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warning Sécurité routière — Février 2018

Édouard Philippe prône une politique dure

Le 9 janvier dernier, le Premier ministre, Édouard Philippe, a prononcé devant la presse un discours de plus d’une demi-heure pour justifier le choix des dix-huit mesures retenues à l’issue du CISR. Des mesures qui se veulent efficaces mais pas forcément populaires.


« Chaque année, 3 500 personnes meurent dans un accident de la route, a rappelé en guise de préambule le Premier ministre, Édouard Philippe. Permettez au Normand que je suis de l’illustrer : 3 500 personnes qui meurent dans un accident de la route, c’est l’équivalent d’une ville comme Cabourg ou Forges-les-Eaux qui serait rayée de la carte en une année. Pour la seule période des fêtes dont nous sortons, sur une dizaine de jours, c’est 105 personnes qui ont perdu la vie sur les routes de France. Année après année, les morts s'ajoutent aux morts et ce sont aujourd'hui des dizaines de milliers de Français, des dizaines de milliers qui savent, qui vivent qui ressentent la douleur d'avoir perdu à tout jamais un conjoint, un enfant un parent, un ami, un collègue. C'est intolérable pour eux et c'est inacceptable socialement. À ces accidents mortels viennent s'ajouter les personnes blessées : 72 000 chaque année. 72 000, c'est l’équivalent de la ville de La Rochelle chaque année, ou le stade Vélodrome. Sur ces 72 000 blessés, c'est près de 25 000 blessés graves qui subiront tout le reste de leur vie dans leur chair, les séquelles, le handicap. »


Objectif : « faire mieux »
Fort de ce constat, le Premier ministre a par ailleurs reconnu que nous étions « loin des objectifs affichés » par Manuel Vall en 2012 qui, alors ministre de l’Intérieur, affirmait vouloir passer sous la barre des 2 000 tués sur la route en 2020. « Nous étions descendus à un palier de l’ordre de 3 300 tués sur les routes et en 2015, en 2016 et en 2017, le nombre de morts a augmenté », a rappelé Édouard Philippe. Réaliste, le Premier ministre estime qu’il sera difficile, voire impossible de passer sous la barres des 2 000 tués d’ici 2020. Et s’il préfère ne pas donner de chiffres, il affirme cependant que « l’objectif, c’est de faire mieux ». Pour cela, il entend bien s’en donner les moyens, quitte à adopter des mesures qui vont catalyser la désapprobation de nombre de Français. « Il est de notre devoir de prendre ces mesures. À chaque fois qu'un gouvernement a eu le courage de s'engager, les résultats ont été spectaculaires. »


Oser prendre des « mesures de rupture »
« En la matière, toutes les études le montrent, en France comme en Europe, seules sont véritablement efficaces les mesures dites de rupture, c'est-à-dire les mesures qui modifient en profondeur le comportement des conducteurs. Je pense au port obligatoire de la ceinture de sécurité en 1973 ; je pense à l'abaissement à 50 km/h de la vitesse en agglomération en 1990, au permis à points en 1992 ou encore au déploiement des radars fixes en 2002.Tous ceux qui se souviennent de la mise en place de ces mesures savent qu’elles n'ont pas exactement suscité l'enthousiasme au moment où elles ont été prises, loin de là mais 10 ans, 20 ans, 30 ans plus tard, que constate-t-on ? D'abord que ces mesures étaient justifiées en ce qu'elles ont permis une diminution réelle, mesurable, manifeste du nombre de morts et ensuite, passé la réaction initiale, le scepticisme, la mauvaise humeur, parfois la colère, ces nouvelles règles se sont progressivement intégrées. Je veux donc le dire ici très clairement : les mesures que nous annonçons aujourd'hui répondent à un critère et à un seul critère, leur efficacité à diminuer le nombre d'accidents et leur gravité. »


Une implication de tous les acteurs
À l’issue du CISR, 18 mesures ont donc été retenues. Elles focalisent plus particulièrement sur la limitation de la vitesse, la lutte contre l’alcool et la consommation des produits stupéfiants, la lutte contre l’usage du téléphone portable au volant et le renforcement de la protection des piétons. Mais pour ne pas être accusé d’appliquer uniquement une politique de répression routière, le gouvernement a décidé de réfléchir à un système visant à encourager et reconnaître les conducteurs exemplaires.
Le Premier ministre a, par ailleurs, souligné la nécessité d’impliquer tous les acteurs de notre société pour obtenir de bons résultats. « La politique de sécurité routière est un impératif national pour les pouvoirs publics, mais elle est bien plus fondamentalement l'affaire de tous. (…) Nous avons donc décidé de favoriser l'engagement de tous les acteurs publics et privés au service de cette cause. Nous mettrons évidemment l'accent sur l'éducation et la prévention dans cette matière. Les premières années sur la route des nouveaux titulaires d'un permis sont une période particulièrement critique ou le manque d'expérience constitue un facteur de risque supplémentaire. Un accident corporel sur quatre implique un conducteur titulaire du permis depuis moins de deux ans. »
Enfin si Édouard Philippe reconnaît que les constructeurs automobiles contribuent à la lutte contre l’insécurité routière en proposant des véhicules de plus en plus sûrs, il reste également très pragmatique : « Dans les années qui viennent, le développement progressif, rapide selon certains, du véhicule autonome apportera peut-être de nouvelles solutions. Tous les acteurs français du secteur automobile y travaillent activement mais d'ici là, il est de notre devoir de nous mobiliser en faveur de la sécurité routière et d'adapter en conséquence nos comportements. »


  S. A.


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