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school Formation — Août 2019

SNU : Module Code de la route : une opportunité pour les auto-écoles ?

La première étape de préfiguration du service national universel a débuté le 16 juin 2019. Si la profession était contre l’intégration d’un module Code de la route, craignant que cela spolie les écoles de conduite de la formation théorique, le SNU pourrait finalement être un moyen de faire revenir les élèves en auto-école.


Le Service national universel (SNU) était « une promesse cardinale du président de la République, Emmanuel Macron », rappelle le délégué interministériel à la Sécurité routière, Emmanuel Barbe. Et pour contribuer « à faire baisser drastiquement le coût du permis de conduire », comme l’annonçait Emmanuel Macron en novembre 2018, lors de sa tournée mémorielle de la Première Guerre mondiale, le gouvernement a décidé d’inclure un module Code de la route et une préparation à l’épreuve théorique générale dans le cadre du SNU et de financer le premier passage de l’ETG.


Qu’est-ce que le SNU ?
Le service national universel (SNU) est, selon le gouvernement, « un projet de société qui a pour finalités d’affirmer les valeurs de la République pour renforcer la cohésion sociale et nationale, susciter une culture de l’engagement et faire prendre conscience des grands enjeux sociaux et sociétaux ». Le SNU s’adresse aussi bien aux garçons qu’aux filles. Il prend « la forme d’un service civique d’un mois obligatoire entre 16 et 18 ans, dans la continuité du parcours citoyen, suivi d’un engagement plus long sur la base du volontariat, entre 16 et 25 ans. Ainsi, le SNU se découpe en trois phases :
- une phase dite « séjour de cohésion », qui est obligatoire et dure deux semaines,
- une phase de « mission d’intérêt général », qui est également obligatoire, d’une durée de douze jours ou 84 heures, organisée dans l’année suivant le séjour de cohésion,
- et enfin, une phase d’engagement volontaire d’une durée minimale de trois mois.


Quid du module Code de la route ?
Conformément aux annonces du président Macron, l’éducation routière et la formation au permis de conduire s’inscrivent dans ce dispositif. Plus précisément, il est prévu, lors du séjour de cohésion de dispenser aux jeunes une formation comportant une sensibilisation à la perception des risques routiers, ainsi qu’une séance collective de préparation à l’épreuve théorique générale. Ces deux modules de la formation sont effectués en présentiel et en cours collectifs comportant un maximum de 20 jeunes participants.
La sensibilisation à la perception des risques routiers est dispensée par des enseignants de la conduite en collaboration avec la Sécurité civile, la gendarmerie nationale et la police nationale. Selon la Délégation à la Sécurité routière, cette phase relative à la gestion d’un accident de la route » dure « 4 heures et au cours des trente premières minutes, l’enseignant utilise un application numérique, sous la forme de films de sensibilisation à la perception des risques routiers et au partage de la route, élaborée par la DSR ». En réalité, il semble que les préfectures qui testent le SNU n’ont pas fait appel à des enseignants de la conduite pour animer cette partie de la formation, afin de faire des économies.
La seconde partie de la formation consiste en une séance collective de préparation à l’épreuve théorique générale. D’une durée de 4 heures, elle a pour objectifs :
- de « présenter aux jeunes les enjeux de la formation théorique pour l’accès au permis de conduire », à savoir acquérir des connaissances sur les buts de la réglementation (signalisation, règles de circulation, comprendre les règles et leur utilité en termes de partage de la route et de sécurité routière), identifier et comprendre les comportements les mieux adaptés au maintien de la sécurité routière, se donner les moyens de réussir en première présentation à l’épreuve pour un accès plus rapide à la formation et à l’épreuve pratique.
- de « donner aux jeunes des informations sur les différents modes d’apprentissage de la conduite », en présentant notamment l’apprentissage anticipé de la conduite, la conduite supervisée, etc. « De dispenser de l’information sur le déroulement des épreuves théorique et pratique de l’examen du permis de conduire, d’apporter une information succincte et simple sur la procédure d’inscription sur le site d’un opérateur agréé pour le passage de l’ETG et de demande du titre du permis de conduire sur le site de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) permettant d’obtenir un numéro d’enregistrement préfectoral (NAPH), mais aussi de présenter le principe du permis probatoire et le dispositif de la nouvelle formation post-permis de 7 heures. Enfin, il s’agit selon la DSR « d’apprendre aux jeunes à développer des stratégies qui leur permettent de se préparer au mieux à la formation individuelle en e-learning et d’aborder efficacement l’ETG ». À noter que dès le début de la séance, il est important de préciser aux jeunes « que la séquence à laquelle ils vont participer n’est qu’une première étape de sensibilisation dans la préparation à l’ETG, qu’elle doit être complétée par la formation individuelle (en e-learning) et que le suivi d’un apprentissage théorique complémentaire en école de conduite pourra s’avérer utile, notamment en cas de difficulté, pour être formé et augmenter ses chances de réussir à l’épreuve théorique générale ».
Une précision du ministère de l’Intérieur importante, car à la première lecture, force est de constater que le cahier des charges du gouvernement demande ni plus ni moins aux écoles de conduite de proximité de vanter les mérites des plateformes ! Un comble, non ? C’est à ce moment-là qu’il conviendra de présenter aux jeunes du Service national obligatoire les différents systèmes, en mettant avec subtilité l’accent sur les avantages des services, de l’encadrement et de suivi de la pédagogie qu’apportent les écoles de conduite de proximité pour donner envie aux jeunes de s’inscrire dans une auto-école, sans uniquement se fixer sur un prix d’appel avancé par la publicité agressive d’une plateforme.


