Quatre auto-écoles, quatre profils très différents. À Grenoble, les établissements de conduite ont pourtant un point commun : leur soif de nouveauté et leur envie de réussite. Et elles ne manquent pas d’initiatives pour y parvenir !Avec plus de 60 000 étudiants, Grenoble regorge de clients potentiels pour les auto-écoles. C’est d’ailleurs ce qui a attiré Thierry Renvoisé, déjà gérant de trois établissements dans le Gard, quand il est venu s’installer ici en 2004. À l’auto-école de l’Avenir, ce n’est cependant pas lui qui se tient derrière le bureau – il est actuellement en vacances – mais Rose-Blanche Giroud, l’une de ses monitrices. « Avec ses cinq auto-écoles, Thierry Renvoisé n’enseigne plus, explique-t-elle. Il confie ce travail aux moniteurs, encourage le dialogue… Et ça marche. » Malgré sa présence en pointillé, l’auto-école de l’Avenir n’est pas un établissement banal. Première spécificité, elle propose des formations accélérées pour les clients pressés. Ainsi, une fois par mois, ceux qui le désirent prennent 20 à 30 heures de leçons de conduite sur une semaine, en espérant réussir l’examen dans la foulée. Mais attention, les élèves n’imaginent pas décrocher le papier rose en claquant des doigts : si la carte annonce une formation bouclée en quinze jours, les moniteurs préviennent bien, à l’inscription, qu’il faut prévoir huit semaines de délais, pour jongler avec les délais légaux. Des délais, qui tendent d’ailleurs à virer au casse-tête. « Les places d’examens sont un cauchemar, confirme Rose-Blanche Giroud. Pour les premiers quinze jours de mai, nous n’avons pas eu une place, ni en Code, ni en conduite. Les inspecteurs sont en sous-effectifs et l’anarchie semble régner au service de la répartition. Ils nous ont perdu un dossier, pour lequel nous avons fait faire un duplicata. Et maintenant, ils nous demandent trois mois de délai pour un tampon, alors que le Code de l’élève arrive à expiration. Une autre fois, le dossier d’un nouvel élève est revenu sans bordereau, on nous a dit qu’il n’était pas inscrit, puis qu’il n’était pas enregistré… À force d’allers-retours, on a perdu un mois et l’élève risque de perdre une subvention pour le financement de son permis parce qu’on ne peut pas fournir la copie du 02. »
EN PARTENARIAT AVEC DES ASSOCIATIONS D’INSERTIONEn plus de la clientèle classique, cet établissement de conduite a passé des accords avec des associations qui aident des personnes en difficulté pour passer le permis de conduire. Pour ces élèves, des cours de Code un peu spéciaux ont été mis en place : des heures de soutien, au cours desquelles les moniteurs expliquent le Code de la route à grands renforts de schémas et d’explications orales. Cela n’empêche cependant pas l’échec. « Nous avons eu des candidats qui n’auraient jamais eu le permis dans le cadre des trente heures (maximum) financées par l’association, explique Rose-Blanche Giroud. C’est dommage de les embarquer dans une telle aventure pour les conduire finalement à l’échec car ils ne peuvent pas payer le complément de formation nécessaire. Par conséquent, nous allons désormais instaurer une sélection qui consistera en deux heures de Code, suivies de deux heures d’évaluation. Ainsi, nous pourrons mieux prévenir les risques d’échec. » Ne pas se cantonner au permis B classique, telle est également l’idée de Rémy Marchais, gérant d’Alsace Lorraine Conduite. « Le permis B permet de générer du chiffre d’affaires, mais pas de dégager de marge bénéficiaire, affirme-t-il. Pour moi, c’est l’activité de base, qui génère du volume. » En toute logique, après avoir proposé dans un premier temps les permis auto et moto, le gérant a donc choisi de se diversifier. « Chaque nouveauté a été une opportunité, se souvient le gérant. Nous avons d’abord eu la chance de signer un partenariat avec le CMUD, un centre médico-universitaire qui travaillait avec des personnes handicapées. Ils possédaient un véhicule aménagé, j’avais un stagiaire en Bepecaser intéressé, j’ai donc créé cette nouvelle activité. » Plus tard, il y eut le permis EB, le BSR, puis les stages de récupération de points. Mais Rémy Marchais, sur les routes en permanence, a fini par constater que sa présence à l’auto-école manquait. « Quand la structure grandit et devient importante, il faut garder en permanence un œil sur l’activité, estime-t-il. Il y a quatre ou cinq ans, j’ai donc commencé à déléguer l’enseignement pour passer plus de temps au bureau. J’ai recommencé à avoir de nouvelles idées, de nouvelles envies et la situation de l’auto-école s’est améliorée. Aujourd'hui, je me considère comme un chef d’orchestre ou un cuisinier qui doit faire prendre une mayonnaise. »
LA DIVERSIFICATION COMME PLANCHE DE SALUTLe dernier développement en date est récent : l’auto-école propose depuis peu la formation de moniteurs. Une création directement en lien avec la pénurie de moniteurs : « le centre de formation me permettra de trouver plus facilement des enseignants qui répondent à mes critères d’embauche, à savoir l’autonomie, la motivation, le dynamisme et l’enthousiasme, affirme Rémy Marchais. Nous sommes de moins en moins des techniciens et de plus en plus des comportementalistes. Or, les moniteurs ne sont pas formés à cela. C’est pourquoi j’ai décidé de dispenser la formation Bepecaser. » En plus de cette nouvelle carte, l’établissement dispense également des stages psycho-techniques pour les conducteurs qui ont perdu leur permis de conduire, ainsi que des formations post-permis dans les entreprises. Aujourd’hui, cette manne a pris une nouvelle dimension grâce aux stages de quad et de 4 x 4. Enfin, une formule atypique permet de proposer la conduite accompagnée à des jeunes en centres de loisirs, pendant les vacances.
