Il y a tout juste un an, l’ECF CSER Lyon quittait l’aéroport de Bron pour s’installer à Vaulx-en-Velin sur un terrain de 38 000 m2 équipé de locaux flambants neufs, de zones dédiées à l’apprentissage de la conduite deux-roues et groupe lourd, ainsi que d’une piste pour la formation voiture, spécificité de la pédagogie maison depuis 1978.
L’arrivée sur le site de l’ECF CSER Lyon, à Vaulx-en-Velin, dans le Rhône, est impressionnante. Entre les différents bâtiments, les pistes d’apprentissage et même la station de carburant privée, c’est presque une petite ville dans la ville. Le 23 janvier 2018, ce centre de formation à la conduite pas comme les autres fêtera son premier anniversaire sur ce nouveau site. Mais en réalité, son histoire remonte à quarante ans. « Mes parents avaient ouvert une auto-école traditionnelle à la fin des années 1960 », raconte Christelle Oberholz, D-g de l’ECF CSER Lyon. Nous habitions dans l’arrière-boutique. Mon frère et moi sommes tombés dans la marmite quand nous étions petits ! À cette époque, il y a avait énormément de morts sur les routes. Mon père, René Chomette, s’est dit qu’il fallait faire quelque chose pour réduire l’accidentologie. Il a alors eu l’idée de se regrouper avec une dizaine d’autres auto-écoles pour travailler sur une piste, dans un premier temps à Caluire, puis à Bron, en utilisant un bout de piste de l’aéroport. » C’est ainsi qu’en 1978, un nouveau concept de pédagogie fait son apparition : la formation sur piste privée afin de répéter des exercices précis jusqu’à acquérir les bons réflexes de conduite. Mais les Chomette n’étaient pas propriétaires du terrain et ne pouvaient pas faire tous les aménagements qu’ils auraient souhaités pour améliorer la formation. « Dès l’an 2000, mon père s’est mis en quête pour trouver le terrain idéal. » Une quête du Graal plus que difficile lorsque l’on sait que les terrains vacants sont des denrées rares dans les grandes villes. De plus, il fallait trouver un terrain plat pour y créer les pistes d’apprentissage. Le choix s’est finalement porté sur une zone en pleine mutation à Vaulx-en-Velin, en banlieue de Lyon.
Partir d’une feuille blanche
« Nous sommes partis d’une feuille blanche, explique Christelle. Pendant des mois, nous avons déplacé des véhicules en papier sur des plans pour essayer de dessiner le site idéal. Nous avons créé des espaces distincts en fonction des différents types de formations. Un premier pour la moto, avec une piste plate où l’on peut disposer des plots pour travailler la maniabilité. Nous avons également construit un relief pour faire des exercices de stabilité en deux-roues. Un autre espace est dévolu à la formation du groupe lourd, avec une piste pour apprendre à réaliser des manœuvres. Mais aussi un bâtiment qui accueille d’un côté les motards en herbe avec un local pour ranger le matériel et une autre partie où sont stockés les différents engins pour les formations du groupe lourd. Nous avons même une rampe et un quai pour s’entraîner à garer les camions et à effectuer des chargements avec les chariots-élévateurs. »
Enfin, outre le bâtiment d’accueil qui comporte plusieurs salles dédiées à la formation théorique, aux stages de récupération de points ou encore à l’enseignement du Titre Pro ECSR, une large partie du site est consacrée à l’apprentissage du permis B. Pas moins de 8 km de pistes ont ainsi été aménagés avec des intersections, des voies d’insertion, un petit pont pour apprendre à faire des démarrages en côte, des emplacements de parking en épis, en bataille, etc.
Seul sur la piste
À l’ECF CSER Lyon, la formation s’effectue généralement sous forme de stages : 3 jours pour la théorie, une semaine pour la pratique, puis un complément d’heures de cours, en fonction du niveau, pour amener l’élève jusqu’à la présentation à l’examen. « La première heure s’effectue en salle avec la maquette d’un véhicule, précise Cyril Chomette, président de l’ECF CSER Lyon. Puis, dès la deuxième heure, les élèves se retrouvent seul au volant sur la piste. » Aucun enseignant ne prend place dans le véhicule. Les conducteurs sont juste accompagnés de leur binôme. « Nous formons des binômes en choisissant deux élèves en fonction des résultats au test d’évaluation qui travailleront ensemble tout au long de la formation, explique Cyril. Le rôle du binôme est important. Le passager doit notamment guider le conducteur sur le bon parcours à l’aide de son road book. » En effet, treize parcours différents ont été élaborés sur les 8 km de piste, pour travailler des points spécifiques de la formation. « C’est un apprentissage à la fois individuel et en groupe, souligne Christelle, qui permet à chacun de progresser à son rythme, mais en profitant de l’émulsion avec son binôme. » Par ailleurs, « le fait de ne pas avoir un enseignant à côté d’eux, les obligent à se responsabiliser, ajoute Cyril, ce qui les rend autonomes plus rapidement. »
Tour de contrôle à véhicule 3 !
Pour autant, les apprenti-conducteurs ne sont pas laissés totalement seuls sur la piste. Depuis une tour de contrôle, un enseignant supervise les déplacements des véhicules, tel un aiguilleur du ciel. « Chaque équipage doit répéter des objectifs bien définis portant sur les départs et les arrêts, le travail sur le point de patinage, la rotation du volant, etc. Comme je ne suis pas dans la voiture et que je ne vois pas ce que le conducteur fait avec les pédales, explique Florian Auclair, enseignant de la conduite et référent outil piste, chaque véhicule est équipé de trois gyrophares de couleurs différentes. Quand le conducteur freine, le gyrophare rouge s’allume, quand il appuie sur la pédale d’embrayage, le gyrophare orange s’illumine et lorsque le conducteur accélère, c’est le bleu qui s’éclaire. Ça me permet de mieux comprendre ce que fait chaque conducteur et de discuter avec lui par radio si nécessaire. J’essaie de ne pas adopter une attitude trop professorale mais de les amenés à analyser la situation qu’ils viennent de vivre pour les rendre responsables et autonomes le plus vite possible. »
Une pédagogie éprouvée
La piste permet également d’effectuer des exercices tels que le freinage avec cousin afin de sensibiliser les jeunes à l’importance du port de la ceinture de sécurité. Ou encore d’expérimenter la perte d’adhérence au volant d’une Renault Clio chaussée de chariots à roulettes. En parallèle de la formation sur piste, chaque élève est suivi par un enseignant de la conduite pour la partie en circulation. « Nous tenons à ce que chaque élève ait un enseignant dédié qui suit l’évolution de sa formation », précise Christelle. L’enseignant vérifie que les compétences travaillées sur la piste ont bien été acquises. Et force est de constater que cet enseignement mixant piste et circulation s’avère efficace. En ce vendredi, jour de reportage, les jeunes apprenti-conducteurs qui n’avaient encore jamais touché un volant cinq jours plus tôt, évoluent avec une étonnante fluidité sur la piste. Une aisance qui se retrouve également au niveau des résultats. « Nous avons de bons taux de réussite », reconnaît Christelle, non sans une pointe de fierté en évoquant la pédagogie mise au point par son père, aujourd’hui disparu. Et nul doute que René Chomette serait fier de voir ce site, aboutissement de ce projet fou, initié il y a maintenant quarante ans, avec comme unique but de former des conducteurs responsables pour réduire le nombre d’accidents sur les routes de France.