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school Formation — Novembre 2018

Philippe Usson, représentant de la France à la CIECA : « Avec les véhicules autonomes, il faudra to

Philippe Usson est délégué principal au permis de conduire dans la Loire et responsable de la cellule Éducation routière de la DDT de la Loire. Il est également membre de la Commission internationale pour les examens du permis de conduire (CIECA), dont il nous présente les objectifs et les travaux.


La Tribune des Auto-Écoles : La Commission internationale pour les examens du permis de conduire (CIECA) a été créée en 1956. Pouvez-vous nous rappeler ses objectifs ?
Philippe Usson, délégué principal au permis de conduire dans la Loire, responsable de la cellule Éducation routière de la DDT de la Loire et membre de la CIECA : La CIECA est née de la volonté commune de quelques pays d’améliorer la sécurité routière et la qualité de la formation à la conduite.


La Tribune : La CIECA a-t-elle un lien avec la Commission européenne ? Comment est-elle financée ?
P. U. : La CIECA est une association indépendante à but non lucratif qui est financée par ses membres grâce à leurs cotisations annuelles. Elle n’a pas de lien direct avec la Commission européenne. Mais elle peut être amenée à être consultée par cette dernière sur des sujets particuliers. Ce fut le cas pour le rapport MERIT sur les aptitudes et les compétences des enseignants de la conduite en matière de sécurité routière. MERIT a été le premier projet financé par l’Union européenne et a contribué à l’élaboration de la directive européenne de 2006 portant sur l’harmonisation du permis de conduire dans les pays membres de l’Union européenne. Mais la CIECA reste totalement indépendante de la Commission européenne.


La Tribune : Combien de membres compte la CIECA actuellement ?
P. U. : La CIECA compte actuellement 72 membres représentant 37 pays européens, mais venant aussi du reste du monde comme la Corée du Sud, les Émirats arabes unis, la Nouvelle Zélande ou encore la Tunisie. Le dernier pays à avoir intégré la CIECA est l’Islande. Il existe trois types de membres : les membres effectifs, associés et affiliés. Les membres effectifs représentent des pays. Ils sont au nombre de 44 car certains pays ont plusieurs membres effectifs. Les membres associés sont des sociétés ou des organismes, dont le travail est en relation avec l’Éducation routière. C’est le cas de Centaure, de l’ECF, de ENPC ou encore de l’INSERR, pour ne
citer que les Français. Enfin, les membres affiliés sont des associations diverses.


La Tribune : Comment travaillez-vous au sien de la CIECA ?
P. U. : Il existe deux groupes d’experts permanents : l’EAG et le TAG. L’EAG (Expert Advisory Group), dont je fais partie depuis trois ans, travaille sur l’examen pratique. Tandis que le TAG (Theory Test Advisory Group) se focalise sur l’épreuve théorique. Ce groupe compte un autre délégué à l’Éducation routière français dans ses rangs : Damien Laplace. D’autres groupes de travail peuvent être créés temporairement pour mener une mission définie. C’est le cas actuellement pour le groupe « CIECA Fit To Drive topical group) créé en 1997 pour travailler spécifiquement sur le thème de l’évaluation de la conduite des conducteurs handicapés. La France y est représentée par Nicole Sieffer, déléguée au permis de conduire. La CIECA produit des travaux internes et organise des workshops deux fois par an durant lesquels les membres des différents pays partagent leurs expériences en matière de sécurité routière et d’organisation des examens du permis de conduire.



La Tribune : La CIECA peut également être amenée à pratiquer des audits dans un pays, non ?
P. U. : Effectivement, nous pouvons également être appelé à mener des audits sur un sujet particulier (système d’enseignement de la conduite, gestion des examens, permis à points, permis probatoire, etc.). Cela se fait à la demande du pays audité. Les experts ont alors un rôle d’observateurs extérieurs et rédigent un rapport avec d’éventuelles préconisations que le pays audité décide de suivre ou non.


