Ce qui frappe à Poitiers et dans ses proches environs, c’est le nombre d’écoles de conduite. Pour se développer, elles s’appuient sur une population relativement jeune souhaitant décrocher le permis, mais aussi sur l’obligation faite aux entreprises de transport de personnes ou de marchandises de former leurs chauffeurs en permanence.
Parler de Poitiers, ce n’est pas seulement évoquer la ville dont le nom est dans tous les livres d’histoire parce que Charles Martel y repoussa, en 732, dans une bataille homérique (dont on ne sait en fait ni le lieu exact, ni la date exacte) les Arabes, c’est plutôt s’intéresser à la communauté urbaine du Grand Poitiers. Créée en 2017, la collectivité territoriale située dans le département de la Vienne et dans la région Nouvelle Aquitaine, compte 190 000 habitants dont près de 90 000 Pictaviennes et Pictaviens –les habitants de Poitiers–. Cette communauté urbaine n’est pas un pôle économique d’excellence. Elle est en revanche un pôle universitaire et un pôle touristique d’importance. Poitiers peut ainsi s’enorgueillir d’un présent qui regarde vers le… Futuroscope. Ce parc de loisirs à thème technologique, scientifique et d’anticipation, qui a plus de 30 ans, a su surmonter ses difficultés et est un centre d’attractions qui accueille plus de 2 millions de visiteurs par an. Ce centre est au cœur d’une technopole qui compte plus de 160 entreprises et laboratoires dédiés aux technologies de pointe. Cette dynamique d’aujourd’hui s’inscrit dans le droit fil de ce qu’a toujours été l’Université de Poitiers. Fondée au XVème siècle, elle a, dès le XVIème siècle, un rayonnement remarquable. Parmi ses étudiants, on retient les noms de Joachim du Bellay, François Rabelais, René Descartes, Francis Bacon ou encore Scévole de Sainte Marthe. En 2018, plus de 3 000 personnes y travaillent et elle est fréquentée par 27 000 étudiants ce qui représente 25 % de la population totale de la ville de Poitiers et en fait l’une des toutes premières villes universitaires françaises. Poitiers est enfin une ville d’une grande richesse culturelle et si elle est parfois surnommée « La ville aux cent clochers », c’est que son patrimoine religieux est exceptionnel.
Une petite équipe dynamique
Installé en plein centre-ville, à deux pas de la collégiale romane de Notre-Dame-la-Grande, Jean-Marc Roset ne se lasse jamais d’en admirer la façade sculptée qui est considérée comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’art religieux du XIIème siècle. « Poitiers, dit-il, est considérée dans toutes les enquêtes comme l’une des cinq villes françaises les plus agréables à vivre et je peux prendre cette affirmation à mon compte. Certes travailler à la limite d’un grand secteur piétonnier n’est pas toujours très simple, mais pour nos leçons de conduite, la campagne est à quelques minutes et nous pouvons ainsi offrir à nos élèves un apprentissage d’une grande diversité. Ils affrontent toutes les conditions de conduite, jusqu’aux embouteillages ! » Jean-Marc Roset a racheté l’Auto-école du Centre Ville en 2016. Quand il est arrivé, il a modernisé les locaux et rendu le bureau accessible en l’ouvrant directement sur la rue. « Créée dans les années 1960 par Patrice Maudet et son épouse, l’auto-école avait une excellente réputation. Nous en bénéficions toujours », explique encore Jean-Marc Roset qui ajoute que le bouche-à-oreille est la meilleure des publicités et qu’il reste très efficace auprès des étudiants qui constituent la majeure partie de sa clientèle. « Mes prédécesseurs m’ont bien mis le pied à l’étrier, mais ils travaillaient à l’ancienne. Tout était manuscrit », s’amuse Jean-Marc Roset qui a dû, très vite, tout informatiser. Cela a été une tâche presque titanesque ! Il avoue d’ailleurs que le suivi des élèves a été un peu chaotique dans les premiers temps et en rit aujourd’hui car ce passé est définitivement derrière lui. Il peut enseigner en toute sérénité, bien secondé par une monitrice, Émilie Maitre et en comptant, pour la partie administrative, sur son assistante Lise-Marie Giraud. « Nous sommes confrontés à tous les problèmes d’une entreprise de centre-ville et en premier lieu ceux du parking, difficile, et des travaux, en permanence autour du bureau, mais globalement tout va bien, dit Jean-Marc Roset dans un grand soupir. Nos élèves réussissent leur épreuve pratique dans près de 60 % des cas, ils sont autonomes pour le code, mais apprécient les cours que nous donnons car beaucoup d’entre eux aiment être encadrés. Ils le passent où bon leur semble, mais nous constatons qu’ils ne sont pas pressés et pas toujours motivés jusqu’au jour où ils candidatent pour un petit boulot et que l’annonce dit très clairement : Permis B exigé. Là, c’est « panique à bord » et ils veulent tout tout de suite ». Assurément, cela agace (un peu) Jean-Marc Roset qui constate cependant que ses relations avec les inspecteurs sont bonnes et rend hommage à ses interlocutrices de la direction départementale des territoires (DDT) pour leur efficacité et leur réactivité. Il a pu en juger lorsqu’il a demandé son agrément. « J’aime mon métier et je n’ai pas envie d’en changer, assure Jean-Marc Roset. Pourtant, les conditions d’exercice se complexifient et la labellisation est l’exemple même des difficultés qu’une petite entreprise comme la mienne doit affronter. Je me pose tous les jours la question de l’avenir et cherche à innover en permanence. Notre développement passe maintenant par la création d’une formation à la moto et notre visibilité par une présence plus importante encore sur les réseaux sociaux. Notre page Facebook rencontre déjà un succès encourageant et nous devons continuer sur cette voie et être toujours plus performant ».
