← Retour à la liste
groups Groupements — Avril 2019

Henda Benabdessalem, porte-parole de DICFER : « Nous sommes contre l’agrément national et la désint

L’association de Défense interdépartementale des centres de formation à l’éducation routière (DICFER) s’est créée début 2019. Henda Benabdessalem, porte-parole de DICFER nous en présente les objectifs et les projets.


La Tribune des Auto-Écoles : Depuis quand l’association de Défense interdépartementale des centres de formation à l’éducation routière (DICFER) est-elle en activité exactement et combien compte-t-elle de membres ?
Henda Benabdessalem, porte-parole de DICFER : C’est un mouvement qui a vu le jour juste avant la manifestion du 11 février 2019 qui a rassemblé plus de la moitié de la profession à Paris, mais aussi en province. Nous sommes donc encore en pleine création et nous travaillons avec notre avocat pour finaliser les obligations administratives, mais nous comptons déjà une centaine d’adhérents.


La Tribune : Votre association a-t-elle une ambition de portée nationale ou juste locale ? Et quel est le profil de vos adhérents ?
H. B. : Pour le moment, nos adhérents sont surtout concentrés en région parisienne, dans le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis, mais aussi en Seine-et-Marne, dans les Hauts-de-Seine et l’Essonne. Mais notre association a une portée nationale. D’ailleurs, quelques écoles de conduite de Boulogne-sur-Mer et de Toulouse que nous avons rencontrées lors de la manifestation du 11 février nous ont déjà rejoints. La plupart des adhérents n’appartiennent à aucun syndicat.

La Tribune : Avez-vous désigné un président ?
H. B. : Tout à fait. En l’occurrence, c’est une présidente, Joyce Yerro, qui est gérante d’une auto-école en Seine-Saint-Denis. Nous avons également deux vice-présidents et deux trésoriers. Quant à moi, je m’occupe de la communication. Comme nous voulons être une association nationale, nous souhaitons pouvoir désigner des responsables départementaux dès que le nombre de membres sera plus important. Car les problèmes sont différents d’un département à l’autre. C’est pourquoi, il nous paraît primordial d’avoir des représentants de l’association présents sur le terrain localement.


La Tribune : Quels sont les principaux objectifs de DICFER ?
H. B. : Le premier point sur lequel nous voulons nous battre, est l’agrément national. Nous sommes totalement contre car nous avons déjà souvent du mal à communiquer avec la préfecture de notre département, alors on n’ose même pas imaginer ce que cela serait si toutes les écoles de conduite et les plateformes ne devaient plus s’adresser qu’à un seul canal… Le système sera forcément encore moins souple et réactif pour répondre aux problèmes particuliers de chacun. Par ailleurs, nous voulons garder le contact avec nos élèves, avoir une salle de code pour nous permettre de traiter des sujets comme les risques liés à l’alcool, le secourisme, etc. Le local permet de faire venir des intervenants et aux élèves de partager leurs expériences. Tout cela ne peut s’effectuer à distance. Si l’agrément national est adopté, il n’y aura plus que des exercices en voiture. Quand on sait que l’alcool au volant est une des causes principales des accidents mortels chez les jeunes, nous pensons vraiment que les cours collectifs en salle sont indispensables pour sensibiliser les jeunes à tous ces risques. Pour toutes ces raisons, l’agrément doit rester départemental ! L’autre sujet de colère porte sur le projet de désintermédier l’attribution des places de l’examen pratique. C’est une très mauvaise idée. Nos adhérents de Seine-Saint-Denis sont bien placés pour le savoir puisque le système est en test depuis l’été 2018, dans leur département avec Candilib. Or, on ne peut que constater que cela ne se passe pas bien. Parfois, un élève ne veut finalement pas se présenter à l’examen. Dans ce cas, l’école de conduite s’arrange pour trouver un autre élève prêt pour passer l’examen et, ainsi, ne pas gâcher une place. Dans le cas de l’inscription directement gérée par le candidat, il y a fort à craindre que de nombreuses places ne soient finalement pas utilisées et que cela débouche sur un allongement des délais d’obtention d’une place pour tout le monde. Les écoles de conduite ont reçu un agrément préfectoral pour être un fil entre l’élève et l’auto-école, alors on ne peut pas nous faire disparaître du jour au lendemain ! C’est inacceptable et totalement absurde ! Ce n’est pas parce que l’on parle de libéralisation qu’il faut tout ouvrir à n’importe quel prix ! C’est un peu comme si au baccalauréat, les élèves avaient la main sur la date de passage de l’examen et demandaient au bout de trois mois, sans forcément être au niveau, de passer l’examen… Cela choquerait certainement les professeurs comme les parents des élèves, non ?


