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school Pédagogie — Octobre 2008

Comprendre l’importance de la perception dans la conduite


Voir, regarder, observer, percevoir autant de termes qui s’emploient souvent l’un pour l’autre. Ils désignent pourtant des réalités différentes. Ainsi, un conducteur peut avoir une excellente vue et, pour autant, ne pas percevoir les éléments importants à prendre en compte pour éviter l’accident. Quand et comment aborder la notion de perception durant la formation ? Tels sont les objectifs de cette fiche.

Certains élèves sont déroutés lorsque, au cours de l’évaluation initiale, leur futur moniteur pratique un test de champ visuel (voir La Tribune des Auto-École n°108 p. 17) et leur demande de nommer un certain nombre d’objets qu’il leur a laissé observer quelques secondes avant de les faire disparaître. La vérification sur une échelle optométrique (tableau avec des lettres de différentes grosseurs permettant de vérifier la vue d’une personne) de leur acuité visuelle les a auparavant  beaucoup moins surpris. En effet, dans l’esprit de nombreux élèves conducteurs, le fait d’avoir une bonne acuité visuelle, 10/10° par exemple – ce qui permet de discerner avec netteté une lettre d’une hauteur de 7,3 mm à 5 mètres de distance dans des conditions d’éclairage correct –constitue le critère suffisant pour bien percevoir la situation et éviter l’accident. Ils se trompent ! Ils oublient notamment l’importance de la notion de champ visuel dont la définition est demandée en étape 1. On notera au passage que les critères minimum d’acuité visuelle requis par le Code de la route ont baissé avec la modification en 2005 de l’arrêté de 1997 qui les énonçait(1). Doit-on y voir une prise en compte du vieillissement de la population ? Auparavant en effet, il était nécessaire d’avoir au moins 8/10° pour conduire un véhicule de tourisme. Depuis 2005, 5/10° en vision binoculaire suffisent. En revanche, un champ visuel vertical inférieur à 60° (30° au-dessus ou au-dessous de l’axe visuel) est rédhibitoire.

UN APPRENTISSAGE EN TROIS ÉTAPES
L’étape 1C3 est entièrement consacrée à « l’importance du regard ». On parle ici de « notions » sur la vision, la direction et la mobilité du regard. Ces notions portent également sur les angles morts, la capacité à regarder autour de soi, les cas où l’on doit utiliser les rétroviseurs, ainsi que sur la compréhension du traitement de l’information par le conducteur. Il s’agit d’acquérir des connaissances de base sur le sujet, mais pas encore de les mettre en œuvre en circulation par les élèves. En étape 2, les élèves ont, notamment lors de la détection des indices formels et informels, à développer leurs capacités d’observation. En étape 3 enfin, on leur demande notamment de « savoir maintenir des distances de sécurité longitudinales vers l’arrière à différentes allures », exercice difficile puisqu’il met en œuvre la surveillance rapide dans le rétroviseur intérieur de l’automobiliste ou camionneur impatient, voire « collant », et une stratégie préventive pour éviter que ce dernier n’entre en collision avec le véhicule école.

RÉDUCTION DU CHAMP DE VISION CHEZ LES CONDUCTEURS NOVICES
Si le conducteur débutant, du fait de son âge, semble à l’abri d’affections visuelles dont il pourrait souffrir plus tard (dégénérescence maculaire par exemple, à savoir la perte de la vision centrale ou scotome, c’est à dire une perte de la vision dans une zone limitée du champ visuel)(2), il ne doit pas en déduire que cela l’autorise à circuler aussi rapidement que des conducteurs expérimentés.
Il arrive que certains élèves ne comprennent pas l’utilité des limitations de vitesse qu’on leur impose durant leurs premiers tours de roues. Ils les jugent souvent discriminatoires et la seule évocation de la sur-représentation de la tranche d’âge 18/24 ans dans les accidents n’arrive pas à les convaincre de l’utilité de cette mesure.

AUGMENTATION DE LA VITESSE = RÉDUCTION DU CHAMP DE VISION
D’autres éléments de réflexion peuvent cependant les amener à comprendre l’aspect « protecteur » de ces limites. On peut notamment leur expliquer que plus la vitesse d’un véhicule augmente, plus le champ visuel exploitable du conducteur réduit. On objectera que cette réduction du champ visuel exploitable s’applique à l’ensemble des conducteurs et même, contre toute attente, que « le champ visuel utile est moins étendu chez les conducteurs d’âge moyen que chez les conducteurs jeunes » comme l’a montré une récente étude(3). Cependant, le débutant présente la caractéristique d’être en constante surcharge visuelle. Les jeunes conducteurs ont un regard souvent fixe, proche du véhicule et leur prise d’informations devient alors tardive. Dans ces conditions les limitations de vitesse spécifiques qui les concernent ont (entre autres) pour objet de leur laisser le temps d’éduquer progressivement leur regard au gré des situations rencontrées.
À propos du champ visuel, on notera enfin que la fatigue altère considérablement le champ visuel, alors que certains jeunes sont souvent en dette de sommeil.