S’appuyer sur la force d’un réseau national
Pouvoir s’appuyer sur un réseau national est un atout considérable. À la tête de La Poitevine qui compte trois agences en ville et un centre de formation à Montamisé, cinq kilomètres plus loin, Sandra Berton s’en félicite tous les jours. « Le réseau Ixio est un appui considérable, admet-elle. Cela nous permet de développer nos domaines de compétences et de répondre à des demandes spécifiques de formation professionnelle en mutualisant nos moyens pour répondre au mieux aux besoins de nos clients. Nous bénéficions aussi d’une veille juridique et réglementaire de qualité. Enfin, au travers de notre plate-forme de formation en ligne, Ixtya, nous avons la possibilité de mettre à la disposition de nos clients un ensemble d’outils pédagogiques fiable et parfaitement adapté à leurs besoins ».
Apprentissage sur simulateur et en groupe
Si la formation professionnelle est une partie importante de l’activité de La Poitevine, les formations de base sont également importantes puisqu’elles permettent à 780 élèves de passer leur permis tous les ans. « Nous recevons beaucoup d’étudiants et d’élèves car l’une de nos agences est à côté des facultés de lettres et de sciences et l’autre, à deux pas de la gare, est proche, du lycée Victor Hugo, explique Sandra Berton. Dans notre troisième agence, celle des Couronneries qui est un peu excentrée, la population qui vient nous voir est moins homogène, mais compte beaucoup de lycéens d’Aliénor d’Aquitaine. Dans tous les cas, les quatre premières leçons de conduite se font sur simulateur et nous insistons pour que nos élèves ne confondent pas vitesse et précipitation : la sérénité est gage de réussite. Cela ne nous empêche pas d’organiser des stages de code de 3 jours et pour l’apprentissage de la conduite, des stages Vitaki de 6 ou 8 jours. Avec cette formule de formation en binôme pour 4 élèves et 2 formateurs, nous répondons à une demande de plus en plus pressante d’un public, jeune et moins jeune, qui veut aller très rapidement à l’essentiel et pour un coût le plus bas possible. L’effet de groupe joue aussi à plein, on a l’impression de faire du coaching plus que de l’enseignement, il y a une stimulation entre tous les participants, cela plaît et les résultats sont plutôt positifs. » La Poitevine avait un taux de réussite qui avoisinait les 51 %, mais l’entreprise connaît depuis le début de l’année 2018 une embellie et se situe aux alentours de 56 %. « C’était bien sûr l’une de nos préoccupations, assure Sandra Berton, car cela compte dans un contexte de concurrence de plus en plus acérée ». Un petit coup d’œil sur le département de la Vienne montre qu’en effet il y a des auto-écoles un peu partout sur le territoire et parfois dans de toutes petites communes. Par ailleurs, les « nouvelles » auto-écoles arrivent et déjà Ornikar s’installe avec une première voiture.
Savoir sentir l’évolution de la société pour évoluer
« Notre profession est en pleine évolution, mais nous avons souvent du mal à comprendre ce qui se passe exactement, constate Sandra Berton. Nous devons nous poser les bonnes questions et surtout apporter les bonnes réponses dans un monde où les réseaux sociaux et les applications prennent une importance de plus en plus grande. Nous voyons, par exemple, le succès de J’AACcélère qui remplace le livret « papier » d’apprentissage et permet d’automatiser l’enregistrement des trajets réalisés dans le cadre de l’apprentissage anticipé de la conduite ». « Il me semble, poursuit Sandra Berton, que nous devons également nous interroger sur ce que sera la voiture de demain. Quelle sera, par exemple, la place des véhicules électriques ? Nous avons été pionniers dans ce domaine puisque nous avons eu dans notre flotte des Peugeot 106 électriques dès les années 1990 et ensuite des Citroën C Zéro. Nous avons dû abandonner cette expérimentation parce que l’autonomie de ces véhicules était limitée et le problème des infrastructures de recharge non résolu ». On la sent pourtant prête à renouveler l’expérience car il existe une demande pour passer le permis « B(A) » et qu’en tant que professionnelle avertie, elle sait que l’offre des constructeurs s’est diversifiée et que les performances des véhicules se sont nettement améliorées.
