← Retour à la liste
school Formation — Juillet 2008

Muriel Jougleux, enseignante-chercheuse en sciences de gestion à l’Université de Marne-la-Vallée

< !--[if gte mso 9]>

Normal
0
21


< ![endif]-->
< !--[endif]-->< !--[endif]-->

 « Il faut mieux repérer
et encourager l'innovation »


Des chercheuses de
Marne-la-Vallée viennent de rendre un rapport sur l’innovation dans le secteur
de la formation à la conduite et à la sécurité routières. L’une d’elles
explique leurs motivations, leur méthodologie, ainsi que les observations et
propositions qu’elles en ont tirées.


< !--[if !supportEmptyParas]--> « La dynamique de l’innovation dans les services de
formation à la conduite et à la sécurité routières »(1). Telle
est la thématique sur laquelle ont planché pendant un peu plus d’un an quatre
enseignantes-chercheuses – Marianne
Abramovici
, Laurence
Bancel-Charensol
, Muriel Jougleuxet Catherine Maman – du laboratoire
Organisation et efficacité de la production (OEP) de l’Université de
Marne-la-Vallée. Fin 2005, alors qu’elles achevaient la première étude
socio-économique sur les écoles de conduite(2) commandée pour le
gouvernement, elles ont eu l’idée de se pencher sur la question de l’innovation
dans le secteur. Nécessité de trouver un financement oblige, elles se sont
tournées vers le PREDIT, programme de recherche européen. Leur travail a
débouché sur un rapport, rendu en février 2008, qui analyse plus
particulièrement 10 cas d’innovation du secteur.

La Tribune des
Auto-Écoles : Pourquoi avez-vous eu envie de vous pencher sur l’innovation
dans le secteur de la formation à la conduite et à la sécurité routières ?
Muriel
Jougleux :
Quand nous avons travaillé sur les performances des écoles
de conduite, dans le cadre de l’étude commandée par le ministère des
Transports, nous nous sommes rendues compte que le service de formation à la
conduite apparaissait peu satisfaisant pour l’ensemble des parties prenantes.
Tant pour les écoles de conduite en termes de performances économiques, que
pour l’État au regard de l’accidentologie routière et pour les clients qui se
plaignent du prix et de la longueur de la formation. Nous avons donc voulu voir
comment ce secteur – peu étudié à ce jour – pouvait évoluer à travers
l’innovation. Nous avons déposé le thème de recherche auprès du PREDIT. Notre
dossier a été retenu.

La Tribune : Votre première difficulté a été la
notion d'innovation. Pourquoi ?

Il n’y a pas de représentation partagée de ce qu'est
l'innovation dans ce secteur. Cela tient à l’activité même. La formation à la
conduite et à la sécurité routières est un service peu matérialisable, tant
pour l’État que pour l’élève. Son résultat est très intangible. De plus, les
écoles de conduite ne se pensent pas comme des innovateurs, alors qu'elles le
sont. C’est notamment pour cela que nous avons eu du mal à repérer
l’innovation.


La Tribune : Quelle définition de l’innovation
avez-vous finalement choisie ?
M. J. :
Nous avons décidé de définir
l’innovation de manière assez large. Si l’on prenait seulement les innovations
radicales, c’est-à-dire celles qui bouleversent le secteur et ses conditions de
concurrence, nous n’aurions pas eu matière à effectuer l'étude. Ce que l’on
voit surtout dans le secteur, ce sont des modifications incrémentales, à savoir
des petites innovations qui changent le produit. Nous avons décidé d’observer
tout changement délibéré qui a un impact sur la performance des prestataires,
sur le client, pour l’État, et également sur le salarié. Comme nous voulions
comprendre comment le secteur pouvait se transformer, il nous a paru important
d'étudier le point de vue de l’ensemble des acteurs.

La Tribune : Parmi les 10 exemples d’innovations de
votre rapport, certains peuvent paraître étonnants. Sur quels critères les
avez-vous sélectionnés ?
M. J. :
Nous avons repéré et choisi les
innovations sur 3 axes : le contenu, les acteurs du projet et les
conséquences. Notre rapport ne prétend pas être exhaustif. Nous n’avions pas
les moyens dans le projet de recherche de repérer toutes les innovations du
secteur. Nous avons cherché et sélectionné des exemples représentatifs. À un
moment donné, des cas que nous découvrions nous apparaissaient exemplaires. Ils
nous permettaient de mieux comprendre le secteur et apportaient une
connaissance sur la manière dont le secteur pouvait évoluer.