TOUT POUR LA MOTO !Autant Rémy Marchais a misé sur la diversification pour assurer le développement de son auto-école, autant Philippe Rolland et son associé Christian Scaringella ont parié sur la spécialisation. Chez eux, comme l’indique le nom de leur établissement, Moto Conduite, seul le permis moto est à la carte. « Nous avons bien essayé un moment de faire un peu de voiture l’hiver pour combler la saison creuse, mais nous avons vite déchanté, raconte Philippe Rolland. Les élèves en B ne sont pas aussi motivés que nos motards. Nous avons préféré abandonner le voiture et essayer d’attirer les élèves du permis A en basse saison. » D’après ce passionné de moto, les candidats à la conduite en deux-roues se sentent plus concernés par les dangers de la route et ont plus envie d’apprendre. Quel que soit leur âge, de 16 à 77 ans, leur but ultime n’est pas d’obtenir le papier qui les autorisera à emprunter la route, mais bien de savoir conduire. Et contre toute attente, même au coeur des Alpes, les demandes sont nombreuses. « On imagine Grenoble au beau milieu des montagnes, sous la neige la moitié de l’année, mais il n’en est rien, explique Philippe Rolland. Les routes alentours sont sympathiques, idéales pour les balades. De plus, Grenoble jouit d’un fort pouvoir d’achat, ce qui permet à nombre d’habitants de s’offrir le luxe d’une moto en plus de l’utilité d’une voiture. »
DES FORFAITS ATYPIQUESPour séduire cette clientèle, les gérants ont élaboré un système de tarification attractif (mais qu’ils ne considèrent pas comme étant du rabais). Ici, le client a le choix entre quatre forfaits : 20, 24, ou 28 heures, puis un forfait « réussite », illimité. « Dans cette formule, détaille Philippe Rolland, les heures sont « gratuites » au-delà de la 20e heure de plateau et de la 16e heure de circulation. Nous avons instauré ce système pour ne plus voir des élèves abandonner leur permis pour quelques heures supplémentaires. Cela assure une tranquillité d’esprit tant pour le candidat que pour l’auto-école. Et à partir du moment où la marge initiale est suffisante, ça ne pose pas de problèmes financiers. » Chez Moto Conduite, il existe une autre formule originale : le forfait avec casque. Ce dernier comprend à la fois la formation au permis A et la mise à disposition d’un casque adapté à la morphologie de l’élève, qu’il garde une fois son permis obtenu. « Nous nous sommes mis en relation avec un équipementier pour bénéficier de prix attractifs sur les casques, indique Philippe Rolland. Cela nous permet également de nous protéger en cas d’accident corporel : si le casque est en cause, notre responsabilité peut être engagée. » Cette politique inédite n’a pas tardé à porter ses fruits : au-delà de Grenoble, Moto Conduite ratisse large : entre la vallée de la Maurienne et Briançon, le co-gérant estime son rayon de recrutement à 100 km autour de la capitale des Alpes. En plus de ces futurs motards, la moto-école accueille également quelques détenteurs du permis B qui souhaitent prendre quelques leçons sur deux-roues avant d’affronter la route en 125 cm3. Pour eux, Moto Conduite a conclu un partenariat avec un concessionnaire, qui leur prête une petite cylindrée renouvelée tous les trois mois. Enfin, contre toute attente, Moto Conduite ne propose pas le BSR, malgré sa fonction de recrutement tant vantée. « Nous l’avions mis en place en 1996, en proposant une formule de neuf heures, avec cinq heures de circulation, deux heures de Code et deux heures d’écoute pédagogique, se souvient Philippe Rolland. Nous le vendions 750 francs à l’époque et nous considérions ce tarif attractif comme un tarif de communication. Pourtant, nous avons vite perdu nos illusions : j’ai eu des parents agressifs au téléphone, qui étaient prêts à me signer un chèque de 300 francs pour que je leur livre le papier sans formation. Ce n’est pas la politique de la maison, notre priorité étant la sécurité. À cause de ces demandes, nous avons fini par laisser tomber. » Malgré le succès, ou à cause de lui, la priorité de Moto Conduite n’est plus aujourd’hui de recruter des clients, mais de trouver une piste pour mieux les accueillir. « Ça fait dix ans que nous cherchons un terrain de 7 000 m² dans les environs, pour installer une piste et un local pour l’enseignement, indique Philippe Rolland. Malheureusement, toutes les communes refusent car cette surface peut accueillir plusieurs entreprises et donc rapporter plus aux municipalités. De plus, les sports mécaniques ne sont pas encouragés, ils sont considérés comme des nuisances. » Si ce frein pouvait être enfin levé, Moto Conduite pourrait prétendre à la labellisation par l’AFDM, une organisation sérieuse avec laquelle l’établissement est déjà en partenariat, pour la fabrication de dossards rigides, plus pratiques et plus sécurisants pour les élèves motards.
