Karine Bonnet, présidente du réseau et directrice générale adjointe Marketing et Ventes de Dekra Automotive SAS fait le point sur l’organisation de l’ETG et nous présente le rapport Dekra de sécurité routière 2018 consacré au transport de marchandises.
La Tribune des Auto-Écoles : Dekra fait partie des sociétés privées agréées par l’État pour organiser l’épreuve théorique générale. De combien de sites disposez-vous en France ?
Karine Bonnet, présidente du réseau et directrice générale adjointe Marketing et Ventes de Dekra Automotive SAS : Effectivement, Dekra a reçu l’agrément de l’État pour le passage de l’examen du Code en février 2017 et les premières sessions ont été organisées en juin 2017. Aujourd’hui, Dekra compte une centaine de centres répartis sur une grande partie du territoire français. Ces lieux d’examen sont installés dans des centres de contrôles techniques Dekra, Norisko et Autocontrol, trois marques appartenant au groupe Dekra. Mais nous continuons à ouvrir de nouveaux sites. Ainsi, nous allons bientôt ouvrir un centre à La Réunion et nous avons pour objectif d’atteindre 200 sites en 2019.
La Tribune : Quelles sont les particularités de l’offre Dekra ?
K. B. : Nous essayons d’offrir le plus de souplesse possible. Ainsi, on peut s’inscrire jusqu’à 18 heures, la veille du passage de l’examen. De même que Dekra permet d’annuler gratuitement une inscription jusqu’à 8 heures du matin, la veille du jour de l’examen initialement prévu. Nous proposons aussi des sessions dédiées pour les auto-écoles.
La Tribune : En Allemagne, Dekra organise les examens théoriques mais aussi pratiques. Seriez-vous prêt à faire de même en France si le gouvernement envisageait une privatisation de l’organisation de l’examen pratique ?
K. B. : En effet, Dekra organise l’examen pratique en Allemagne et en Nouvelle-Zélande. C’est pourquoi nous pourrions nous positionner sur la pratique en France si le gouvernement ouvrait ce marché à des sociétés privées.
La Tribune : En France, on connaît surtout Dekra pour le contrôle technique des véhicules, mais en Allemagne, cette société est très impliquée dans la sécurité routière et édite notamment un rapport annuel. Pouvez-vous nous en dire plus ?
K. B. : À l’origine, Dekra est une association créée en 1925 par des transporteurs allemands qui avaient décidé de développer un contrôle technique pour les véhicules poids lourds. Le contrôle technique s’est ensuite étendu aux véhicules particuliers et désormais Dekra est présent dans une cinquantaine de pays dans le monde. Dans la continuité de cette activité de contrôle technique des véhicules visant à réduire les accidents, Dekra s’est fortement impliquée dans les études sur la sécurité routière. Ainsi, depuis 2008 d’abord en Allemagne, puis dans les autres pays où nous sommes présents, Dekra étudie les accidents de la route sur ces réseaux routiers et collecte un maximum d’informations au niveau européen qui permettent d’éditer tous les ans un rapport sur la sécurité routière traitant chaque année un thème particulier.
La Tribune : Quel est le thème qui a été traité cette année ?
K. B. : Après avoir fait un focus sur les deux-roues en 2010, les piétons et les cyclistes en 2011, les réseaux secondaires en 2013 ou encore le transport de personnes en 2016, le rapport Dekra s’attache cette année au transport de marchandises.
La Tribune : Quels sont les principaux enseignements de ce rapport sur le transport de marchandises ?
