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school Pédagogie — Septembre 2006

-Fiche-
Savoir gérer un groupe en formation


Devoir faire face à un groupe en formation peut effrayer l’enseignant novice. Quel type de groupe va-t-on trouver ? Quelle stratégie pédagogique mettre en place ? Comment faire circuler la parole ? Quels types d’exercices utiliser ? Telles sont les questions auxquelles cette fiche tente de répondre.

Entendons nous tout d’abord sur la notion de « groupe ». C’est une chose est de faire un exposé magistral devant une assemblée de 250 personnes, mais c’en est une autre que d’animer un groupe en formation. Quelle est la taille idéale d’un groupe ? Les spécialistes de la dynamique des groupes(1 et 2) évoquent des effectifs de 12 à 15 personnes, afin de permettre à l’ensemble des stagiaires de participer et d’être productifs.

> IDENTIFIER LE TYPE DE GROUPE AUQUEL ON S’ADRESSE
Dans son récent ouvrage consacré au métier de formateur (3), Renaud Pommier identifie quatre  types de groupes : le « mou », « l’hyperparticipatif », le « conflictuel » et  le « potache ». Chacun d’eux présente des particularités pédagogiques et requiert de la part du formateur des stratégies pédagogiques différentes.
• Dans le groupe mou, les échanges sont rares. Au formateur alors d’être très dynamique et de varier l’usage de techniques pédagogiques pour tenter d’impliquer les participants.
• Le groupe hyperparticipatif, en revanche, peut épuiser l’animateur. L’auteur suggère au formateur de jouer sur l’occupation de l’espace et l’orientation de son corps. Il peut, par exemple, regarder un participant à qui il donne la parole et occulter celle d’un bavard en lui tournant le dos.
• Le groupe conflictuel est le calvaire du formateur ! Contre toute attente, le conseil ici consiste à faire travailler ensemble des personnes qui ont exprimé des mésententes car, comme l’explique Renaud Pommier, en « ayant un travail en commun à accomplir les opposants développent plus probablement des solidarités ».
• Enfin, le groupe potache ! On peut se retrouver confronté à cette ambiance lors de l’animation de stages en entreprise. Pourquoi ? Tout simplement, parce que les participants se retrouvent dans un espace qui évoque l’école où les membres se connaissent. Donner du « on n’est pas à l’école ici … » est l’erreur à éviter, car cela renforce « l’infantilisation » à laquelle les participants ont justement succombé. Le formateur parlera plutôt du travail à accomplir pour faire « produire » le groupe.

> MAÎTRISER LA CIRCULATION DE LA PAROLE ENTRE LES PARTICIPANTS
Les échanges ne consistent pas en une succession de dialogues exclusifs entre les membres du groupe et le formateur. L’animateur doit susciter des interactions entre les membres eux-mêmes. En formation d’enseignants de la conduite ou à l’occasion de l’observation du déroulement d’un stage de « récupération de points », il est possible de s’entraîner sur une feuille d’observation à représenter les interactions dans un groupe(4).
Dès 1949, un psychosociologue américain Robert F. Bales élaborait une grille d’analyse particulièrement connue en communication. Muni de cette  feuille de tabulation sur laquelle figure 12 catégories, il est possible de suivre les interventions d’une ou deux personnes dans un groupe pour déterminer quel rôle elles y jouent, positif ou négatif, de détecter le leader positif et le saboteur. On notera que tous deux s’adressent plus à l’ensemble du groupe qu’à chacun de ses membres, mais dans des registres opposés. Le premier aura des interventions positives et précises permettant de faire avancer le travail du groupe, le second essaiera de désorienter les participants de manière à ce qu’à la fin tout le monde soit méfiant à l’encontre des autres. À éviter donc de la part des enseignants l’acceptation du discours « tout le monde pense que… », en demandant à celui qui le tient de bien vouloir reformuler ses propos en en revendiquant les droits d’auteur…