UNE MAIN DE FER DANS UN GANT DE VELOURSAprès ces rencontres dynamiques dans l’agglomération grenobloise, restait à rencontrer une dernière auto-école, non moins dynamique et qui ne manque pas de piquant. À la tête d’Academy Conduite, Virginie Delboeuf est, on ne peut moins, académique. Pétillante et énergique, elle a repris en 2001 le local d’une auto-école dans laquelle restait un dossier esseulé après plusieurs années d’activité en friche. Ancienne commerciale, elle a démarré seule et tambour battant, malgré les écueils. « En 2003, les travaux du tram ont commencé et ça a été Beyrouth devant l’auto-école, raconte-t-elle ! Il était impossible de respecter les horaires. Heureusement, le Syndicat Mixte des transports en commun m’a indemnisée. Et aujourd’hui, je touche des subventions pour la rénovation de mon local et de ma vitrine. » L’année suivante, la nouvelle gérante se rend compte que sacrifier sa vie personnelle pour son entreprise ne changera rien à l’affaire. À bout de nerfs, elle décide de lever le pied. L’effort a visiblement été salutaire, même si le rythme auquel s’astreint aujourd’hui Virginie Delboeuf n’a rien de plan-plan. Rescapée d’un grave accident de la route, cette enseignante prend son métier très à cœur, mais elle n’est pas tendre. « Je n’ai pas de patience, revendique-t-elle. Au début, j’ai cru que ce serait un handicap, mais je pense finalement que c’est une force. Chez moi, il n’y a que l’efficacité qui compte. En voiture, je mets la pression aux élèves, je les pousse. Il faut les conditionner : après le permis, on n’a plus aucune prise sur eux. » On s’inquiète un peu de cette rudesse inhabituelle, mais Virginie Delboeuf a d’autres arguments pour la contrebalancer. « J’utilise aussi la programmation neuro-linguistique, pour ceux qui le souhaitent, avant l’examen, explique-t-elle. C’est une méthode qui permet de se remémorer une situation de réussite, afin de susciter le même état d’esprit au moment voulu, à la simple évocation d’un mot. Je conseille également les fleurs de Bach aux élèves trop stressés. » Vous n’êtes pas encore convaincu de l’efficacité de cette approche ? « Pour la confiance en soi, c’est génial », confirme un ancien élève passé annoncer l’obtention de son permis. Et finalement, c’est peut-être justement pour ces méthodes musclées – tendance « main de fer dans un gant de velours » - que les élèves viennent ici. Car le bouche-à-oreille est la seule promotion d’Academy Conduite.
Cécile Rudloff
CARTES D’IDENTITÉ
• Auto-école de l’AvenirGérant : Thierry Renvoisé
Agences : deux à Grenoble et trois à Sommières, dans le Gard
Formations proposées : AAC, B
Employés : sept moniteurs (sur Grenoble)
Véhicules : sept C3 (sur Grenoble)
Inscriptions : 250 en tout (sur Grenoble)
Tarifs : 944 € le forfait 20 heures, 38 € l’heure supplémentaire
• Alsace Lorraine ConduiteGérant : Rémy Marchais
Formations proposées : EB, BSR, AAC, B, A, Bepecaser, récupération de points, stages psycho-techniques, stages de quad et 4 x 4, bateau
Employés : un cadre, une secrétaire et dix moniteurs
Véhicules : dix Clio 2, une Modus, une C3 automatique, quatre Honda CB 500, une Honda 125, un scooter, une remorque
Inscriptions : 1 263 en tout
Tarifs : 1 090 € le forfait B, 39 € l’heure supplémentaire
• Moto ConduiteGérants : Philippe Rolland et Christian Scaringella
Formations proposées : A
Employés : deux secrétaires, cinq moniteurs
Véhicules : quinze Suzuki 500 GS, trois Yamaha YBR 125
Inscriptions : 750 environ
Tarifs : 729 € le forfait 20 heures, 1 209 € le forfait réussite
• Academy conduiteGérante : Virginie Delboeuf
Formations proposées : A
Employés : un moniteur à temps partiel
Véhicules : une Peugeot 206
Inscriptions : 80, environ
Tarifs : 162 € à l’inscription, 60 € pour la présentation au Code, 37 € l’heure de conduite et 70 € pour la présentation à l’examen pratique (soit 1 032 € l’équivalent d’un forfait B)