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warning Sécurité routière — Mai 2018

Limitation à 80 km/h : rapport contre rapport

Le 17 avril, la DSR dévoilait un rapport de l’ONISR sur l’accidentalité sur les routes bidirectionnelles hors agglomération et le 19 avril, le Sénat présentait les conclusions du groupe de travail chargé d’évaluer l’efficacité de l’abaissement de la vitesse à 80 km/h sur ces mêmes routes.


Depuis la présentation le 9 janvier dernier par le Premier ministre, Édouard Philippe, de 18 mesures pour lutter contre l’insécurité routière, la mesure n°5 qui consiste à abaisser la vitesse maximale autorisée sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central hors agglomération, n’en finit plus de susciter la polémique. Si le gouvernent entend bien appliquer la mesure le 1er juillet prochain, nombreux sont les Français et les associations d’usagers, mais aussi les élus à contester la généralisation de cette mesure à toutes les routes bidirectionnelles sans séparateur central hors agglomération.


Le Sénat demande des preuves scientifiques
Peu après l’annonce de la mesure, le Sénat avait auditionné le délégué interministériel à la Sécurité routière, Emmanuel Barbe, le 24 janvier. Il s’agissait, pour Philippe Bas, président de la Commission des lois et Hervé Maurey, président de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, « de réunir les éléments d’information nécessaires pour évaluer, sans a priori, l’utilité pour la lutte contre l’insécurité routière d’une réduction à 80 km/h de la vitesse maximale autorisée sur certaines routes. Nous attendons de connaître les résultats et la valeur scientifique des études et de l’expérimentation (…), déclaraient-ils alors. La sécurité routière est un enjeu essentiel, qui mérite davantage que des effets d’annonce. » À l’issue de cette audition, un groupe de travail composé notamment de Michel Raison (Haute-Saône – Les Républicains), Michèle Vullien (Rhône – Union Centriste) et Jean-Luc Fichet (Finistère – Socialiste et Républicain) était alors chargé d’évaluer l’efficacité et la pertinence de cette mesure. À cet effet, 47 personnes ont été entendues et 23 000 avis de Français ont été recueillis sur le site Internet du Sénat. Le 19 avril, ils présentaient leurs conclusions à la presse. En guise de préambule, Philippe Bas soulignait que le Sénat était sensible à trouver des solutions pour faire baisser le nombre de victimes de la route. « La cause est juste, mais ce n’est pas parce que c’est juste qu’il faut faire n’importe quoi. Il faut que les mesures prises soient fondées. Certes la vitesse est un danger, mais ce n’est le 90 km/h qui est en cause. C’est le dépassement de la vitesse. »


Problème d’acceptabilité de cette mesure
De son côté, Jean-Luc Fichet expliquait qu’il « y a un vrai problème d’acceptabilité de cette mesure, notamment dans les zones rurales. Dans certains départements, il n’y a pas de routes à quatre voies. Avec le passage à 80 km/h, ce n’est pas tant le temps de trajet supplémentaire qui pose problème car au final cela se traduit souvent par quelques minutes de plus. Mais psychologiquement, cette mesure semble pénaliser les territoires les plus éloignés et cela peut dissuader certains chefs d’entreprises d’installer leur société dans ces zones. »


Le Sénat pas convaincu par les explications de la DSR
Mais au-delà du problème d’acceptabilité, les sénateurs dénoncent un manque d’études fiables sur l’efficacité de cette mesure. Selon Michel Raison, lors de son audition, Emmanuel Barbe a présenté des conclusions qui portaient sur une comparaison entre le nombre de morts sur la période 2010-2014 et celui sur la période 2015-2017 durant l’expérimentation de l’abaissement de la vitesse à 80 km/h dans les départements tests. Or, le Sénateur de Haute-Saône estime qu’une expérimentation sur deux ans n’est pas assez longue pour en tirer des conclusions probantes et que, les périodes prises en considération ne permettent pas de comparaison éloquente.



Laisser les départements gérer au cas par cas
Michel Raison constate par ailleurs, qu’il existe déjà des portions de routes jugées dangereuses où la vitesse a été abaissée à 80 km/h. C’est pourquoi le Sénat préconise « de laisser la main aux élus de terrains », explique Michèle Vullien. Plus exactement d’organiser de juin à novembre 2018 des réunions au niveau des départements pour définir les routes accidentogènes, d’arrêter une liste de ces routes en décembre 2018, afin de mettre en place au 1er janvier 2019, une réduction de la vitesse à 80 km/h sur ces portions et seulement sur ces portions. Enfin, un bilan pourrait être dressé en janvier 2021. Ce rapport a été adressé au Premier ministre. Ce dernier en tiendra-t-il compte ? Rien n’est moins sûr car le 17 avril, à la veille de la présentation des conclusions du Sénat, la DSR rendait public un rapport de l’ONIRS qui déclarait que « le réseau principal, c’est-à-dire les routes bidirectionnelles qui drainent le plus fort trafic et relient des points stratégiques (…) enregistrent le plus d’accidents mortels ». Et la DSR de conclure dans un communiqué : « alors que l’on croit que ces routes sont les plus sûres, en réalité ce sont celles qui enregistrent le plus d’accidents mortels. Toutes les études successives confirment que les bénéfices d’un abaissement de la vitesse maximale autorisée de 90 à 80 km/h seront en large part obtenus sur ces routes-là. Le choix qui a été fait d’abaisser la vitesse de 10 km/h sur la plus grande partie de ce réseau est donc pleinement conforté ».


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