Rapport de l’Université de Marne-la-Vallée
L’innovation peut être impulsée par un exploitant isolé, un réseau d’écoles de conduite, ou des acteurs extérieurs au secteur de la formation à la conduite, tels que les assureurs, des associations, les collectivités locales, l’État ou encore les fournisseurs. Fréquemment, elle est portée par un partenariat entre ces différents acteurs.Véritables innovateurs ou simples exécutants d’innovations conçues par d’autres… Lequel de ces rôles les écoles de conduite sont-elles plus particulièrement amenées à jouer ? À la lecture du rapport*, la réponse est : les deux. Quand innovation il y a, elle peut être initiée – à des degrés divers – par les exploitants, voire leurs moniteurs, les réseaux d’auto-écoles, des associations, les fournisseurs, des entreprises extérieures au secteur de la formation à la conduite, les collectivités locales, ou encore l’État.
EXPLOITANTS : ACTIONS INNOVANTES, MAIS LIMITÉESAinsi, selon l’étude, les exploitants isolés sont « des acteurs incontournables, mais modestes de l’innovation ». Incontournables, « notamment parce qu’ils ont une bonne appréciation des besoins de leur clientèle ». Modestes, car « leur capacité d’innovation en matière d’offres de formation est limitée par un certain nombre de facteurs, liés notamment à leur taille et à leurs ressources ». Dans 3 des 10 cas d’innovation mis en exergue par le rapport (voir encadré p. 25), ce sont des professionnels du secteur qui ont directement été à l’origine d’un service innovant. Il s’agit de l’exploitant de l’école de conduite Fischer, d’un des moniteurs de l’auto-école Formule 3 et l’ancien dirigeant de l’ECF Cerca. Quand elles sont menées par un acteur isolé (Fischer et Formule 3), les innovations sont rendues possibles par « une bonne compréhension d’une catégorie de clientèle particulière et de ses attentes, souvent induite par leur expérience personnelle d’un handicap ou d’une difficulté rencontrée lors de l’apprentissage à la conduite ». Cependant, la diffusion de ces innovations « reste très limitée », car elles répondent à une demande locale et/ou spécifique.
LES RÉSEAUX : RÔLE MAJEUR DE CONCEPTION ET DIFFUSIONEn revanche, le rapport considère les réseaux d’écoles de conduite – tels que ECF, CER, Elit, l’Anper – comme « des acteurs majeurs de la conception et de la diffusion des innovations de service ». Ainsi, « la structure de réseau facilite grandement le développement d’innovations comme le souligne l’exemple du réseau ECF. La taille du réseau lui permet de dédier des ressources, des structures et du temps à une réflexion plus organisée sur l’amélioration des pratiques et l’innovation. Par ailleurs, le partage d’information entre les membres du réseau multiplie les possibilités de détecter les innovations locales, de les valoriser, de les mutualiser et de les diffuser ».
ÉGALEMENT UN RÔLE DE PRESTATAIRESi la profession n’est pas toujours à l’origine d’innovations, elle peut intervenir pour leur mise en œuvre. Le rapport note ainsi que « les exploitants isolés sont également des acteurs de projets d’innovation comme prestataire d’un service innovant : c’est ce rôle que nous trouvons dans Pacte Auto Jeune, Volant Jeune, ou encore le Permis à 1 euro ». Les réseaux deviennent aussi « acteurs de projets d’innovation conduits par d’autres », tels que le permis à 1 euro par jour. « Leur partenariat est recherché par des porteurs d’innovation, notamment des organisations privées, pour diffuser plus facilement le dispositif sur le territoire. Ainsi, lorsque la MAAF souhaite étendre rapidement le dispositif du Pacte Auto Jeunes, d’abord testé dans deux régions, elle s’appuie sur l’Anper pour assurer la formation et le recrutement des enseignants partenaires de la formation ».
LES COMPAGNIES D’ASSURANCE, PORTEUSES D’INNOVATIONSParmi les innovateurs extérieurs au monde de l’auto-école, on trouve donc justement des entreprises privées. « Les assurances sont directement porteurs de projet d’innovation, car une partie de leur activité consiste à assurer les conducteurs. Pratiquement tous les assureurs proposent à leurs assurés des offres de formation (journée de sensibilisation, stages…), la plupart étant conçue et prévue pour des publics particuliers identifiés comme étant à risque : les jeunes conducteurs, les conducteurs multipliant les recours à la garantie de l’assurance suite à accident ; ils conçoivent et diffusent également des kits d’information et de formation auprès des assurés et des enseignants de l’éducation nationale ».