> METTRE EN PLACE DES EXERCICES
Différents types d’exercices sont parfaitement adaptés aux travaux de groupe. Nous évoquerons, à titre d’exemple, le brainstorming, les jeux de rôle et enfin, les études de cas.

a) Le brainstorming
Le brainstorming ou remue-méninges peut s’utiliser en début de formation, car il permet de briser la glace et de mettre en évidence les représentations du groupe sur un sujet précis. Au préalable, l’enseignant prépare des blocs de Post-it (5 x 10 cm) et des feutres pour que chaque participant puisse marquer ses réponses. Très utilisée en marketing (il existe même des logiciels qui leur sont dédiés), cette technique peut être également intéressante en école de conduite.
Le formateur garantira au groupe que toutes les idées seront recevables et demandera aux participants de s’abstenir de porter des jugements sur celles des autres. Bien évidemment, il en fera de même pour lui-même. Il posera une question à l’ensemble du groupe et demandera ce que cela évoque à chacun des participants. « Qu’évoque pour vous le mot vitesse ? » ou « l’expression éducation routière » ou encore « permis de conduire ». Les idées les plus farfelues peuvent être exprimées, la créativité est débridée. Pour les collecter, prévoyez un tableau ou un mur blanc sur lequel il sera possible de disposer les Post-it. L’exercice de remue-méninges dure au minimum 45 minutes et au maximum 1 h 30.
Dans un deuxième temps, l’enseignant proposera au groupe de classer les expressions, suivant des nuages d’idées ou d’opinions et ce de manière consensuelle. C’est sans doute l’étape la plus difficile à gérer pour le formateur.

b) Le jeu de rôle
Le jeu de rôle, lui, doit être au préalable bien préparé. Comme pour toute technique pédagogique, il est essentiel de clarifier les objectifs que l’on lui assigne, sans pour autant les énoncer au départ pour les participants. Si le jeu se déroule bien, c’est eux-mêmes qui les formuleront à son terme.
Dans un premier temps, le formateur choisit une situation et la décrit en quelques lignes qu’il remet aux participants. Il est inutile d’être trop précis car cela permet aux « acteurs » de s’investir pleinement dans la situation. Il demande à deux participants de bien vouloir être les acteurs de cette situation. Les consignes sont remises à chacun d’eux. Par exemple, vous expliquez au premier : « vous êtes interpellé en scooter alors que vous venez de franchir un feu orange ». Au second : « vous êtes jeune policier et interceptez un conducteur de scooter qui vient de franchir un feu rouge ». Avant de remettre les consignes aux acteurs expliquez qu’ils auront à permuter leur rôle au terme de l’exercice. Le référentiel ici étant le Code de la route(5).
Les autres participants sont divisés en deux sous-groupes qui, dans un premier temps, se mettront d’accord, avec chacun des acteurs, sur les précisions à apporter à la situation,  à savoir le « profil » de chacun, sa disposition d’esprit, etc. C’est avant tout l’acteur qui choisit son « rôle », le groupe venant l’assister dans sa préparation.
La préparation terminée, le jeu a lieu. Il ne doit durer que quelques minutes. Le formateur posera alors d’abord aux acteurs des questions sur le déroulement du jeu puis au reste du groupe. Après avoir remercié les acteurs, on leur demandera ce qu’ils ont ressenti et d’essayer d’analyser les difficultés rencontrées. Les autres participants seront sollicités pour analyser la situation jouée. Puis, on permute les rôles et l’on rejoue la situation avec au préalable une courte période de préparation en sous-groupes. Ce type d’exercice se veut rapide, « sportif »(6), il impulse un rythme sympathique particulièrement bien adapté aux groupes « mous » que nous avons évoqués précédemment.