La Tribune : Certains acteurs clés de la profession,
tels que les syndicats et des réseaux comme l’Anper et CER, n’apparaissent pas
dans la liste de vos interlocuteurs. Comment avez-vous choisi les personnes
rencontrées dans le cadre de votre recherche ?
M. J. :
Nous avons mené des entretiens individuels
et collectifs avec différents experts. Grâce à l'étude sur l'approche
socio-économique*, nous disposions déjà d'une base de 100 exploitants, qui nous
a permis de repérer des innovations. Mais nous n'avons pas pu être exhaustif.
Nous avions des contraintes de temps et de ressources financières. Nous citons
différents réseaux dans le rapport et disposions de documentations sur eux.
Quant aux syndicats, nous les avions beaucoup rencontrés dans le cadre de la
première étude1. Il nous a semblé alors qu'ils sont surtout axés sur
la défense de la profession et que l'innovation n’est pas au cœur de leur
démarche. Nous n'avons pas vu tout le monde. C’est vraiment une étude
exploratoire. Nous aurons peut-être l’occasion d’aller plus loin par la suite.

La Tribune : À l’issue de cette étude,
considérez-vous que le milieu de l’auto-école est innovant ?
M. J. :
Comme c'est une étude exploratoire,
notre démarche était avant tout de tenter de voir s’il y avait des innovations
dans le secteur. Et la réponse est oui. De l'extérieur, ce secteur apparaît
comme assez peu innovant. Il en a toutes les caractéristiques : c’est un
secteur atomisé, avec des petites entreprises, à faible profitabilité, très
fortement réglementé par l’État, et le nouveau service n'est pas toujours
souhaité par le client, par exemple la formation post-permis. Mais quand on
analyse finement, on voit des innovations. Cependant, j'ai l'impression qu’il
n'y en a pas tant que ça. Car il existe un certain nombre de freins à
l’innovation.

La Tribune : Qu’est-ce qu’il faudrait pour que le
secteur soit plus innovant ?
M. J. :
Il faudrait améliorer les compétences
métier (par exemple être capable de construire une séquence de formation ad hoc
pour un public particulier) et les compétences gestion (savoir calculer un coût
de revient, savoir rendre une innovation rentable). On peut agir au niveau de
la formation initiale des exploitants. Il faudrait par ailleurs développer la
capacité de management de l’innovation. Les innovations ont souvent des
problèmes de viabilité, donc il faut être capable de gérer un projet, mobiliser
un réseau de personnes et faire vivre le partenariat… Il faut aussi réussir à
démontrer au client les bénéfices de l’innovation sur le long terme (par
exemple qu'il aura moins d’accidents, un meilleur comportement sur la route,
etc.). Ce qui est difficile, surtout pour un service aussi intangible que la
formation à la conduite et à la sécurité routière.

La Tribune : Que va devenir votre rapport ? À
quoi va-t-il servir ?
M. J. :
C’est maintenant aux acteurs de s'en
emparer. Nous espérons avoir produit des connaissances qui leur serviront à
mieux repérer et encourager l'innovation. Ce qui nous a frappé sur le secteur,
c'est le fait qu’il y a peu de milieux de rencontre pour échanger sur l’innovation.
Un syndicat ou un réseau pourrait ainsi organiser une table ronde sur ce thème.
On pourrait créer un prix de l’innovation, soutenir des projets… Nous sommes
prêtes à rencontrer les acteurs pour échanger avec eux. De notre côté, nous
continuerons à travailler sur l’innovation dans ce secteur. Nous serons
attentive dans les années qui viennent aux initiatives qui pourraient naître.
C’est clair que nous n’avons pas repéré toutes les innovations. Nous tendons la
main à la profession, et notamment à vos lecteurs. Qu'ils n'hésitent pas à nous
faire part d’innovations et à nous transmettre leurs expériences.


Propos recueillis par Bérengère Huvey


< !--[if !supportEmptyParas]--> (1) Rapport consultable sur le site de l’Inserr www.inserr.org (rubrique « Base
documentaire », puis « Rapports & études »). Contact :
marianne.abramovici@univ-mlv.frou muriel.jougleux@univ-mlv.fr.
(2) L’étude Approche socio-économique des écoles de conduite rendue
en décembre 2005 (voir
La Tribune des
Auto-Écoles
n° 118) portait principalement sur le département de
Seine-et-Marne. Une deuxième étude, qui n’est autre que la suite du premier
rapport, est en cours de réalisation pour vérifier les données recueillies à
l’échelle de la France entière.


Dans le même thème

Titre Pro ECSR - Étude d’impact sur le transfert de la qualité de certificateur vers l’ANFA
Les organisations représentantes de la profession souhaitant que le Titre Pro ECSR ne soit plus géré par le ministère du Travail mais par l’ANFA, ont mandaté cette dernière pour réaliser une étude d’impact en cas de transfert de la gestion de ce titre.
CPF : explosion des demandes de formations au permis de conduire en 2024
La Caisse des Dépôts a publié le rapport annuel pour l’année 2024 du dispositif Compte personnel de formation (CPF). Quelle part représentent les formations à la conduite et pour quel coût moyen ? Réponses.
Conduite gagnante : La préparation mentale, un atout pour les enseignants et leurs élèves
« Conduite gagnante » ! À l’origine de ce concept, une rencontre entre Jean-Michel Vigié, enseignant de la conduite, puis inspecteur du permis de conduire et Christian Ramos, préparateur mental de sportifs de très haut niveau.