Alors que le secteur de la formation à la conduite est en pleine mutation, Patrick Crespo, président de CER Réseau présente les dernières orientations du groupement et livre sa vision de l’avenir de la profession.
La Tribune des Auto-Écoles : Le réseau CER a été créé en 1983 par une dizaine d’auto-écoles. Pouvez-vous nous rappeler quel était l’objectif initial ?
Patrick Crespo, président de CER Réseau : En effet, le réseau CER a été créé en 1983 par une dizaine de pionniers propriétaires d’écoles de conduite de la région parisienne qui se sont regroupés sous le statut d’association à activité lucrative loi 1901. En réalité, dès 1972, plusieurs établissements avaient pensé à se regrouper pour créer un collectif. À l’époque, on parlait déjà d’une charte qualité pour réfléchir et élaborer une pédagogie novatrice. On ne le sait pas forcément, mais la première fiche de suivi a été créée par le réseau CER. L’idée a ensuite été reprise et développée par les éditeurs pédagogiques, mais sur ce point, CER a été précurseur. Quant à la charte qualité, elle comportait déjà dix commandements que l’on retrouve aujourd’hui dans le label Réussir.
La Tribune : Combien y-a-t-il d’adhérents aujourd’hui et quelles sont les spécificités de CER Réseau ?
P. C. : CER Réseau compte 330 adhérents, ce qui représente environ 550 agences présentes dans 74 départements en métropole et Outre-mer, 2 500 professionnels, 2 000 véhicules et un chiffre d’affaires qui avoisine les 100 000 millions d’euros. Nous avons également créé le Club Réussir qui permet de réunir tous les membres sympathisants de l’association sans pour autant être totalement adhérents au réseau CER. Je dirais que ce qui caractérise CER Réseau, c’est l’esprit de famille ! Nous entretenons des liens forts avec des adhérents, dont beaucoup font partie du réseau depuis longtemps. C’est pourquoi je ne suis pas favorable à un système de franchise. Je pense que l’esprit associatif nous convient bien. C’est d’ailleurs pour cela que nous organisons des soirées et des sorties pour permettre de resserrer les liens entre les adhérents lors des congrès et des séminaires. Nous tenons à garder cette identité et cet esprit de convivialité, ce qui ne nous empêche pas d’avoir des groupes de travail bénévoles qui réfléchissent et proposent de nouvelles offres commerciales et différents services. Nous voulons être le plus transparent possible et les adhérents sont consultés sur tous les sujets.
La Tribune : Justement, lors du dernier congrès qui s’est tenu à Reims en octobre dernier, vous avez évoqué un rapprochement avec l’UNIDEC. Qu’en est-il ? Quel est le but de ce rapprochement ?
P. C. : À ce jour, ce n’est pas finalisé, mais nous avons tissé des liens forts avec ce syndicat. En cette période de mutation forte de la profession, il nous a paru nécessaire de nous rapprocher d’une organisation professionnelle afin d’être associé aux discussions avec le gouvernement et participer aux accords de branche. Nous avons choisi l’UNIDEC car nous partageons leurs idées progressistes sur la profession.
La Tribune : L’UNIDEC est étroitement lié à ECF, n’est-ce pas problématique de vous associer à un syndicat lié à un groupement concurrent ?
P. C. : Non, je ne crois pas. CER Réseau et ECF sont deux marques fortes et bien présentes sur le terrain. L’idée d’une fusion entre CER Réseau et ECF n’est absolument pas d’actualité. En revanche, je trouve qu’il n’est pas inintéressant d’échanger et de partager des idées. Par ailleurs, les adhérents CER restent libres d’adhérer au syndicat de leur choix ou de ne pas se syndiquer du tout s’ils ne le souhaitent pas. Il n’y a aucune obligation. Néanmoins, certains adhérents qui veulent se syndiquer nous demandent parfois quel syndicat rejoindre. Jusqu’à présent, il était délicat de répondre à cette question. Maintenant, nous pouvons leur conseiller de choisir l’UNIDEC qui a la préférence de CER Réseau. D’ailleurs, très rapidement après le congrès de Reims, une cinquantaine d’adhérents CER Réseau ont décidé de rejoindre l’UNIDEC.
La Tribune : Comment voyez-vous l’avenir des écoles de conduite, suite à l’annonce de la réforme ?