La Tribune : Cela a été le cas de la France qui a demandé récemment un audit de ses examens pratiques. Comment les experts étrangers ont-ils jugé le système français ?
P. U. : Ce regard extérieur a été très enrichissant. En France, on a tendance à faire du French bashing, à dénigrer la filière de l’Éducation routière. Pourtant, les experts étrangers ont trouvé que globalement, le système français était de bonne qualité. Ils ont notamment estimé que l’accueil pour l’examen pratique est très satisfaisant, avec une approche bienveillante où le candidat est mis en bonne condition. Ils ont également beaucoup apprécié le bilan de compétences français, ainsi que le contenu des épreuves et la diversité de situations que proposent les parcours. Seul bémol, ils ont jugé que le niveau de préparation général des candidats présentés en examen était plutôt moyen (avec notamment une maîtrise mécanique perfectible). Pour ce qui est du permis moto, ils l’ont trouvé très complet également, avec des épreuves hors-circulation intéressantes (comme la partie du parcours effectuée avec un passager). Quant à l’examen poids-lourd, ils ont été enthousiasmés. Ils ont vraiment salué le réalisme de l’examen, le professionnalisme des enseignants et des inspecteurs en poids-lourd. Enfin, ils ont trouvé que les élèves du groupe lourd étaient très bien formés et très impliqués. On ne peut pas forcément transposer le système français de formation à la conduite dans tous les autres pays, ce serait surement très prétentieux de vouloir le faire. Je constate toutefois que de nombreuses idées françaises sont reprises ou suscitent l’intérêt à l’étranger. C’est le cas de la conduite accompagnée. De même que notre continuum éducatif est très apprécié. Quant à la labellisation des écoles de conduite, l’idée semble intéresser car j’ai eu différentes demandes de contacts à ce sujet venant de pays étrangers.


La Tribune : Sur quels sujets travaillez-vous actuellement à la CIECA ?
P. U. : Nous menons actuellement une réflexion sur les nouvelles technologies. Que faire pour évaluer des candidats au permis de conduire avec des véhicules de plus en plus autonomes ? Où s’arrête l’évaluation du candidat et où commence celle du véhicule ? En effet, si le véhicule était totalement autonome, en d’autres termes si le véhicule s’apparentait à un salon dans lequel l’automobiliste prend place et se laisse totalement conduire, ce serait simple. Mais en réalité, ce n’est pas du tout cela. On est loin du niveau 5, à savoir l’autonomie complète du véhicule, à l’instar de la ligne 14 du métro parisien qui est totalement automatisée. Avant d’arriver peut-être un jour à des véhicules entièrement autonomes, il va falloir continuer à faire appel à l’humain. Or la question est de savoir comment une personne moins active au volant va pouvoir faire face rapidement et efficacement à une situation donnée lorsque la technologie du véhicule ne sait pas répondre à un problème. C’est un sujet de réflexion d’autant plus délicat à mener que la technologie avance très vite et que l’on ne peut pas s’appuyer sur ce qui existe aujourd’hui pour construire notre « demain » car tout sera certainement dépassé d’ici deux ou trois ans. Par ailleurs, dans le monde, tous les pays n’ont pas le même niveau d’avancées technologiques. Aussi la CIECA ne peut pas se permettre d’être une sorte d’association élitiste qui ne réfléchit que pour un petit groupe de pays.


La Tribune : Certains prédisent qu’avec l’arrivée des véhicules autonomes, le métier d’enseignant de la conduite va disparaître. Qu’en pensez-vous ?
P. U. : Non, je ne le crois pas. D’une part, comme je viens de le dire, on est loin d’une autonomie totale de niveau 5. Mais d’autre part, je pense qu’il faudra toujours apprendre à conduire. Il faudra juste le faire différemment. Les écoles de conduite devront évoluer, mais le métier ne va pas disparaître pour autant. Je prends pour exemple, le pilotage de certains hélicoptères qui est extrêmement automatisé : il nécessite tout de même la présence d’un pilote à bord, pilote faisant l’objet d’une formation particulièrement poussée et renouvelée très régulièrement. Je pense que pour les véhicules ce sera la même chose. Il va donc falloir que l’on s’assure que les conducteurs maîtrisent la technologie de ces véhicules du futur. On n’a donc pas fini de former des conducteurs !


Propos recueillis par Sandrine Ancel


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