K. B. : Les accidents causés par des véhicules utilitaires de 3,5 t ou plus, ont provoqué la mort de 7 233 personnes en 2006 et de 3 848 en 2015, soit une baisse de 47 % au sein des États membres de l’Union européenne. Ce rapport identifie trois leviers majeurs pour faire baisser l’accidentologie liée au transport de marchandises : le facteur humain, la technologie automobile et les infrastructures. Concernant le facteur humain, il apparaît que l’arrimage des charges est un enjeu important de sécurité routière. Chaque année, ce sont 10 000 accidents du travail qui surviennent suite à un mauvais arrimage des charges transportées et l’on constate environ 50 000 déversements de marchandises sur la chaussée. Par ailleurs la fatigue et les distractions –utilisation d’un smartphone, par exemple– représentent environ deux tiers des accidents sur autoroute. Pour ce qui est de la technologie automobile, on constate que de très gros progrès ont été réalisés, sur le freinage par exemple, comme le démontre une expérience réalisée avec deux 38,5 t de puissance équivalente mais ayant 30 ans d’écart. Ainsi, le véhicule de 2017 roulant à 80 km/h s’arrête à 41 mètres. Le véhicule de 1997, quant à lui, encore lancé sur sa course à 43 km/h ne s’immobilise qu’à 57 mètres. Les problèmes de visibilité ont, quant à eux, pu être réduits grâce aux antéviseurs, aux rétroviseurs d’accostage et de rétroviseurs grand angle. Cependant, des progrès peuvent encore être réalisés pour aider les conducteurs de véhicules lourds à détecter tous les éventuels obstacles sur la chaussée. Des études sont également menées sur le Platooning, à savoir le déplacement en convoi de plusieurs poids lourds suivant un véhicule de tête. Elles semblent donner de bons résultats en termes de sécurité routière et d’économie de carburant. Dernier levier étudié dans ce rapport : les infrastructures. Sachant qu’un tiers des accidents impliquant un poids lourd se produit hors agglomération et hors autoroute, il apparaît indispensable de stabiliser les accotements pour éviter que le véhicule ne bascule dans le fossé comme c’est souvent le cas. Enfin, le rapport Dekra 2018 se penche sur la distribution jusqu’au dernier kilomètre. À cet effet, il est nécessaire d’étudier de nouveaux modes de distribution comme la livraison en ville par vélos de transport ou par robots pour diminuer les risques liés à la présence de poids lourds en agglomération.
La Tribune : Quelles sont les préconisations du rapport pour améliorer la sécurité routière au niveau des poids lourds ?
K. B. : Quatre axes de travail peuvent être envisagés pour améliorer la sécurité routière : mieux former les chauffeurs routiers à l’arrimage des charges transportées ; assurer le maintien en état des systèmes d’assistance à la conduite ; réactiver automatiquement les systèmes d’assistance à la conduite après désactivation et enfin, généraliser les systèmes d’assistance au changement de direction.
La Tribune : Travaillez-vous avec la Délégation à la sécurité routière en France et/ou avec la Commission européenne ? En d’autres termes, quel peut être l’impact de ce rapport ?
K. B. : L’objectif des rapports réalisés par Dekra est de poser les problèmes sur la table et d’ouvrir le débat. Nous avons effectivement présenté ce rapport 2018 au délégué interministériel à la Sécurité routière, Emmanuel Barbe, qui a semblé très attentif. Nous avons fait de même auprès de ses homologues en Allemagne, en Espagne et bien entendu nous présentons les rapports Dekra à Bruxelles.
La Tribune : Est-ce qu’une proposition présentée dans un précédent rapport Dekra a débouché sur une mesure concrète ?
K. B. : Dans le rapport datant de 2010 sur les deux-roues, Dekra préconisait de développer des glissières de sécurité plus hautes pour protéger les motards lors des éventuelles chutes. Cette mesure a été mise en application. Mais encore une fois, les rapports Dekra ont pour but d’ouvrir le débat, de donner de nouvelles orientations possibles et des indications utiles. Ils entendent nourrir les réflexions politiques, des experts de la route, des institutions et associations. Ensuite, c’est aux hommes politiques de s’emparer des sujets et de décider ou non de mettre en œuvre une législation. Il faut prendre en compte le temps politique qui ne nous appartient pas. Et il faut aussi que les hommes politiques présentent les mesures aux citoyens pour qu’elles soient comprises et acceptées. Tout cela prend du temps.
Propos recueillis par Sandrine Ancel