P. C. : Je pense qu’il y a une carte à jouer à condition que la profession prenne un grand virage. On ne fera plus jamais de l’auto-école comme on l’a fait. Jusqu’à présent, le concept même n’a pas vraiment évolué. Or actuellement, la société change très vite. Les jeunes se désintéressent de la voiture, le e-commerce se développe considérablement et simplifie la vie des consommateurs qui s’adaptent. On ne reviendra pas en arrière. On le voit bien, tous les grands groupes qui faisaient de la vente en boutique, perdent des parts de marché et cherchent de nouvelles façons de communiquer avec leurs clients pour continuer à vendre. Par ailleurs, on doit faire face aux critiques d’un permis trop cher et d’une formation trop longue, ainsi qu’à la dérégulation de la profession. Les écoles de conduite n’ont donc pas le choix : il faut évoluer ! Le modèle que nous connaissons, à savoir un formateur avec un véhicule pour un élève coûte cher. Introduire plus de temps sur le simulateur lors de la formation me paraît être une évolution intéressante car cela permet d’être plus rentable pour l’auto-école et de redonner de l’intérêt au local. Il permet également d’assurer une formation de qualité pour l’élève qui peut acquérir les automatismes de base et modifier ses comportements. On peut aussi aller plus loin dans la formation en simulant des situations dégradées que l’on ne retrouve pas tous les jours sur la route (neige, verglas, conduite de nuit, dans le brouillard, etc.). Par ailleurs, il faut simplifier la vie des gens en proposant des outils modernes qui permettent de prendre les rendez-vous en ligne, de payer en ligne et proposer de la transparence avec des applications qui donnent un suivi clair de la formation de l’élève. Peu importe la méthode, il nous faut continuer à faire ce métier que nous aimons en étant le plus qualitatif et rentable possible. Une chose est sure : si l’on ne trouve pas la solution, d’autres la trouveront pour nous et ce sera trop tard.
La Tribune : Face aux mutations de la profession à venir, que propose CER à ses adhérents ?
P. C. : Nous travaillons à prendre le virage du numérique. Nous aidons également nos adhérents à être compétitifs en se datadockant et en se labellisant.
La Tribune : Justement, la Délégation à la sécurité routière a reconnu l’équivalence de la certification AFAQ ISO 9001 et du label SGS au label de l’État. Avez-vous déposé un dossier de demande d’équivalence pour le label qualité de CER Réseau ?
P. C. : Non, car le Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelle (CNEFOP) va disparaître au profit de France Compétence qui va développer un référentiel unique. Nous avons estimé qu’il était un peu tard pour faire une demande de ce type.
La Tribune : Suite à la modification des critères du label (non obligation des cours collectifs en présentiel), pensez-vous qu’il est toujours intéressant pour une école de conduite de faire la démarche d’une labellisation de l’État ?
P. C. : Pour l’heure, le label reste nécessaire pour proposer certaines formations comme la passerelle B code (78) en boîte et embrayage mécanique, le B code (96) et la formation post-permis de 7 heures pour laquelle CER Réseau propose d’ailleurs depuis le mois de juin une formation destinée aux enseignants de la conduite, sans oublier le financement du Permis à 1€/jour qui va entrer très prochainement dans le dispositif. Mais avec la reconnaissance de l’équivalence du label SGS, les écoles de conduite ont désormais le choix entre le label de l’État et celui de la société SGS.
La Tribune : En n’étant pas reconnu équivalent au label de l’État, le label Réussir de CER ne perd-t-il pas un peu de son intérêt ?
P. C. : Non, car le label Réussir de CER est plus exigeant sur l’expérience client. De plus, si toutes les écoles de conduite finissent par avoir le label de l’État, ce dernier ne sera plus un atout pour se différencier. Le Label Réussir de CER permettra d’apporter un gage de garantie supplémentaire d’une prise en charge de l’élève et de relation client de qualité. Le label Réussir CER est donc un excellent complément du label de l’État ou du label SGS. En outre, CER Réseau a noué un partenariat avec SGS pour que cette société puisse auditer les écoles de conduite pour le label Réussir de CER en même temps que pour le label SGS, afin d’éviter de devoir subir deux audits distincts. Mais comme toujours chez CER Réseau, nous n’obligeons pas nos adhérents à demander le label SGS. Ceux qui préfèrent demander le label de l’État en plus du label CER, restent libres de le faire.
Propos recueillis par Sandrine Ancel