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school Formation — Septembre 2018

Association NVDM : des non-voyants prennent le volant

Le 23 juillet dernier, l’association Les Non-Voyants et leurs Drôles de Machines a permis à des non-voyants de conduire sur le circuit militaire de Versailles-Satory, dans les Yvelines. Une opération rendue possible grâce à la participation de trois gérants d’auto-écoles venus avec leurs véhicules équipés de doubles commandes.


Des aveugles conduisant une voiture ? De prime abord, l’idée semble tout droit sortie d’un film de Jacques Tatie. Pourtant, c’est tout ce qu’il y a de plus sérieux. Tout commence par un drame. En 2004, Luc Costermans, un Belge passionné de sports automobiles, perd la vue suite à un accident. Plongé dans le noir, il ne se résout cependant pas à ne plus pouvoir prendre le volant et ressentir le plaisir de la conduite. C’est alors qu’il décide de se lancer un challenge : conduire à nouveau seul grâce à un système calculant la trajectoire du véhicule et donnant des indications vocales au conducteur. Persuasif et persévérant, il trouve les partenaires nécessaires pour mener à bien son projet. Et en 2008, il décroche un record du monde de vitesse pour une personne non-voyante, en atteignant 308 km/h au volant d’une Lamborghini sur le mythique circuit de Spa Francorchamps, en Belgique.


Faire partager ses émotions
L’histoire pourrait s’arrêter là. Mais Luc Costermans est conscient qu’il n’est pas le seul à être devenu aveugle et à qui la conduite manque. En parallèle, il décide alors de mettre en place des stages de conduite pour personnes déficientes visuelles au sien de l’association Les Non-Voyants et leurs Drôles de Machines (NVDM) créée en 2006. L’association parrainée par une quinzaine de personnalités prestigieuses du sport auto, tels que Ari Vatanen, Daniel Elena, Romain Dumas, Stéphane Sarrasin ou encore Jean-Pierre Nicolas, compte une cinquantaine de membres. « Nous organisons une dizaine d’opérations sur circuit par an, en France et en Belgique », explique Luc Costermans.



Une méthode unique de copilotage
Mais pas question de lâcher les participants seuls au volant à la première heure. Les stagiaires ne seront d’ailleurs jamais seuls au volant. La technologie utilisée par Luc Costermans pour son record de vitesse à Spa ne peut être utilisée lors de ces stages. Trop compliquée et trop coûteuse. Luc Costermans a donc élaboré une méthode inspirée de son expérience de pilotage facilement applicable et compréhensible aussi bien par le pilote que par le copilote. Car c’est là la particularité, le pilote roule toujours avec un binôme, en l’occurrence un enseignant de la conduite, qui lui indique vocalement la trajectoire à suivre. « L’association est partenaire d’une quinzaine d’écoles de conduite bénévoles en France et en Belgique, essentiellement des auto-écoles faisant partie du réseau CER », indique Luc Costermans.


Un programme de formation progressif
Comme dans tout sport, la discipline prime avant le plaisir. Avant de s’élancer sur le circuit de Spa, les stagiaires doivent suivre un cursus de formation. « Nous avons trois niveaux de stages, précise Luc Costermans. Le premier est appelé « Découverte » et consiste en une mise en main du véhicule, des exercices autour de plots, etc. Le deuxième niveau appelé « Apprentissage » se déroule sur une piste fermée, comme aujourd’hui sur le circuit de Versailles-Satory et permet de rouler, de prendre des virages à bonne vitesse et d’accélérer dans les lignes droites. Enfin, le niveau trois que l’on appelle « Pilotage » s’effectue sur le circuit de Spa et permet aux participants d’atteindre une vitesse de 120/150 km/h et de comparer leurs performances ».


