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school Formation — Août 2007

L’innovation : ses facteurs de succès et ses freins



Rapport de l’Université de Marne-la-Vallée


À travers les 10 cas étudiés (voir encadré), le rapport* dégage différents facteurs de réussite et obstacles à l’innovation dans le secteur de la formation à la conduite.

Favoriser l’innovation dans le secteur de la formation à la conduite et à la sécurité routières devrait être placé au rang de priorité. Telle est la conclusion que l’on peut tirer du rapport consacré à cette problématique. Mais pour l’instant, des obstacles entravent l’innovation. L’un d’eux prend directement sa source dans la réglementation.

LE PNF, FREIN À L’INNOVATION
L’obligation de respecter le Programme national de formation « nous semble constituer un frein important à l’innovation dans la mesure où il limite fortement la légitimité des acteurs de la profession à suggérer de nouvelles pratiques de formation initiale dans un domaine étroitement régulé par l’État. En effet, un exploitant qui proposerait un processus de formation radicalement nouveau, améliorant la performance opérationnelle de court terme tout en se libérant de certaines contraintes imposées par le PNF, serait susceptible d’être dénoncé par certains de ses concurrents et d’être contraint par le régulateur de faire marche arrière », note le rapport. Et, « alors que ce secteur est très fortement réglementé, dans les dix dernières années, peu d’innovations résultent de l’action directe de l’État. C’est probablement un facteur d’explication de l’absence d’innovation radicale […] ».

PERFORMANCES ÉCONOMIQUE ET SOCIÉTALE INCERTAINES
« Le manque d’intérêt de la profession pour la question de l’innovation » peut aussi s’expliquer par le fait que le secteur n’a pas vraiment le sentiment que l’innovation apportera des avantages. Concrètement, si « toutes les innovations étudiées contribuent peu ou prou à améliorer la performance opérationnelle de court terme, c’est-à-dire à améliorer la qualité du service offert aux clients visés », les résultas sont « beaucoup plus mitigés » au niveau économique et sociétal. « Quatre innovations seulement contribuent à améliorer sensiblement la performance économique des structures qui les ont mis en place ». Quant à la performance sociétale, encore faudrait-il pouvoir la mesurer. Et c’est là que le bât blesse, selon l’étude. « Si les innovations locales qui se pérennisent contribuent clairement à cette dimension de la performance, en permettant l’accès à la formation à la conduite des publics particuliers, en revanche, l’absence de dispositif d’évaluation des innovations partenariales, à plus grande diffusion, ne permettent pas de se prononcer clairement sur ce point, ce qui constitue un frein clair à leur concrétisation et/ou à leur diffusion ».

DISPONIBILITÉ DES RESSOURCES
L’étude des dix innovations a permis aux chercheuses de l’Université de Marne-la-Vallée de dégager différents facteurs de freins et de succès. Une des conditions sine qua non de la réussite d’un projet est la « disponibilité des ressources ». Ainsi, pour Formule 3, « le départ du seul moniteur maîtrisant la langue des signes (ressource clé) a alors signé l’arrêt de mort du dispositif, l’exploitant n’ayant pas pu ou voulu le remplacer ». En revanche, « l’exploitant de l’école de conduite Fischer comprend vite que son avantage compétitif est fragile tant que la double compétence moniteur bilingue français/turc n’est possédée que par lui ».

ADÉQUATION AVEC LA DEMANDE
Autre condition : l’adéquation à la demande. La mise en place d’une formation non francophone répond aux besoins de la population turque à proximité de l’auto-école Fischer. La formation continue dédiée aux enseignants de la conduite, proposée par l’Université de Provence, « répond à un besoin latent et non couvert : le manque criant de formation continue reconnue dans ce secteur ». En revanche, « l’échec du permis à 1 euro s’explique par le faible intérêt du dispositif pour le bénéficiaire et son incapacité à toucher la cible visée, à savoir les publics en difficulté ». Parfois, le service n’est pas forcément inadapté au public visé, mais ce dernier n’est tout simplement pas intéressé. « Parmi l’ensemble des innovations étudiées, ce sont les dispositifs de formation enrichie (post-permis ou AAC à vocation éducative) qui rencontrent le plus de difficultés à se diffuser. Ces difficultés ne tiennent pas seulement au financement de ces dispositifs puisque, dans les trois cas étudiés, des partenariats (publics ou privés) permettent de prendre en charge une partie, voire la totalité du coût pour le bénéficiaire. Ces difficultés sont liées à l’absence de perception par les bénéficiaires de la valeur ajoutée de ces formations par rapport à la formation classique ».

