Tandis que le projet de loi sur l’Orientation des mobilités (LOM) était revenu en discussion à l’Assemblée nationale, plusieurs centaines d’auto-écoles ont manifesté le 20 mai dernier, à Paris, Dijon, Strasbourg et Toulouse, à côté des chauffeurs de taxi et des ambulanciers pour dénoncer l’ubérisation de leurs professions.
Après les grandes manifestations nationales du 11 février et du 1er avril 2019 qui dénonçaient certaines propositions du rapport Dumas/Guérini telles que l’inscription à l’examen pratique directement par l’élève, le passage du Code de la route via le Service national universel (SNU) et la délivrance d’un agrément national et non plus départemental, une partie des écoles de conduite se sont une nouvelle fois mobilisées le 20 mai dernier, pour manifester leur colère face à la volonté manifeste du gouvernement de vouloir libéraliser à tout prix l’économie française.
Loi LOM : un article sous haute surveillance
Ainsi, alors que le projet de loi sur l’Orientation des mobilités (LOM) était revenu à l’Assemblée nationale après avoir fait la navette au Sénat, avec notamment un article concernant la protection des travailleurs indépendants qui ont recours à des plateformes (une protection sous la forme d’une charte précisant les contours de leur responsabilité sociale, afin d’offrir plus de garanties aux travailleurs indépendants sans pour autant requalifier cette relation en contrat de travail), plusieurs centaines d’auto-écoles se sont jointes aux chauffeurs de taxi et ambulanciers pour participer à des opérations-escargot à Paris, Dijon, Toulouse et Strasbourg, et ainsi dénoncer l’ubérisation de la profession. « Nous sommes totalement contre cette nouvelle forme d’économie que le gouvernement veut mettre en place et qui favorise les plateformes au détriment des écoles de conduite de proximité », déclarait avec colère Henda Benabdessalem, porte-parole de l’association de Défense interdépartementale des centres de formation à l’éducation routière (DICFER).
Refus d’un agrément national
Par ailleurs, les écoles de conduite traditionnelles dénoncaient également un amendement qui prévoyait de donner à l’agrément une portée nationale et non plus départementale. « Si l’agrément devient national, ce sera la fin des auto-écoles de quartier qui participent à la vie des citoyens, s’insurgeait Moncef Abizid, de l’UNIDEC, qui participait à la manifestation à Paris. Avec les plateformes, la relation va devenir impersonnelle car l’élève n’aura pas de référent. » De plus, soulignait le représentant de l’UNIDEC, « dans un premier temps, les plateformes affichent des tarifs très compétitifs pour attirer des clients. Elles peuvent se le permettre car elles n’ont pas de charges à payer comme les écoles traditionnelles qui ont un local et des salariés. Mais quand elles auront provoqué la fermeture des écoles de conduite traditionnelles et qu’elles se retrouveront en situation de monopole, elles pourront pratiquer les tarifs qu’elles veulent et je ne suis pas certain que cela fera baisser le coût du permis de conduire. »
Même analyse de Patrice Bessone, président du CNPA-ER, également venu manifester à Paris, qui déclarait ne pas comprendre pas l’attitude du gouvernement. « D’un côté, nous avons un Premier ministre, Édouard Philippe, qui dans sa réforme du permis de conduire, encourage les cours collectifs avec un enseignant de la conduite sur un simulateur de conduire pour réduire le prix de la formation, ce qui nécessite donc un local. Et de l’autre côté, des députés de La République en Marche, qui veulent que l’agrément devienne national, ce qui est clairement en faveur des plateformes. Mais je ne vois pas comment les plateformes pourront dispenser des cours collectifs sur simulateur encadrés par un enseignant, sans avoir de locaux. Résultat : les citadins auront la chance d’avoir des auto-écoles de proximité où ils pourront apprendre à conduire avec un simulateur et payer leur formation moins cher, tandis que les ruraux, qui ont généralement le plus besoin de leur permis de conduire pour pouvoir se déplacer, devront parcourir plusieurs kilomètres pour trouver une auto-école avec un seul enseignant, ce qui augmentera le coût du permis. Bref, tout le contraire de ce que veut le gouvernement. La profession avait pourtant fait une proposition efficace pour faire baisser le coût du permis : la portabilité du CPF des parents qui travaillent vers leurs enfants pour passer le permis. On sait que chaque salarié a environ 1 000/1 500 euros sur son compte personnel de formation et que seulement 0,25 % des salariés utilisent cet argent pour se former. Autant en faire profiter leurs enfants pour la formation au permis de conduire. Malheureusement, nous n’avons pas été entendus. »
L’ubérisation au détriment de la sécurité routière
Danielle Simmonet, élue de La France insoumise et siégeant au Conseil de Paris était venue apporter son soutien aux chauffeurs de taxi dont elle suit le combat depuis la loi GrandGuillaume, et aux écoles de conduite. « J’avais demandé au Conseil de Paris d’interpeller le gouvernement sur le problème de l’ubérisation touchant également les écoles de conduite. J’estime que le local est indispensable afin de pouvoir dispenser des cours en présence d’un enseignant et que les élèves aient un référent à qui s’adresser. Ce n’est pas en bachotant son Code de la route via une plateforme et en changeant continuellement de moniteur que l’on peut apprendre correctement. Après, il ne faudra pas s’étonner s’il y a plus d’accidents de la route… » L’élue affirme qu’à l’époque, elle avait reçu une fin de non-recevoir de la part du Conseil de Paris.
Auto-écoles et taxis restent mobilisés
À l’issue de la manifestation, écoles de conduite et taxis ont demandé à être reçu à l’Assemblée nationale. « On nous a proposé de rencontrer un député de la France insoumise qui acceptait de nous écouter, explique Henda Benabdessalem. Mais nous avons refusé car nous pensons qu’il n’aurait pas pu faire grand-chose pour nos professions. Nous voulions avoir affaire à un rapporteur, ce qui nous a été refusé. » Pour autant, le mouvement n’est pas mort. « Notre collectif d’auto-écoles reste en contact avec les syndicats de chauffeurs de taxi et nous n’excluons pas de mener à nouveau des actions de contestation, afin de nous faire entendre par le gouvernement, décalre Henda Benabdessalem. Le combat n’est pas fini ! ». D’autant que si, à l’heure où nous bouclons ce magazine, le projet de loi sur l’Orientation des mobilités (LOM) était adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, les discussions se poursuivent (voir édito). Rien n’est encore acté définitivement et l’on n’est pas à l’abri de rebondissements !
S. A.