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map Vie des régions — Avril 2018

Auto-école Green Street à Meudon : Conscience écologique

Enseignant de la conduite pendant vingt ans, Grégory Méraud a ouvert sa propre auto-école en septembre dernier à Meudon, dans les Hauts-de-Seine. Très sensible à la préservation de l’environnement, il a souhaité insuffler un peu d’air pur dans son école de conduite.


L’écologie est dans l’air du temps. Mais si son école de conduite baptisée Green Street joue la carte du vert, Grégory Méraud prévient tout de suite : « ce n’est pas pour faire le bobo » ! Le gérant a une vraie conscience écologique qui ne date pas d’hier. Et pour cause, s’il avoue manger bio avant de lâcher avec un large sourire « mais ça, les gens s’en moque ! », il souffre depuis l’enfance de problèmes respiratoires. « Auparavant, j’enseignais la conduite à Boulogne-Billancourt, ville de la première couronne parisienne. Et lors des pics de pollution, j’étais vraiment gêné pour respirer. Aujourd’hui, on ne peut pas le nier, il y a trop de CO2 rejeté dans l’atmosphère. Alors bien évidemment, les véhicules ne sont pas les seuls responsables de cette situation. Et il n’est pas question de bannir définitivement la voiture individuelle. Mais si l’on ne fait rien, je crains réellement pour l’avenir de notre planète. »


Une voiture-école qui roule au bioéthanol
Conscient de ne pouvoir changer le monde à lui seul, Grégory a cependant décidé d’œuvrer à son niveau. Aussi, il a scrupuleusement étudié l’offre des constructeurs avant d’opter pour une Volkswagen Golf MultiFuel E85 qui roule au bioéthanol pour l’enseignement de la conduite. Certes, Grégory reconnaît qu’il « n’y a rien de bio à 100 %, mais cette Golf à motorisation essence agrémentée de bioéthanol issu de l’agriculture (blé, betteraves à sucre, maïs) ne rejette que 70g de CO2/l dans l’atmosphère. En plus, le bioéthanol est fabriqué en France, ce qui évite l’importation de carburant. »
L’utilisation de cette voiture pour dispenser les cours de pratique ne pose pas de problème particulier. Dotée d’une boîte mécanique à six rapports, elle permet de proposer la formation au permis B. « Il faut juste accepter de rouler au bon régime. Par rapport à une voiture essence classique, on peut rester en quatrième, voire en cinquième à 50 km/h », explique le gérant.


Un carburant peu onéreux
Seul inconvénient, cette voiture au bioéthanol consomme plus qu’une Golf à motorisation essence simple. Mais compte tenu du faible coût du bioéthanol, au final, Grégory dépense moins en carburant que s’il avait opté pour une voiture essence ou même diesel. Encore faut-il pouvoir faire le plein ! « En région parisienne, on trouve tout de même assez facilement des pompes proposant du bioéthanol. Après, le prix varie considérément d’une station-service à l’autre. Aux portes de Paris, il faut compter environ 0,68 centime du litre. Pour ma part, je fais le plein à Bois d’Arcy, dans les Yvelines où le litre est à 0,61 centime. C’est à environ 20 kilomètres de l’auto-école, mais comme j’ai quelques activités personnelles dans le secteur, je profite de mes déplacements privés pour faire le plein. Sinon, j’y vais pendant une leçon. Cela permet également aux élèves de changer d’itinéraire et d’apprendre en étant confrontés à des situations qu’ils ne connaissent pas. Mais 0,61 centime, cela reste cher par rapport à la Vendée où j’ai de la famille et où j’ai pu constater que le litre était à 0,48 centime. Là, rouler au bioéthanol devient intéressant pour le respect de l’environnement et pour le respect de votre porte-monnaie ! »