c) L’étude de cas
Si l’on décide de mener une étude de cas d’accident, le cas sélectionné doit « parler » aux apprentis conducteurs. Il est donc souhaitable de choisir des situations dans lesquelles ils seraient malheureusement potentiellement susceptibles de se retrouver.
Il est judicieux de se rapprocher des enquêteurs ECPA (Enquêtes comprendre pour agir), voire suivre une formation, pour le devenir soi-même. Nous reproduisons ici en le résumant un exemple d’accident survenu à Paris et pouvant faire l’objet d’une étude de cas.
Commencez par remettre une fiche « circonstances », dont nous avons résumé le contenu :
Les faits :
Le dimanche 21 mai 2005 vers 5 h 55, un accident a eu lieu à Paris, voie Georges Pompidou, au niveau de la sortie de la rue Lobau, dans le 4e arrondissement, impliquant une BMW 320d. Ce véhicule de quatre ans, mais en bon état, était rabaissé et son propriétaire venait de le doter de pneus taille basse. Il a heurté avec son train avant gauche le musoir de la sortie de la rue Lobau pour finir dans la Seine. Le conducteur du véhicule (25 ans, célibataire, et gérant d’une société d’électricité) et le passager arrière gauche (23 ans) sont décédés. La passagère avant (22 ans) et la passagère arrière droite sont saines et sauves. Les occupants avant étaient ceinturés. Le passager arrière gauche, retrouvé entre les places arrière, n’était sans doute pas, d’après les enquêteurs, ceinturés. La passagère arrière droite était ceinturée et a pu se détacher.
Le déroulé de l’histoire et de l’accident :
Le conducteur de la BMW sort d’une discothèque située rue de Rivoli et quitte son stationnement peu avant 6 heures du matin. Une bouteille de whisky a six a été consommée durant la soirée et l’alcoolémie relevée sur le conducteur après l’accident est de 0,62 g/l dans le sang. Malgré la sieste qu’il a faite dans l’après-midi, le conducteur était très fatigué et ne souhaitait pas vraiment sortir. Les conditions de circulation sont bonnes. Il fait jour, la chaussée est sèche. Le trafic est fluide. Les passagers discutent. En quittant la discothèque, le conducteur fait ronfler son moteur. La musique à bord est forte et les fenêtres sont ouvertes. Des policiers à bord d’un véhicule de police l’interpellent verbalement à l’angle des rues de Rivoli et de St Florentin et lui conseillent de rouler calmement en le laissant repartir. Le conducteur connaît bien le trajet du retour, car il se rend dans cette discothèque tous les samedis depuis quelques mois. Sous la place de la Concorde, la BMW passe devant une Audi et la sème dans le tunnel des tuileries. Le conducteur roule à 100 km/h et dépasse par la droite. Juste avant le pont d’Arcole, il se rabat sur la voie de gauche. En sortie de pont, il découvre un véhicule et la trajectoire de la BMW se dirige vers l’îlot séparateur. Aucune marque de freinage n’a été relevée.
Sans chercher les responsabilités, demandez à un sous-groupe de lister les facteurs de l’accident liés au conducteur, à un deuxième sous-groupe de faire le même travail sur le véhicule, puis au dernier sur l’environnement. Il est souhaitable de disposer d’un plan de Paris pour mieux visualiser la scène. Demandez ensuite à l’ensemble du groupe, quelles seraient les mesures à mettre en œuvre pour éviter la reproduction d’un accident de ce type.

Jean-Claude Huant

(1)    « La dynamique des groupes. Processus d’influence et de changement dans la vie affective des groupes », par Roger Micchielli, Collection Formation permanente, ESF Editeur.
(2)    « La boîte à outils du formateur », par Dominique Beau, aux éditions Eyrolles.
(3)    « Métier : formateur. De la gestion des individus et des groupes à la démarche pédagogique », par Renaud Pommier, aux éditions Dunod.
(4)    http ://www.er.uqam.ca/nobel/k14461/enseignement/COM1090/Exercices/Quiparleaqui.htm
(5)    R 412-31 et R412-30 du Code de la route.
« Jeux de rôle pour les formateurs. Avec 40 jeux prêts à l’emploi pour toutes les formations », par François Proust et Fikry Boutros aux éditions Eyrolles.



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