DES EXERCICES SUR L’OBSERVATION ET LA PERCEPTION À METTRE EN ŒUVRE
• Exercices portant sur l’identification des défaillances visuelles par les élèves :
D’après les enquêtes détaillées d’accidents, le conducteur dit ne pas avoir vu l’autre usager, dans 33 % des accidents corporels. Ce qui représente quasiment un accident sur trois.
Après avoir fait ce constat, demandez aux participants en salle de lister tout ce que l’on peut mettre sous cette formulation « je n’ai pas vu » . On trouvera des défaillances purement physiologiques (acuité, champ visuel, maladies…), mais aussi liées à des problèmes de prise d’informations visuelles défaillantes. Demandez alors aux participants de donner des exemples concrets et évoquez l’usage des rétroviseurs, le problème de détournement du regard, ou encore la focalisation excessive sur un élément de la situation.
• Exercices en voiture portant sur l’usage des rétroviseurs :
On se rapportera à la fiche pratique parue dans La Tribune des Auto-Écoles n°80 p.19 en insistant sur la progressivité des exercices. On pourra ainsi demander à l’élève de régler les rétroviseurs. Puis, alors que le véhicule est à l’arrêt le long d’une route à plusieurs voies si possible, d’utiliser les rétros pour détecter les voitures et les autres usagers. Enfin, on pourra pratiquer le même exercice, en circulation (le moniteur prenant à sa charge la conduite du véhicule).
Autre exercice : on demandera à l’élève d’utiliser le rétroviseur pour évaluer la vitesse des autres usagers suivant le véhicule-école (le moniteur utilisant au début éventuellement les doubles-commandes).
Enfin, l’élève reprendra les commandes et devra émettre des hypothèses sur les intentions des autres usagers se trouvant vers l’arrière et/ou sur les côtés sans que le véhicule-école ne subisse d’écarts de direction.
• Exercices en salle portant sur la perception :
La notion de tâche aveugle a été découverte au XVIIe siècle par un physicien français dénommé Edme Mariotte. Dessinez un rond sur une feuille, puis un carré plus à droite. Demandez aux élèves de se placer face à cette feuille, de fermer l’œil droit et de fixer le carré. Demandez qu’ils se rapprochent à 30 centimètres de cette feuille, voire moins. À un certain moment, le rond noir disparaît. La membrane tapissant le fond de l’œil est constitué de deux types de cellules : les cônes et les bâtonnets. Les cônes sont utilisés dans la restitution des couleurs, les bâtonnets captant la lumière. La rétine est reliée au nerf optique et aux vaisseaux sanguins sur une petite zone dépourvue de cônes et de bâtonnets. Ainsi, lorsque les rayons lumineux réfléchis par l’objet percutent cette zone, l’objet devient invisible. Dans l’exemple que nous avons fourni, il n’a évidemment aucun danger, mais sur la route… D’où l’utilité de multiplier les contrôles visuels, notamment aux intersections.
En tant qu’enseignant et par curiosité personnelle, faites l’expérience suivante : rendez-vous sur le site Internet www.actukine.com/archive/2008/03/21/cecite-cognitive.html.  Il reproduit un spot anglais de la sécurité routière. Visionnez-le. Si vous n’avez jamais fait ce genre d’expérience, vous serez surpris ! Pendant que des joueurs de basket se font des passes, un intrus déguisé en gorille passe devant la caméra pendant plus de six secondes sur les douze du jeu … sans que l’on y prête attention ! Transposé dans le domaine routier, le regard d’un automobiliste focalisé exclusivement sur une partie de la scène routière s’apparente à ce que les spécialistes nomment « cécité cognitive ». D’autres exemples de se type se trouvent sur le site de l’Université de l’Illinois(4) auprès de laquelle il est possible d’en faire l’acquisition payante sous forme de DVD.

Jean-Claude Huant

(1) Arrêté du 21 décembre 2005 fixant la liste des affections incompatibles avec la délivrance du permis. Téléchargeable sur : www.inserr.org/infos/documents/joe_20051228_0301_0113.pdf
(2) www.snof.org
(3) http ://cat.inist.fr/ ?aModele=afficheN&cpsidt=15304156 « Le champ visuel utile varie-t-il en fonction de la dette de sommeil et de l’âge du conducteur ? » ; étude de Jocelyne Rogé, Thierry Pébayle et Alain Muzet.
(4) http ://viscog.beckman.uiuc.edu/djs_lab/demos.html



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