Comment intégrer ce nouveau marché ?
Cette formation est dispensée par des enseignants de la conduite titulaires d’une autorisation d’enseigner et travaillant dans un établissement d’enseignants de la conduite titulaire du label de l’État ou d’un label équivalent. La mise en œuvre de cette formation dans le cadre du SNU a été déléguée par l’État aux préfectures. Un cahier des charges pédagogique, rédigé au niveau national par la DSR et transmis aux préfets des treize départements préfigurateurs, précise le contenu des modules de formation, les prestations attendues, ainsi que les conditions de mise en œuvre, au niveau local entre les services locaux et les écoles de conduite, de la consultation, de la constitution et du jugement des offres.
Les écoles de conduite labellisées souhaitant investir ce nouveau marché doivent se rapprocher de la préfecture de leur département, sachant que pour l’heure, seuls treize départements participent à la phase d’expérimentation : les Ardennes, le Cher, la Creuse, l’Eure, la Guyane, les Hautes-Pyrénées, la Haute-Saône, la Loire-Atlantique, le Morbihan, le Nord, le Puy-de-Dôme, le Val d’Oise et le Vaucluse. La préfecture indiquera aux établissements de formation à la conduite intéressés comment obtenir les documents et les conditions de remise des offres. Il s’agira alors de fournir un dossier comportant un contenu détaillé de la formation proposée, en précisant l’équilibre entre cours théorique et, le cas échéant, les travaux pratiques ; l’organisation nécessaire pour réaliser la prestation et la capacité à organiser des travaux pratiques : méthodologie, salles de cours, équipements détaillés des salles, etc. ; la description des moyens humains mis à disposition pour réaliser les sessions de formation, la qualification et les curriculum vitae des intervenants pressentis ; les supports pédagogiques utilisés ; et enfin le devis détaillé et chiffré.


Comment s’intègre la phase de e-learning ?
À l’issue du séjour de cohésion, les jeunes se voient remettre un code d’accès gratuit à une plateforme d’apprentissage en e-learning pendant une durée d’un an pour se former en vue du passage de l’ETG. À cet effet, les préfets des départements préfigurateurs ont sollicité les prestataires de Code en ligne (éditeurs pédagogiques, plateformes et groupements) afin qu’ils proposent un devis chiffré de leurs prestations numériques. Le choix du prestataire relevant du préfet, le prestataire peut différer d’un département à l’autre. Cependant, la DSR précise qu’elle « a cadré au niveau national les attendus pédagogiques, imposé un dispositif d’évaluation et a veillé à interdire l’utilisation des données à caractère personnel à des fins commerciales ». Enfin, les jeunes reçoivent un « bon » leur permettant de se présenter gratuitement dans un centre d’examen agréé par l’État. S’ils ne réussissent pas l’examen du premier coup, les autres présentations sont à leur charge.


Qui finance ?
L’État prend en charge le coût de la formation en présentiel (la rémunération des enseignants de la conduite s’effectue sur facturation), le coût des accès en e-learning (contrats avec les prestataires) et le financement de 30 euros pour un premier passage de l’ETG, en versant la somme aux centres agréés en échange du bon remis par l’élève.


Une phase de test
La mise en œuvre a débuté le 16 juin 2019, dans les treize départements précités. Ainsi, environ 200 jeunes volontaires âgés de 16 ans participent, dans chaque département expérimental, aux deux phases obligatoires du SNU. Mais si sur le papier, tout semble relativement clair, force est de constater que sur le terrain, la mise en place a été un peu plus chaotique par manque d’information. Plusieurs écoles de conduite contactées par les préfectures pour dispenser une formation ne savaient pas comment monter un dossier d’appel d’offres. D’autres qui avaient postulé ont été informées au dernier moment que leur dossier avait été retenu.


Un nouveau marché à ne pas négliger
Cependant, si tout se passe bien durant la phase de tests, le dispositif sera généralisé à tous les départements français d’ici 2021/2025, ce qui devrait permettre de sensibiliser et d’informer environ 800 000 jeunes par an. Ainsi, le module du Code de la route dans le cadre du SNU qui, à première vue, semble prendre une part du marché de la formation théorique aux écoles de conduite, pourrait non seulement s’avérer être une source de nouveaux revenus pour certaines auto-écoles, mais aussi au final être une opportunité pour prendre contact avec toute une classe d’âge et l’inciter à opter pour une formation en écoles de conduite de proximité. C’est peut-être le moment où jamais de transformer une contrainte imposée par l’État en un levier marketing pour la profession.


S. A.


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