Une BlueCar pour la formation sur boîte auto
La Golf au bioéthanol n’est pas la seule originalité de Green Street. Le gérant qui propose également la formation sur boîte automatique, a choisi une BlueCar. Le même modèle que les Autolib’, les fameuses voitures destinées au service d’autopartage dans la Capitale et certaines villes de banlieue. Pourquoi ? Pour deux raisons. Tout d’abord, c’est une voiture électrique, même si encore une fois, Grégory ne fait pas le naïf : « je sais bien que l’électricité n’est pas totalement propre parce que c’est produit par des centrales nucléaires françaises… ». Ensuite parce que c’est la même voiture que les Autolib’. « Une fois le permis de conduire obtenu, les jeunes n’ont pas forcément les moyens de s’acheter une voiture. Par contre, ils pourront prendre un abonnement Autolib’. La relation à la voiture a beaucoup évolué chez les jeunes. La plupart d’entre eux ne voient plus la voiture comme un signe de réussite sociale mais juste comme un moyen de déplacement. Je pense sincèrement que nous allons de plus en plus aller vers un modèle, non plus de propriété de sa voiture, mais de partage de véhicules. Ce qui ne signifie pas la mort de notre profession. Il faudra toujours apprendre à conduire car, selon moi, la voiture totalement autonome, ce n’est pas pour demain ! On aura toujours besoin de voitures individuelles pour partir en vacances ou faire de longues distances. C’est pourquoi j’ai choisi une BlueCar. Par ailleurs, je suis atterré de voir à quel point les gens qui empruntent ce type de véhicule en partage laissent généralement les voitures dans un état de saleté et se moquent de les abimer. J’espère qu’en donnant des cours avec une BlueCar, mes élèves se sentiront plus familiers avec cette voiture et seront plus respectueux lorsqu’ils utiliseront une Autolib’ ». Pour aller plus loin dans son concept, Grégory aimerait bien développer un partenariat avec Autolib’. Un abonnement gratuit d’un an, par exemple, pour ses élèves ayant obtenu leur permis, afin de les inciter à utiliser le service d’autoparatage. Malheureusement, les portes ne s’ouvrent pas aussi facilement qu’il l’aurait souhaité. « J’ai contacté plusieurs personnes, mais pour le moment, ce projet est au point mort. » Pour autant, il reste motivé. De la motivation, il lui en a déjà fallu pour faire équiper ce véhicule en doubles pédales. « Il n’y avait pas de précédent, du coup, j’ai dû envoyer le véhicule en Allemagne chez le fabriquant de système à doubles pédales, Veigel, afin qu’il développe un prototype adapté à la BlueCar. Ça a pris pas mal de temps, mais je ne regrette rien. C’est très simple d’utilisation. Je mets la batterie à recharger sur le secteur, le soir, dans le garage. Le matin, c’est prêt ! On peut faire environ 200 km, ce qui est suffisant pour l’utilisation que j’en fais quotidiennement à l’auto-école. Je n’ai pas besoin de la recharger dans la journée. Et cela coûte moins cher qu’un plein de carburant. »


Une bonne perception des élèves et des parents
Si Grégory est convaincu de l’intérêt de son choix pour sa Golf au bioéthanol et de sa BlueCar électrique, comment les élèves et leurs parents perçoivent-ils sa démarche ? « C’est vrai que la plupart des gens ne sont pas très sensibles aux problèmes de pollution de l’air car ce n’est pas assez visible. À moins d’être ou d’avoir un enfant asthmatique, comme c’est mon cas, peu de personnes sont prêtes à changer leurs habitudes en matière de déplacement. Alors certains élèves qui viennent s’inscrire ne savent pas trop ce que cela signifie rouler au bioéthanol. Mais lorsque je leur explique, ils trouvent cela génial. J’ai cependant l’impression, du moins l’espoir, que les comportements sont en train de changer doucement mais surement. Sur mon site Internet, j’explique clairement ma démarche. De même que sur la page Facebook de l’auto-école, je partage parfois des articles portant sur l’écologie et l’environnement. Du coup, certains élèves viennent en connaissance de cause et ont véritablement choisi mon école de conduite par rapport au projet que je propose. J’ai même eu le cas d’un élève qui était inscrit dans une autre auto-école et qui en passant devant ma vitrine, a décidé de retirer son dossier pour venir s’inscrire chez moi ! Pour ce qui est des parents, c’est pareil, de plus en plus de papas qui discutent avec moi disent vouloir prendre un véhicule hybride parce qu’ils trouvent ça bien. Mais je remarque que les femmes sont souvent plus sensibles au sujet de la préservation de l’environnement que les hommes. » Aragon ne disait-il pas déjà : « La femme est l’avenir de l’homme » ?


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