routière de manière plus générale – reste une affaire de famille !

Cécile Rudloff




CARTES D’IDENTITÉ


• Auto-école Michel
Directrice : Jeannine Robart
Formations proposées : BSR, B, AAC, A, poids lourds, Bepecaser, permis aménagé, E(B)
Bureaux : Arras, Anzin Saint Aubin, Croisilles
Employés : 15 salariés, tous diplômés du Bepecaser
Véhicules : 12 C3, une C3 aménagée, une remorque, deux motos 500 CB Honda, deux boosters Peugeot et MBK, deux porteurs Scania, deux semi-remorques Scania
Inscriptions : environ 750 tout compris
Tarifs : 915 € le forfait B, 34 € l’heure de conduite

Auto-école Dubois
Directeur technique : Christian Crepin
Formations proposées : BSR, A, B, AAC, groupe lourd
Bureaux : Arras et Tincques
Employés : une secrétaire, six moniteurs
Véhicules : quatre C3 et une C5, deux motos Suzuki, un cyclomoteur, deux porteurs Premium, deux semi-remorques, un autocar, une remorque E(B), une remorque E(D) et un simulateur
Inscriptions 2007 : 171 B (dont 35 AAC), 31 A, 57 C, 41 EC, 21 D, 7 E(D), 27 E(B)
Tarifs : 1 135 € le forfait B, 33 € l’heure de conduite

• ECF Malbrancq
Gérant : Jean-François Malbrancq
Formations proposées : BSR, A, B, AAC, E(B)
Bureaux : Arras et Lobbedez
Employés : sept moniteurs, une conjointe collaboratrice
Véhicules : six Polo VW, deux motos, un scooter, une remorque, un simulateur de perte d’adhérence
Inscriptions : 320 B, 50 A, 15 E(B)
Tarifs : 1 056 € le forfait B, 42 € l’heure de conduite


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