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school Formation — Janvier 2018

Formation accélérée -
Coup d’accélérateur !

À la mode il y a une vingtaine d’années, puis décriée, la formation à la conduite en formule accélérée semble retrouver un certain regain. Simple tendance ou véritable intérêt pédagogique ?


Dans un contexte économique morose, certaines écoles de conduite tentent de trouver des solutions pour faire perdurer leur activité. C’est le cas de Marie Martinez, gérante de plusieurs établissements, dans les Yvelines, qui s’est lancée dans la formation accélérée. La gérante n’y va pas par quatre chemins. « Aujourd’hui, c’est ça qui fait tourner la boutique. »


Donner un cadre aux élèves
Mais le choix de proposer cette formule n’est pas uniquement dicté par un intérêt économique. Selon Marie Martinez, la formation au permis de conduire en accéléré est une vraie réponse adaptée aux besoins des élèves. « Les jeunes d’aujourd’hui sont moins motivés pour passer le permis qu’il y a une vingtaine d’années. Le permis de conduire est moins synonyme de liberté, notamment dans les grandes agglomérations où ils peuvent se déplacer en transports en commun ou faire appel à un service de co-voiturage. Par ailleurs, ils ont moins cette envie de posséder un véhicule que pouvaient avoir leurs aînés. Pour eux, une voiture, ça sert uniquement à se déplacer d’un point A à un point B et ça coûte cher en assurance, en carburant, etc. Du coup, beaucoup viennent s’inscrire à l’auto-école sans grande motivation, commencent la formation, puis ils s’essoufflent vite et disparaissent des écrans radar sans raison valable. On est obligé de les rappeler plusieurs fois pour qu’ils reviennent en cours, parfois sans succès. »
Un constat partagé par Cécile Couturier, présidente du groupe Couturier, installé à Deux, dans l’Eure, et spécialisé depuis 1977 dans les stages de formation à la conduite en accéléré. « Nous avons 10% de stagiaires qui sont des locaux, 80% viennent de région parisienne et 10% du reste de la France. Un certain nombre d’entre eux ont déjà eu une expérience en auto-école. Mais ils déplorent une formation trop longue et décousue parce qu’ils n’avaient pas le temps d’aller en cours régulièrement et que l’auto-école ne les a pas assez cadrés. Beaucoup disent également avoir été déçus par l’absence de suivi dans la formation et une mauvaise organisation. Dans ce cas, il n’est pas difficile de rectifier le tir. Lors d’un stage, ils sont uniquement concentrés sur leur formation. Il suffit d’avoir de bonnes consignes et de travailler efficacement pour s’en sortir. Les élèves sont souvent étonnés de voir la rapidité à laquelle ils intègrent des acquis et ils reprennent confiance en eux. Nous ne sommes pas des faiseurs de miracles, mais nous nous occupons avec bienveillance des gens qui viennent chercher un encadrement. » Armel Lebié, président du réseau INRI’S qui a fait de la formation en accéléré son fer de lance, confirme l’intérêt de ce suivi pédagogique. « J’ai mis en place ce type de formation en 2010 suite aux difficultés rencontrées pour former des élèves qui n’étaient pas disponibles. Certes, cela peut paraître long de bloquer deux semaines pour suivre une formation et plus cher en prix facial. Mais au final, cela prend moins de temps que si l’on opte pour une formation classique et on arrive quasiment au même coût. Avec le stage, il y a une date de début et une date de fin. Du coup, l’élève n’a pas le temps de perdre ses acquis et l’on voit véritablement sa progression. Pour moi, c’est la meilleure formation possible, que ce soit en termes d’efficacité et de rapidité. »


Une formule adaptée à tous les élèves ?
Si la formation en accéléré semble être la panacée, cette formule convient-elle à tout le monde ? Sur ce point, Cécile Couturier est claire : « Parmi les personnes qui viennent pour s’inscrire, il y a un faible pourcentage pour qui la formule en accéléré n’est effectivement pas faite pour eux. La formation en accéléré permet de ne pas oublier ce que l’on vient de voir, mais il faut que le stagiaire ait une certaine capacité à digérer vite ce qui a été vu afin de l’appliquer tout de suite et d’aborder d’autres compétences. Nous voyons tout de suite lors du test d’évaluation de départ lorsqu’une personne est trop lente. L’évaluation est faite de telle manière que l’évalué doit pouvoir progresser durant cette demi-heure de test. Si tel n’est pas cas, nous lui déconseillons la formation en accéléré car il va vite être perdu. Certaines personnes sont plus lentes que d’autres, cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas intelligentes, mais il leur faut plus de temps pour intégrer les informations. »