Un enseignement sur piste
« Le véhicule électrique ?, s’interroge Simon Couteau, président de la Scop ECF-Cerca (Club Éducation Routière Centre Atlantique). Nous y pensons et sommes même presque prêts à franchir le pas. La transition énergétique de notre parc automobile est en effet au centre de nos préoccupations et entre parfaitement dans ce qui est aujourd’hui notre cœur de métier : l’accompagnement global des entreprises dans le domaine des formations réglementaires liées à la sécurité et dans celui des relations humaines pour le recrutement ». On l’aura compris l’ECF-Cerca s’adresse aux entreprises et aux professionnels de la conduite au travers d’une structure dédiée, l’Institut de formation professionnelle (IFP) installée à Saint-Georges-les-Baillargeaux, à vingt minutes de Poitiers. Cette structure s’est diversifiée dans les domaines de la logistique, des travaux publics ou encore de la sécurité au travail, comme le souligne Laura Guignard, sa responsable. On aurait cependant tort de croire qu’elle n’est pas aussi très active sur le marché des clients particuliers. « Nos deux agences pictaviennes accueillent 400 élèves par an et notre taux de réussite est en moyenne de 59 %, précise Simon Couteau. Nous proposons un enseignement à la conduite qui a fait depuis longtemps ses preuves. C’est ainsi que nos élèves ont accès avec leur moniteur à nos quatre pistes et nos deux aires d’évolution pour les formations moto, poids lourds ou BE, mais aussi pour les ateliers et les formations à la sécurité. Ils bénéficient d’outils pédagogiques à la pointe de la technologie avec une tablette embarquée pour tous les formateurs et une application my road pour la prise de rendez-vous, des cours de code en ligne et en direct ». À l’ECF-Cerca, on ne semble pas très « chaud » pour l’apprentissage sur simulateur. On se défend pourtant d’y être totalement opposé. « Même si le simulateur de conduite est un outil intéressant pour la sensibilisation au risque routier et la formation à l’éco-conduite, nous pensons que nos élèves, les plus jeunes surtout qui passent un temps fou devant leur smartphone, tablette et autre ordinateur, ont intérêt à faire leurs premiers tours de roues sur une piste, plaident d’une même voix Jacky Périvier, Maria Alonso et Morganne Groizeleau, les responsables des formations « grand public ». Certaines études mettent en exergue que les exercices sur simulateur comme toutes les addictions aux écrans, ne sont pas neutres et qu’ils peuvent, parfois, entraîner des troubles physiques et psychologiques que nous devons absolument prévenir ». Pour Simon Couteau, les options pédagogiques retenues s’inscrivent dans la philosophie de l’ECF-Cerca, l’une des plus grandes structures du groupe ECF. Regroupant à ses débuts 23 auto-écoles de la Vienne, de la Vendée, des Deux-Sèvres et de la Haute-Vienne, elle représente 15 % de ce groupe national et forte de ses 50 agences et 11 IFP, elle couvre 20 % de son territoire. « Nous fêtons cette année nos 40 ans, raconte Simon Couteau. Notre force est d’être une coopérative (Scop) ce qui veut dire que nous nous reconnaissons dans un projet commun et que nous partageons les risques et les décisions stratégiques. Nous avons aussi la possibilité de diversifier notre offre en mettant nos moyens à la disposition de tous ».
L’esprit de solidarité pour un encadrement de qualité
« L’esprit de solidarité qui préside à toutes nos actions a également un impact pour nos clients en général, nos plus jeunes élèves particuliers notamment. C’est d’abord la garantie d’un encadrement de qualité. Nous avons en effet l’obligation morale d’adapter en permanence notre enseignement et de continuer à former nos enseignants. Ils travaillent en équipe et se doivent d’apporter à chacun de leur élève un coaching personnalisé qui n’est pas exempt de cette émulation si particulière qu’entraîne une initiation en groupe conjuguant en même temps convivialité et plaisir d’apprendre. Nous nous devons ensuite d’enseigner les valeurs qui sous-tendent la sécurité routière et qui sont essentielles pour nous. Mettre en exergue et faire comprendre que le partage de la route avec les autres usagers est un acte citoyen responsable, n’est jamais simple, mais c’est pour nous une priorité », conclut Simon Couteau avant de reprendre la route de Niort et de La Crèche où est implanté le siège social de la Scop ECF-Cerca.
Marc Horwitz