DISPONIBILITÉ DU PORTEUR DE PROJET
Quand l’innovation repose sur plusieurs acteurs, il faut… du temps. « La constitution du partenariat nécessite une grande disponibilité du porteur du projet. Celui-ci doit pouvoir aller à la rencontre des partenaires potentiels. Ce point constitue évidemment un frein pour le petit exploitant isolé qui ne dispose, en général, ni du temps, ni des relations pour mettre en œuvre de tels partenariats. A contrario, on voit tout l’intérêt de faire partie d’un réseau (mise en relation de partenaires potentiels) ou d’une structure organisationnelle suffisante pour pouvoir dégager du temps et des ressources à la mise en œuvre de l’innovation ».

Bérengère Huvey

* La dynamique de l’innovation dans les services de la formation à la conduite et à la sécurité routières – Université Paris-Est.


LES 10 CAS D’INNOVATION ANALYSÉS DANS LE RAPPORT



• L’école de conduite Fischer, située à Mulhouse, propose une formation au permis à destination de la population turque et plus largement non francophone. Originalité : elle fait des cours de code bilingues, commun à la clientèle francophone et non francophone. Par ailleurs, les clients turcs peuvent s’exprimer dans leur langue maternelle avec les secrétaires ainsi qu’avec un moniteur qui leur est dédié.
• L’école de conduite Formule 3, en Seine-et-Marne, a mis en place une formation au permis en langue des signes à destination de la population sourde ou malentendante.
• L’association parisienne Aris, favorisant l’intégration des sourds à tous les niveaux, a développé et intégré dans sa structure une activité de formation à la conduite. En outre, l’association développe un « pack » pour permettre aux écoles de conduite de province de proposer une formation adaptée aux sourds et malentendants.
• Le conseil général du Haut-Rhin a lancé Volant Jeune, formation post-permis sur 3 jours, assurée par l’ensemble des écoles de conduite du département et visant à compléter la formation des jeunes conducteurs, notamment en les entraînant à la conduite de montagne. Les assureurs ont pris en compte ce dispositif dans le calcul de la prime d’assurance.
• La MAAF a mis en place, avec l’association Aquitaine Sécurité Routière, une formation post-permis, Pacte Auto Jeunes. Le dispositif consistait en 3 stages de sensibilisation à la sécurité routière sur une période de 2 ans, en contrepartie desquels le jeune participant bénéficiait d’un retrait des surprimes d’assurance dès la première année. D’abord expérimenté en Aquitaine et Savoie, Pacte Auto Jeunes a été étendu au reste de la France pendant 3 ans, période pendant laquelle l’Anper est intervenue pour effectuer la formation continue des enseignants de la conduite.
• L’AAC à vocation éducative – développée par Jean-Pierre Martin, ex-dirigeant d’ECF Cerca (3 agences basées à Niort, Limoges et Poitiers) – est une formation en conduite accompagnée, complétée par des modules éducatifs concernant l’apprentissage de la mobilité et d’autres centrés sur l’insertion sociale et professionnelle (voir La Tribune des Auto-Écoles n° 128 p. 22-23). Autres particularités : elle s’appuie sur « une structure juridique innovante relevant de l’économie sociale » (société coopérative d’intérêt collectif - SCIC) baptisée « Réseau Promotion AAC », et recourt « à de nouvelles compétences rarement mobilisées dans le secteur privé : éducateur, animateur sportif… »
• Depuis 2002, l’Université de Provence propose deux formations destinées aux professionnels de l’enseignement de la sécurité routière et de la conduite : le diplôme universitaire (DU) et la licence Science de l’éducation, mention éducation routière.
• Le simulateur Faros, commercialisé par l’entreprise du même nom, a trouvé application dans certaines auto-écoles, par exemple pour commencer les premières heures de formation.
• Le réseau ECF (environ 200 entreprises, indépendantes juridiquement, qui gèrent 1 180 agences) constitue, selon le rapport, « une innovation organisationnelle importante dans un secteur composé majoritairement de petites structures indépendantes et familiales ». Il est en outre « un laboratoire de « recherche-développement » en matière d’offre de formation et d’outils pédagogiques, à l’origine d’un certain nombre d’innovations ».
• Lancé en octobre 2005 par le gouvernement Raffarin, le permis à 1 euro par jour est un crédit dont l’Etat prend en charge les intérêts, pouvant être accordé par les banques aux candidats au permis et utilisable dans des auto-écoles conventionnées (voir La Tribune des Auto-Écoles n° 112 p. 6-7 et n° 121 p. 17-25).


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