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campaign Syndicats — Janvier 2019

Congrès UNIC : « Il faut que ça change ! »

Le 15ème congrès UNIC s’est tenu à Nancy en Moselle du 30 novembre au 1er décembre 2018 dans un climat morose et tendu. Et pour cause, rarement les écoles de conduite n’auront été autant dans le brouillard, quant à leur avenir.


Si les adhérents de l’UNIC ne portaient pas tous un gilet jaune, un sentiment d’écœurement et de contestation a marqué ce congrès annuel du syndicat. Il faut dire que l’annonce du président de la République, le 9 novembre dernier, lors de sa tournée commémorative de la Grande Guerre, « nous a rendu perplexes », confiait le président de l’UNIC, Philippe Colombani.
Pour rappel, Emmanuel Macron, avait déclaré : « Dans le cadre de la loi mobilité, on va drastiquement baisser le coût du permis », avant d’ajouter « le Code, on va l’intégrer à la partie scolaire » et de dire que l’État allait également « aider à l’acquisition du premier véhicule ». Des déclarations hors contexte, sans plus d’explications, qui avaient aussitôt mis le feu aux poudres chez les professionnels de la formation à la conduite. Des déclarations qui faisaient visiblement référence au projet de la loi sur l’orientation des mobilités (loi LOM). Présentée officiellement au Conseil des ministres et à la presse, le 26 novembre dernier, par le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, et la ministre chargée des Transports, Élisabeth Borne, la LOM comporte en effet une mesure visant à rendre « le permis de conduire moins cher et plus rapide » sans pour autant entrer dans les détails puisque le contenu devra être défini ultérieurement en s’appuyant sur les conclusions du rapport de la mission parlementaire sur l’éducation routière.


Demande de baisse des taxes
Pragmatique, mais combatif, Philippe Colombani a donc redonné la ligne directionnelle de l’UNIC : « Je suis d’accord pour une réforme, mais l’effort doit venir des deux côtés, des écoles de conduite et de l’État. Si l’on veut faire baisser le coût du permis, il ne faut pas réduire le nombre d’heures, mais le poids des charges sur les entreprises de formation à la conduite ». En d’autres termes, l’UNIC demande une suppression de la TVA pour les auto-écoles et une récupération totale de la TVA sur l’essence dès le 1er janvier 2019, « afin que nos entreprises puissent s’engager dans la transition énergétique sans être pénalisées ».


Vers une privatisation de la pratique ?
Concernant la privatisation de l’examen pratique B, Philippe Colombani se dit plutôt favorable à cette mesure que l’UNIC demandait déjà en 2006 dans son projet intitulé « Auto-école autrement ». Selon le président de l’UNIC, la privatisation de la pratique pourrait notamment permettre de résoudre les problèmes des délais d’obtention d’une place d’examen. Cependant, il exige que la décision soit prise en concertation avec les écoles de conduite. « Cela ne doit pas être fait n’importe comment. Il n’est pas question de réitérer la mauvaise expérience de la privatisation de l’ETG qui a été, au final, préjudiciable aux auto-écoles. »

Quid de la labellisation ?
Des revendications notamment adressées à Pierre Ginefri, sous-directeur à l’Éducation routière, venu représenter le délégué à la Sécurité routière, Emmanuel Barbe, absent en cette période compliquée où le temps des réformes semble suspendu à la publication du rapport de la mission parlementaire. Une période d’attente, pour ne pas dire d’arrêt sur image, qui a notamment eu un effet direct sur la labellisation puisque les contreparties inhérentes au label de l’État qui devaient entrer en vigueur le 2 novembre dernier, ont finalement été repoussées à une date ultérieure. Si Pierre Ginefri a reconnu que même pour la DSR à l’heure où se tenait le congrès, le calendrier était un peu flou, le sous-directeur à l’éducation routière a bien précisé que la labellisation était suspendue, mais pas abandonnée. Ainsi, lors du congrès de l’UNIC, à savoir début décembre, la DSR comptait bel et bien mettre en place les contreparties portant sur les formations B76 et B98 en début d’année 2019. Par contre, Pierre Ginefri a indiqué que pour le moment, l’obligation d’être labellisé pour proposer le permis à un euro par jour était suspendue, sans pour autant pouvoir donner plus de précision. De même que l’entrée en vigueur de la formation post-permis de 7 heures pour les titulaires d’un premier permis de conduire, initialement prévue au 1er janvier 2019, serait certainement reportée plus tard dans l’année 2019, mais que la labellisation resterait obligatoire pour pouvoir proposer ce stage. Face à certains adhérents se demandant s’il était toujours nécessaire d’entamer une démarche de labellisation, Philippe Colombani a été très clair : « La suspension de la labellisation n’est pas une bonne chose pour nous car il existe un risque que les modalités du référentiel du label soit modifié pour intégrer les plateformes qui exercent une pression sur le gouvernement. Cependant, je vous encourage à vous labelliser car la labellisation est un contrat que vous passez avec l’État. Or je vois mal l’État revenir sur ses engagements et casser ce contrat ».