Le désir de conduire plus fort que tout
Ce matin de juillet, cinq participants sont fin prêts, dont trois venus spécialement de Belgique et qui n’auraient manqué le stage pour rien au monde. Ancien mécanicien et passionné de sport automobile, Dominique a perdu la vue suite à une rétinite pigmentaire, une maladie génétique dégénérative qui entraîne peu à peu la cécité. Plongé dans le noir depuis quinze ans, ce Belge est resté très actif malgré son handicap. Mais ce qui lui manque le plus dans la vie, c’est la conduite. Idem pour Philippe, à la tête d’une entreprise de transport qui affiche un sourire radieux à sa descente de voiture, comme s’il venait de gagner la coupe du monde. « J’ai perdu la vue à la suite d’un accident de chasse, confie-t-il. J’ai été profondément déprimé durant les deux semaines qui ont suivi l’accident. Puis, j’ai décidé de me battre pour continuer à avoir une vie la plus normale possible. J’ai fait aménager ma maison pour pouvoir me déplacer et aujourd’hui je me débrouille très bien seul. Mais ce qui a été le plus dur, c’est de ne plus pouvoir conduire. Non seulement on perd son autonomie de déplacement, mais en plus la conduite était vraiment un plaisir pour moi. »


Retrouver une certaine autonomie
Au volant, Dominique et Philippe semblent revivent. « Cette sensation de conduite est fantastique, explique Dominique. Après avoir été privé de conduite pendant des années, je ressens à nouveau le bonheur de pouvoir manier les vitesses, appuyer sur le frein, puis relancer et sentir l’accélération dans tout mon corps. J’aime aussi beaucoup prendre les virages à allure assez vive. Je retrouve une certaine autonomie, même si je sais que j’ai besoin de quelqu’un à côté de moi pour lire la route et m’indiquer quand et comment tourner le volant, accélérer et décélérer, etc. »


Une relation de confiance entre pilote et copilote
C’est en effet, une vraie relation de confiance qui doit s’instaurer entre le conducteur non-voyant et l’enseignant de la conduite qui certes, peut intervenir via les doubles commandes à tout moment, mais doit savoir maîtriser sa peur, notamment dans les lignes droites pour ne pas intervenir de façon intempestive. Jérôme Copinot, gérant d’une école de conduite CER à Magny-en-Vexin dans le Val d’Oise où sont dispensées des formations pour personnes handicapées et pour qui, c’est la première participation à cet événement, reconnaît que le plus angoissant à gérer reste la ligne droite. « On monte à 120 km/h, explique-t-il. Or, plus la vitesse est élevée, plus il est difficile pour l’enseignant assis à côté du conducteur d’effectuer des corrections sur la trajectoire à l’aide des mains sur le volant. En virage, c’est plus facile car la voiture ne dépasse pas les 50/60 km/h »


Concentration extrême exigée
Magali Garnier, gérante de trois établissements CER dans le Val d’Oise, à Beauchamp, Bezons et Saint-Leu-La-Forêt, pour qui c’est également la première participation, confirme : « ça exige beaucoup de concentration pour donner les bonnes indications au bon moment. Mais ce n’est pas infaisable et cela permet d’exercer notre métier d’une manière nouvelle ». « C’est très enrichissant, ajoute Jérôme Copinot, qui pratique en parallèle de son activité d’enseignant, la compétition automobile. C’est un échange qui permet de se remettre en question. Les stagiaires sont très motivés, plus que la plupart de nos élèves à l’auto-école. Et surtout, ils ne se plaignent jamais. » Une vraie leçon de vie dont profite depuis neuf ans Halé Malchus, gérante de l’auto-école Malchus à Crépy-en-Valois, dans l’Oise. « Lorsque l’association m’a contactée il y a neuf ans, j’ai tout de suite accepté de participer, même si cela prend du temps sur mon travail et qu’il faut faire la démarche pour assurer notre véhicule-école pour le stage. Mais c’est gratifiant de travailler avec ces stagiaires car ils sont très motivés et très attentifs à nos instructions. Résultats, ils apprennent bien plus vite que la plupart des jeunes qui viennent s’inscrire à l’auto-école. Il est vrai qu’ils sont uniquement concentrés sur notre voix. Ils n’ont pas à gérer tout l’environnement comme un conducteur classique. Nous nous occupons de la prise d’information visuelle pour eux. Mais on assiste à une réelle progression de conduite. Au départ, les participants font beaucoup de zigzags, on est obligé d’attraper beaucoup le volant. Et au fur et à mesure des stages, je m’aperçois que j’interviens de moins en moins sur le volant et les doubles commandes. Pour un enseignant de la conduite, c’est le signe de la réussite, non ? » D’autres opérations de ce type sont prévues d’ici la fin de l’année. Prochain rendez-vous début octobre à Reims. « Bien évidemment, si des auto-écoles sont intéressées par l’activité de l’association, nous les accueillerons avec plaisir », confie avec un large sourire, Luc Costermans. Le message est passé !


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