COLLECTIVITÉS LOCALES ET ÉTAT : INNOVATIONS PARTENARIALESLa puissance publique joue un rôle, généralement pour des raisons d’intérêt général (réduction de la mortalité, meilleure accessibilité de certaines populations au permis…). Quand les collectivités territoriales sont à l’origine de projets, elles sont amenées « à nouer des relations de partenariat avec d’autres acteurs : les exploitants d’école de conduite du territoire considéré, mais aussi des partenaires institutionnels comme la préfecture ou la DDE, des partenaires privés comme les banques ou les assurances (Volant Jeune) ». Elles interviennent aussi « en tant que contributeurs financiers » d’innovations portées par d’autres, tel que l’AAC à vocation éducative. « Dans l’histoire du secteur, [l’État à travers notamment la DSCR] est un acteur majeur dans trois innovations […] : les stages de formation à la conduite (autorisés en 1977), l’AAC (Code de la Route R 211-3) et les stages de sensibilisation à la sécurité routière pour la récupération des points du permis (Code de la route L 223-6). Dans les innovations étudiées cependant, l’État n’apparaît comme un acteur majeur que dans le Permis à 1 euro. Il est à la fois l’instigateur du dispositif, son concepteur mais aussi l’organisateur de sa diffusion ».
PRÉSENCE MODÉRÉE DES FOURNISSEURSSelon le rapport, « le poids des fournisseurs dans l’innovation n’est pas important. En particulier, les constructeurs automobiles, fournisseurs du support de service principal, sont absents ». Pourtant, ces derniers sont à l’origine de nouvelles technologies (limitateur de vitesse, enregistreur de contexte, contrôle de trajectoire), qui « pourraient donner lieu à de nouvelles formations aux clients ». Ce que les constructeurs ne font pas. « Ce choix stratégique laisse ouvert un champ d’innovations dont les acteurs du secteur [des écoles de conduite] ne semblent cependant pas aujourd’hui s’emparer ». En revanche, les fournisseurs de matériel pédagogique (Codes Rousseau, Ediser, ENPC, Faros…) « proposent de nouveaux produits à visée pédagogique qui constituent des ressources mobilisées dans la prestation de formation : simulateur de conduite, Road recorder VHS, logiciel d’évaluation pédagogique… » Encore faut-il, nuance le rapport, que les écoles de conduite « s’emparent » de ces innovations. Dans la catégorie des fournisseurs, l’étude inclut les organismes de formation et de recherche comme l’INRETS, l’Université de Provence ou encore l’INSERR. « L’investissement universitaire récent dans la formation continue semble bien constituer un levier d’innovation par l’implication des enseignants-chercheurs, mais également par les croisements entre acteurs de mondes différents que ces formations provoquent ». Et d’ajouter : « L’exemple mentionné de la matrice GDE est intéressant car le rapport Gadget est le type même de nouvelles connaissances, issues du monde universitaire et jouant un rôle dans l’innovation du secteur. Il a ainsi conduit les responsables de formation de l’INSERR à modifier le contenu de certaines formations destinées aux enseignants de la conduite ; mais la matrice Gadget est également à l’origine d’une innovation développée au sein de l’ECF-CERCA qui est l’AAC à vocation éducative ».
ASSOCIATIONS : ÉVOLUTION DE LA FORMATION POUR UN PUBLIC PARTICULIERAutres acteurs de l’innovation : les associations de type écoles de conduite de statut associatif, comme Fare ou Aris. « Les associations complètent le programme national de formation par une offre et des approches adaptées au public formé et aux missions de l’association. En cela, elles contribuent à innover en matière d’offre de service, mais sont aussi des lieux d’expérimentation de nouvelles pratiques de formation. Elles s’appuient pour cela sur une diversité des intervenants auprès des jeunes (éducateurs spécialisés, psychologues…) ». Finalement, le rapport montre que les innovations reposent souvent sur des acteurs multiples. « Si l’innovation peut être le fait d’un acteur isolé, les cas étudiés soulignent l’importance des partenariats. Sur les dix monographies réalisées sur des innovations dans le secteur de la formation à la conduite et à la sécurité routières, sept s’appuient sur des partenariats plus ou moins formels ».
Bérengère Huvey
* La dynamique de l’innovation dans les services de la formation à la conduite et à la sécurité routières – Université Paris-Est.