Mieux gérer les candidats libres
S’il soutient la labellisation, le président de l’UNIC ne lâche pas son combat contre les plateformes et sa demande de clarification quant à la validité de l’agrément sur le plan national ou départemental. Ainsi la procédure judiciaire lancée à l’encontre d’EnVoitureSimone suit son cours. Et le jugement sur le fond devrait être rendu fin janvier 2019. Un combat judiciaire qui n’est pas forcément gagné d’avance mais dont l’issue est éminemment importante puisqu’elle devrait faire jurisprudence. En attendant de connaître la décision des juges, le président de l’UNIC pointe la nécessité de mieux gérer les candidats libres. Avant tout, Philippe Colombani souhaite que l’on définisse « clairement ce qu’est un candidat libre car on trouve de tout : élèves formés par des moniteurs indépendants travaillant pour des plateformes, élèves ayant suivi une formation par le biais d’une société de location de véhicules à doubles commandes proposant les services d’un enseignant, ce qui est parfaitement illégal, etc. » Dans un second temps, il demande d’instaurer une évaluation préalable à l’examen pour déterminer si le candidat libre a le niveau pour se présenter à l’épreuve pratique. « Cette évaluation qui se ferait dans une auto-école, permettrait de lutter contre le travail au noir en identifiant le parcours de formation du candidat, mais aussi de ne pas gâcher des places d’examen avec des candidats qui s’inscrivent à l’examen alors qu’ils ne sont pas assez préparés ».


Non au Code à l’école !
En faveur de la labellisation et pas contre une privatisation de l’examen pratique, Philippe Colombani a, par contre, affirmé haut et fort son opposition à l’apprentissage du Code de la route durant la scolarité. « Si le Code part au lycée, ça va faire profondément souffrir la profession ». L’UNIC entend bien que l’apprentissage du Code reste dans le giron des écoles de conduite et demande par ailleurs, la création d’un examen de Code pour le permis AM. « Ce serait l’occasion de développer des connaissances pour les 14-18 ans, car on constate que les jeunes passent le permis B de plus en plus tard et donc qu’ils sont amenés à se pencher sur le Code de la route de moins en moins tôt dans leur vie », a souligné Thierry Le Pallec, responsable de la cellule deux-roues de l’UNIC.


Miser sur la diversification
Dans un paysage pour le moins sinistré, l’UNIC entend bien trouver des solutions pour préserver la profession. Une pérennité de l’activité qui peut passer par la diversification. « Je reste persuadé que c’est la solution d’avenir », a affirmé Philippe Colombani. Ainsi, Édouard Bourdot, responsable de l’Éducation routière à la FNA a proposé une conférence sur le sujet, en analysant les avantages et les inconvénients d’une diversification de l’activité auto-école. « Attention, a prévenu Édouard Bourdon, la diversification ne doit pas tourner à l’éparpillement avec la sensation de gérer en permanence les problèmes et non l’activité. » Parmi les diverses pistes de diversifications possibles pour un établissement de formation à la conduite, deux activités ont été étudiées plus en profondeur : la location de véhicule à doubles commandes et la formation à l’écoconduite. Une discussion avec la salle a permis à certains participants de partager leur expérience avec ceux qui souhaitaient se lancer dans une diversification.


Un partenariat exclusif avec MMA
Si l’avenir de la profession passe par la diversification, Philippe Colombani pense également qu’il faut absolument trouver des idées pour se différencier de la concurrence au niveau de la formation B. C’est pourquoi l’UNIC a demandé à la MMA de développer un produit unique à destination des élèves. Baptisé 3PJC pour « Protection Permis Probatoire Jeune Conducteur », cette garantie est une protection juridique qui assure au futur jeune détenteur du permis de conduire de catégorie B d’obtenir une information juridique et une défense en cas d’infraction au Code de la route, de bénéficier d’une assistance à la rédaction du constat amiable en cas d’accident, mais également une prise en charge jusqu’à 150 euros des frais de stage de récupération de points et jusqu’à 500 euros pour la reconstitution du permis en cas d’annulation. Cette garantie non obligatoire est souscrite par les auto-écoles UNIC qui le souhaitent. Elle peut être soit offerte à l’élève ou incluse dans le prix de la formation.


Développez votre confiance en vous et celle de vos élèves !
Enfin, Jean-Basile Diosdado, délégué départemental de l’UNIC en Haute-Saône, a présenté le travail qu’il a effectué avec Emmanuel Dufour, Happiness Manager au centre Okiciya, sur lui-même, mais aussi sur ses enseignants et ses élèves pour changer leurs perceptions des autres et des situations, développer une analyse émotionnelle et intellectuelle et reprogrammer ses décisions. À travers un petit sketch mettant en scène un élève et son enseignant dans le véhicule, Jean-Basile Diosdado et Emmanuel Dufour ont démontré en quelques minutes combien le comportement de l’enseignant peut influencer
–en mal comme en bien– le comportement de l’élève. Trois ans après ce travail sur le comportement, Jean-Basile Diosdado est formel : « Je ne reviendrais pour rien au monde en arrière. L’ambiance dans l’équipe a profondément changé, cela a modifié le rapport aux élèves et cela se ressent sur les résultats. Les candidats ont plus confiances en eux et sont moins stressés le jour des examens. Ainsi le taux de réussite de mon école de conduite est en hausse. » Enfin une lueur d’optimisme dans un tableau bien noir.


S. A.


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