L’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) a dévoilé le bilan provisoire de l’accidentologie 2018. Des résultats encourageants mais inaudibles dans un contexte de polémique dû à l’épineux sujet des 80 km/h.
L’année 2018 n’aura toujours pas permis de passer sous la barre des 3 000 morts. Pour autant, après quatre années de hausse, de 2013 à 2016, 2018 s’avère être l’année la moins meurtrière depuis la collecte de données par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR).
La mortalité routière en baisse
En effet avec 3 259 morts en France métropolitaine, cela représente 189 décès de moins qu’en 2017. Des résultats encourageants, mais à pondérer légèrement puisqu’ils ne prennent pas en compte les chiffres de l’Outre-mer. Or en 2018, 244 personnes ont perdu la vie dans un accident de la route en Outre-mer, soit 8 de plus qu’en 2017. Mais si l’on additionne les chiffres de la Métropole avec ceux de l’Outre-mer, on comptabilise 3 503 morts, soit 181 décès de moins qu’en 2017.
Diminution du nombre de blessés hospitalisés
Autre indicateur encourageant, le nombre de blessés nécessitant une hospitalisation marque également le pas, aussi bien en Métropole (20 864 hospitalisations, soit – 24,8 % qu’en 2017) qu’en Outre-mer (1 323 hospitalisations, soit – 21,3 % qu’en 2017).
L’efficacité du passage à 80 km/h mis en avant par la DSR
Pour expliquer ces bons résultats, la Délégation à la sécurité routière (DSR) avance notamment les bénéfices du passage à 80 km/h sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central. À cet effet, la DSR s’appuie sur le pré-bilan réalisé par le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement la mobilité et l’aménagement (CEREMA), sur six mois depuis la mise en place de cette mesure au 1er juillet 2018. D’après la DSR, « sur les 189 vies épargnées sur les routes de France en 2018 par rapport à 2017, 168 sont constatées sur le réseau hors agglomération et hors autoroute. Cette baisse se concentre sur le second semestre 2018 : d’après l’ONISR, en comparaison des cinq dernières années, 116 vies ont été épargnées au second semestre 2018 sur le réseau concerné par la baisse à 80 km/h de la vitesse maximale autorisée. Cette baisse notable a connu un décrochage en novembre et décembre 2018, dans la période qui correspond à la forte dégradation des dispositifs de contrôle automatiques. Selon les calculs de l’ONISR, sans ces dégradations, 60 vies supplémentaires auraient pu être épargnées entre novembre et décembre 2018 (30 chaque mois) ».
Opération de communication de Matignon ?
Tandis que le gouvernement avait annoncé qu’un bilan du passage à 80 km/h serait effectué d’ici deux ans, soit à l’été 2020, la présentation de ce pré-bilan à six mois est vécue comme une opération de communication de la part du Premier ministre, Édouard Philippe, qui tente de légitimer l’abaissement de la vitesse à 80 km/h, mesure qu’il a portée lors de sa mise en œuvre et sur laquelle il n’entend pas revenir tandis que le président de la République, Emmanuel Macron, se dit ouvertement prêt à revoir la question. La Fédération française des motards en colère (FFMC) n’y va pas par quatre chemins : « Attribuer cette baisse à la nouvelle limitation à 80 km/h sur le réseau secondaire, c’est aller vite en besogne, sachant que les accidents sont avant tout multifactoriels et que de toute façon, la mortalité routière est en baisse dans l’Union européenne depuis plus de 40 ans quand on l’observe sur des périodes longues. On voit bien le numéro de communication sur un sujet qui a été critiqué par son côté arbitraire avant qu’il ne revienne via la crise des Gilets-jaunes exaspérés de ces coups de menton dans tous les domaines de la vie courante ».
Polémique sur l’interprétation des résultats
Plus nuancée, Anne Lavaud, déléguée générale de l’Association Prévention routière, se réjouit des résultats encourageants du pré-bilan de l’accidentologie 2018, mais souligne que six mois est une période trop courte pour dresser un bilan viable. De son côté, l’association 40 millions d’automobilistes, connue pour contester régulièrement les affirmations de la DSR, a constitué un « Comité Indépendant d’Évaluation des 80 km/h » qui s’est penché sur le dossier. Selon ce comité, il existe des « zones d’ombres », des « incohérences », « voir des contradictions » dans ce pré-bilan d’évaluation des 80 km/h qui l’amène à se poser des questions sur la méthode employée. Il se demande notamment « pourquoi avoir comparé le second semestre 2018 à un bilan moyen sur cinq ans, et non pas au second semestre précédent, conformément à l’usage constant en matière de statistiques ? ». Ce à quoi le comité répond qu’une « juste comparaison aurait montré que la diminution du nombre de tués avait été plus faible depuis l’entrée en vigueur de la mesure (-6,6 % au premier semestre 2018 par rapport au premier semestre 2017 et – 4,5 % au second semestre 2018 par rapport au second semestre de 2017) ». Le comité pointe également des informations contestables se demandant « comment parvient-on, par rapport à 2017, à un nombre de vies « sauvées » au cours du second semestre 2018 sur le seul réseau secondaire supérieur au total des vies « sauvées » sur l’ensemble des réseaux routiers pour ce même semestre 2018 ? ». Autant de critiques qui confortent dans le fait d’attendre deux ans avant de dresser un bilan qui, on l’espère, sera plus crédible.