La Tribune des Auto-Écoles : Comment analysez-vous le marché de la formation à la conduite ?
Michel Goepp, président de Codes Rousseau : Les écoles de conduite ont été confrontées à d’énormes évolutions en l’espace de deux ou trois ans. Ces évolutions engendrent des problèmes financiers et d’isolement. Isolement car avec la dématérialisation du Cerfa 02 et la fermeture des guichets en préfectures, les auto-écoles n’ont plus la possibilité d’échanger verbalement avec une personne de la préfecture, ni de rencontrer d’autres écoles de conduite du département et de partager leur expérience professionnelle. C’est d’autant plus vrai si elles n’appartiennent pas à un syndicat ou à un groupement. Les problèmes sont également d’ordre financier car, avec la privatisation de l’ETG et la fin des frais d’accompagnement, les auto-écoles ont perdu une partie de leur marge financière. Par ailleurs, elles doivent faire face à la concurrence des auto-écoles en ligne qui prennent des parts de marché, notamment au niveau de la partie théorique.
La Tribune : En tant qu’éditeur pédagogique, ressentez-vous un ralentissement de l’économie dans le secteur de la formation à la conduite ?
M. G. : Oui bien sûr, on ne peut pas le nier. Nos chiffres de ventes sont à la baisse. La question est de savoir comment faire pour améliorer la situation pour Codes Rousseau, mais aussi pour les écoles de conduite.
La Tribune : Justement, quelles pourraient être les solutions ?
M. G. : La force des auto-écoles dites « traditionnelles », c’est la formation pratique. Si les auto-écoles en ligne peuvent proposer facilement de la formation théorique en ligne, elles ont beaucoup plus de mal à trouver des enseignants pour assurer les cours de pratique. C’est donc sur la partie pratique que les écoles de conduite « traditionnelles » doivent se battre. C’est pourquoi en tant qu’éditeur, nous essayons également de proposer aux auto-écoles des produits pour la pratique qui leur permettent de se différencier de l’offre des auto-écoles en ligne et de trouver de nouvelles sources de revenus. Je pense notamment à J’AACélère, aux simulateurs de conduite ou encore à Vidéo Street. Actuellement, nous réfléchissons à la conception d’un produit de cours qui nécessite la présence d’un enseignant de la conduite. Car, il faut être lucide, on ne va pas faire venir les élèves dans les écoles de conduite en leur proposant de faire la même chose que ce qu’ils peuvent faire seuls chez eux. Il est fini le temps où les élèves venaient à la salle de Code pour faire des séries de questions. Ça, ils peuvent le faire chez eux. Pour les ramener à l’auto-école, il faut donc leur proposer plus.
La Tribune : En même temps, force est de constater que l’utilisation d’Internet est devenu incontournable chez les jeunes…
M. G. : Effectivement, Internet est indispensable pour se faire connaître des jeunes. C’est pourquoi nous lançons Club Rousseau, une plateforme de mise en relation entre les écoles de conduite et les élèves.
La Tribune : Le concept n’est pas nouveau, que pensez-vous apporter de plus ?
M. G. : Tout d’abord, nous misons sur la notoriété et la crédibilité de Codes Rousseau auprès du grand public, afin de permettre aux écoles de conduite de se battre avec les mêmes armes que les auto-écoles en ligne. Les auto-écoles inscrites sur la plateforme bénéficieront d’une plus grande visibilité sur la toile. Les élèves qui viendront sur le site se verront proposer la possibilité d’une formation théorique en ligne, mais devront choisir une auto-école. Et ce n’est qu’une fois inscrit dans cette auto-école que les codes d’accès pour la formation en ligne seront débloqués. Le paiement pour la formation théorique se fera en ligne. Codes Rousseau reversera la totalité du montant directement à l’auto-école. Par ailleurs, nous recommanderons une plage de tarif à l’école de conduite. En effet, si l’on veut être compétitif avec les auto-écoles en ligne, il faut proposer sur le site un prix attractif et cohérent par rapport au marché. De plus, nous demanderons que les écoles de conduite affichent les avis des élèves et leurs principaux tarifs.
La Tribune : Outre la visibilité sur la toile, le Club Rousseau apportera-t-il d’autres avantages pour les auto-écoles membres ?
M. G. : Effectivement, nous avons mis en place un service d’aide réglementaire. Les écoles de conduite adhérentes du Club Rousseau pourront poser des questions sur la réglementation du Code de la route. Nous nous engageons à leur répondre rapidement. Nous pourrons également leur donner des conseils en communication. Par exemple, comment améliorer sa visibilité sur Internet. Nous allons aussi proposer une garantie financière qui sera bien placée sur le marché en termes tarifaires et des remises sur les produits. Enfin, nous souhaitons organiser des réunions régionales pour permettre aux auto-écoles, notamment à celles qui ne sont pas syndiquées ou affiliées à un groupement, de sortir de leur isolement.
La Tribune : L’adhésion à Club Rousseau sera-t-elle payante ?
Et le lancement est prévu pour quand ?
M.G. : L’adhésion au Club consiste en un abonnement mensuel fixé à 59,90 euros par mois pour le premier bureau. J’estime que c’est très raisonnable compte tenu de ce que Codes Rousseau apporte en termes d’inscriptions d’élèves et de services. Le référencement pour les auto-écoles sur la plateforme est d’ores et déjà ouvert car nous comptons lancer le site pour les élèves dès la rentrée de septembre.
La Tribune : Avez-vous embauché du personnel et combien avez-vous investi dans ce projet ?
M. G. : Le montant de notre investissement reste confidentiel mais je peux vous assurer qu’il est très important pour cette phase de lancement. Nous avons bien évidemment embauché du personnel pour mener à bien ce projet. Nous avons recruté quatre personnes en CDI (web designer, responsables marketing et commercial) et deux web developer en freelance. Par ailleurs, nous avons souscrit une assurance car, et c’est un point important qui peut inciter les futurs élèves à s’inscrire sur notre plateforme, nous proposerons de rembourser les 30 euros d’inscription à l’examen théorique en cas d’échec lors du premier passage. Et je précise bien, lors du premier passage seulement !
La Tribune : Je me fais l’avocat du diable, mais en proposant Club Rousseau, vous sortez de votre activité d’éditeur pédagogique. N’avez-vous pas peur d’entrer en concurrence directe avec certains acteurs de la profession ?
M. G. : Il faut qu’on le fasse. Nous n’avons pas le choix si nous voulons que Codes Rousseau et les écoles de conduite traditionnelles survivent face à la concurrence des auto-écoles en ligne. Modestement, je pense que c’est notre rôle car Codes Rousseau a le nom et la notoriété qui permettra d’attirer les élèves. Par ailleurs, il est bien clair que nous n’avons pas vocation à remplacer les organisations professionnelles pour la défense des écoles de conduite auprès des pouvoirs publics.
Propos recueillis par Sandrine Ancel