La Tribune : Vous êtes en faveur de la portabilité du CPF des parents sur les enfants, pouvez-vous nous expliquer ?
H. B. : En effet, c’est un sujet qui me tient à cœur. Le gouvernement ne parle que du coût du permis de conduire, qui est soi-disant trop cher. Il y a effectivement un problème réel des jeunes adultes pour accéder au permis de conduire. Mais les écoles de conduite ont des charges (location de véhicules, carburant, salaires des employés, loyer du local, etc.) et le coût n’est pas compressible indéfiniment. Il faut plutôt trouver des moyens de financement de la formation. C’est pourquoi, nous suggérons de mettre en place la portabilité du CPF des parents vers leurs enfants. On sait que la plupart du temps les crédits accumulés dans le cadre du Compte personnel de formation ne sont pas utilisés par les salariés. Puisqu’il est désormais possible de suivre une formation au permis de conduire dans le cadre du CPF, nous proposons que les crédits auxquels a droit un salarié puissent profiter à ses enfants pour financer leur formation au permis de conduire.


La Tribune : C’est une proposition qui a fait partie des contrepropositions de la profession en réponse au rapport Dumas/Guérini. Avez-vous participé aux réunions avec les différents syndicats lors de la rédaction de ce document ?
H. B. : Effectivement, nous avons participé aux deux jours de réunion, les 7 et 8 mars derniers. Notre association n’a pas de lien direct avec les syndicats, mais nous avons de bonnes relations avec eux, même si j’ai regretté lors de la création de mon école de conduite de ne pas m’être sentie soutenue par les syndicats présents dans mon département. C’est d’ailleurs un peu à cause de cela qu’est née l’association de Défense interdépartementale des centres de formation à l’éducation routière et que la plupart des membres ne sont pas affiliés à un syndicat. Mais nous entendons travailler en bonne intelligence avec les organisations professionnelles.

La Tribune : Quels sont les projets à venir de l’association ?
H. B. : Nous nous réunissons une fois par mois pour discuter de nos problèmes et trouver des solutions. Ainsi, nous avons décidé de mettre en place prochainement des actions pour notamment exiger plus de contrôles des entreprises de location de véhicules à doubles commandes, qui proposent bien souvent des leçons de conduite en plus de la location de la voiture équipées en doubles commandes, alors que c’est totalement illégal.


La Tribune : Quelle est la position de l’association concernant les plateformes ?
H. B. : Nous ne jouons pas à armes égales. Et l’on voit bien que leur modèle économique ne fonctionnerait pas si elles n’étaient pas soutenues financièrement par des investisseurs. Je ne comprends pas comment l’État peut soutenir ce système. D’autant que nous voyons de plus en plus d’élèves dans nos écoles de conduite qui sont passés par une plateforme. Ils viennent s’inscrire après avoir échoué à l’examen, mais l’on constate qu’ils n’ont quasiment rien appris ou rien retenu car ils n’ont pas eu de suivi de l’enseignement. Les enseignants de la conduite qui travaillent avec les plateformes changent tout le temps, il n’y a pas de suivi de la formation, pas de bilan de compétence. L’État ne cesse de parler de sécurité routière, mais il ne faudra pas s’étonner si le nombre de victimes de la route repart à la hausse à cause d’une baisse de la qualité de la formation. Sur ce point, l’attitude de l’État est totalement irresponsable !


La Tribune : Comment comptez-vous faire entendre la voix de DICFER auprès du gouvernement ?
H. B. : Comme je l’ai dit, notre avocat travaille à finaliser la création de l’association. Dès que ce sera fait, nous adresserons une lettre au délégué interministériel à la sécurité routière, Emmanuel Barbe, afin de nous faire connaître et reconnaître des instances étatiques. 

Propos recueillis par Sandrine Ancel


Dans le même thème

Cession Abskill a été racheté par Aftral
Avec le rachat d’Abskill, Aftral entend étendre son maillage du territoire français et enrichir son catalogue de formations.
Rallye-échange - Le réseau ECF a été élu Marque préférée des Français
Lors de son rallye-échange qui se tenait les 24 et 25 mars derniers, à Charenton-le-Pont, dans le Val-de-Marne, le réseau ECF a été officiellement désigné Marque préférée des Français, dans la catégorie « Auto-écoles ».
Club Rousseau : Reprise des conventions régionales
Le Club Rousseau a tenu deux conventions régionales, le 10 mars au Mans, dans la Sarthe et le 24 mars à Arras, dans le Pas-de-Calais. L’occasion de faire le point sur les services du Club et sur l’actualité du livret numérique.