Des formules diverses
La formation en accéléré ne dispense pas de faire passer le test d’évaluation de départ. En effet, comme pour les formations classiques, ce dernier permet d’évaluer le niveau du futur élève et de lui proposer la formule la mieux adaptée à son cas. Car il y a plusieurs profils d’élèves : ceux qui ont déjà passé et obtenu leur Code et ne viennent que pour apprendre la pratique, ceux qui viennent pour le Code et la pratique et n’ont aucune expérience de la conduite et enfin, ceux qui ont déjà suivi plus ou moins longtemps une formation classique qui s’est avérée non fructueuse pour différentes raisons. Des établissements de formation à la conduite proposent donc des stages pour passer le Code, généralement en trois jours. Puis, une fois celui-ci obtenu, un second stage pour la pratique qui va de 5 à 15 jours en fonction du niveau de l’élève. Mais la plupart des écoles de conduite proposent un stage incluant le Code et la pratique. « Nous enseignons la théorie et la pratique en même temps, car cela permet d’appliquer tout de suite la théorie à la pratique, explique Edwige Blanchard, directrice générale du centre de formation Blanchard, spécialisé dans la formation en accéléré et implanté à Dreux, dans l’Eure. Par ailleurs, c’est une façon de varier l’apprentissage car une personne ne peut pas rester concentrée éternellement. On alterne donc les cours de Code en salle et la pratique en voiture. Le Code est dispensé par un enseignant de la conduite qui explique et corrige systématique chaque question et dynamise le groupe pour conserver son attention. Quant aux cours en voiture, ils ne peuvent dépasser deux heures comme l’exige la législation. De toute manière, cela n’aurait aucun sens de faire rouler un élève pendant trois heures. Mieux vaut faire des séances d’une heure, faire un point sur sa conduite et le laisser digérer en passant à autre chose. Par contre, nous tenons absolument à ce que l'élève soit formé du début à la fin avec le même enseignant. Cela permet de mieux suivre sa progression. Quand l’élève est prêt, on lui fait passer un examen blanc avec un enseignant dédié aux examens blancs qui joue le rôle de l’inspecteur. Le but consiste à mettre l’élève en situation réelle d’examen avec une personne qu’il ne connaît pas et qui ne le materne pas comme peut éventuellement le faire son enseignant lors de la formation. Si l’élève réussi son examen blanc, on l’inscrit à l’examen. » Autre particularité du centre de formation Blanchard, les stagiaires qui habitent loin du centre ont la possibilité d’opter pour la formule internat. « Nous travaillons avec une résidence privée dans le centre de Dreux, explique Clémence Gérard, responsable de la communication, pour que les stagiaires puissent se reposer dans de bonnes conditions durant leur formation. Chaque matin, une navette vient les chercher pour les emmener au centre et les ramènent le soir à la résidence. » Pour sa part, le centre de formation Couturier propose une formule similaire avec un bâtiment directement implanté sur le site de la formation.


De meilleurs taux de réussite
Reste la question de savoir si ces conditions d’apprentissage optimales ont une influence positive sur le taux de réussite. Sur ce point, tous sont unanimes. Le taux de réussite est globalement supérieur à celui constaté en cursus traditionnel. Même si Cécile Couturier constate avec regret que le taux de réussite a légèrement baissé avec les années. « Les résultats sont là, mais on a dû faire un chemin pour accepter que les jeunes d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes que les jeunes d’il y a vingt ans et que les taux de réussite sont un peu moins bons. Mais l’on ne peut pas non plus mettre trop de pression pour ne pas tomber dans l’effet désiré inverse, à savoir les bloquer dans leur apprentissage. »



En conclusion, la formation
en accéléré serait-elle la formule idéale pour apprendre à conduite ? Si ce type de formation présente de nombreux atouts, Cécile Couturier reste pragmatique. « Plus que la forme, c’est le fond qu’il faut changer dans l’apprentissage. Il ne suffit pas d’aller vite, il faut former son personnel pour que ce dernier transmette des comportements que l’élève va continuer à appliquer une fois qu’il aura décrocher son permis. Si l’on a cette même logique de qualité en formation traditionnelle, je pense que l’on peut obtenir des résultats aussi bons. »


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