La morosité, ce n’est pas pour Sid Si-Djilali. Dans le cerveau du gérant de l’auto-école Montaigne à Mulhouse, dans le Haut-Rhin, les idées fusent à la vitesse d’une formule 1 pour développer sa petite entreprise qui ne semble pas connaître la crise.
Rendez-vous est pris en gare de Mulhouse. Sid Si-Djilali arrive tout sourire. Direction, l’auto-école Montaigne judicieusement située dans le centre de Mulhouse. Le temps de faire connaissance avec ce jeune quinqua dynamique, gérant de quatre écoles de conduite installées à Mulhouse et ses environs. Après un parcours un peu atypique, il est embauché et prend des parts dans l’auto-école Carly en 1996, avant de devenir responsable pédagogique. « C’est là que j’ai tout appris du métier », confie reconnaissant Sid. Mais l’homme est un battant et a des envies d’indépendance. Si bien qu’en 2011, il se lance sur la grille de départ et créée sa propre auto-école.
L’emplacement, un choix stratégique
L'établissement est baptisé Montaigne, du nom du lycée qui se trouve juste en face. Car si Sid Si-Djilali est un fonceur, il n’en est pas moins stratège. Tout est mûrement réfléchi et analysé avant de prendre une décision. « Le choix de l’emplacement est primordial, explique-t-il. C’est pourquoi j’ai ouvert un autre local à Mulhouse dans le quartier de la Fonderie. Nous sommes situés juste en face de la fac et si pour le moment, il n’y a pas grand-chose d’autre, le quartier va bientôt accueillir une pépinière de start-up dans les bâtiments de l’ancienne fonderie actuellement en pleine réhabilitation. »
Un autre local a été ouvert à Altkirch, pour être proche du centre d’examen pratique. Enfin, le siège social implanté à Illfurth accueille aussi des élèves et l'ouverture d'une nouvelle agence est prévue à Dannemarie. « C’est important d’avoir des points d’implantation dans des petites communes rurales car tous les élèves n’habitent pas en ville et ne peuvent pas forcément se déplacer facilement puisque par définition, ils n’ont pas encore le permis. »
Une décoration résolument moderne
Mais revenons aux deux établissements installés dans Mulhouse. Ce qui frappe en entrant, c’est la décoration. Une immense photo à la composition un peu abstraite habille le mur blanc derrière le bureau. Et c’est à peu près tout. Une volonté du gérant qui explique : « Je ne voulais pas des posters de panneaux routiers et des affiches de prévention routière que l’on voit habituellement dans les auto-écoles. Je voulais donner une autre image, plus moderne. Je voulais donner envie aux élèves de venir à l’auto-école ».
La technologie au service de la pédagogie
Mais la modernité ne passe pas uniquement par la décoration. Loin de là. Sid Si-Djilali a investi dès l’ouverture en 2011 de l’auto-école Montaigne dans un simulateur de conduite.
« J’ai fait venir un simulateur de chaque marque pour les comparer. Et aujourd’hui, je suis équipé d’un simulateur Develter car je trouve que c’est ce qui se fait de mieux en termes de qualité d’image et de pédagogie. » Le local est également équipé d’ordinateurs sur lesquels les élèves peuvent venir s’entraîner dès qu’ils ont un moment. Évidemment, les résultats sont collectés et lorsque les élèves sont prêts à passer l’ETG, ils peuvent accéder à des tablettes installées dans un autre coin du local pour s’essayer à des examens blancs et ne pas être déroutés le jour fatidique par l’utilisation de la tablette. « Nous sommes ouverts entre midi et quatorze heures, souligne Sid. C’est rare en province et cela demande une certaine organisation au niveau du personnel, mais ça permet aux étudiants qui n’ont pas cours pendant l’heure du déjeuner de venir s’entraîner. Il faut savoir comprendre les besoins des clients et leur apporter des solutions adaptées. »
Mais si les jeunes sont demandeurs de flexibilité dans les horaires et de nouvelles technologies, il n’est cependant pas question de faire totalement l’impasse sur les cours pélagiques en salle avec un moniteur. Des sessions sont donc organisées régulièrement à Mulhouse-Fonderie. Cet ancien centre de dialyse a été entièrement refait pour accueillir un local flambant neuf. Des ouvertures ont été effectuées dans les murs extérieurs pour remplacer les petites fenêtres par de grandes baies vitrées laissant entrer la lumière. Enfin, une salle a été aménagée et équipée pour animer des cours. Et lorsqu’elle n’est pas utilisée pour l’activité auto-école, Sid la loue à des sociétés pour animer des réunions.
L’ANTS attise les critiques
Car dans ce tableau qui pourrait paraître idyllique, tout n’est pas rose. À l’instar des autres écoles de conduite du département, les auto-écoles de Sid se bagarrent plus ou moins avec le système de l’ANTS. « C’est un bon produit, mais il est mal géré. Et si nous sommes un département pilote, nous souffrons d’un manque de communication avec l’ANTS. Certes une réunion d’information a eu lieu. Tout le monde était là, les auto-écoles, les inspecteurs, les représentants de l’administration, mais personne de l’ANTS. Et lorsqu’on les appelle, c’est toute une histoire pour arriver à les joindre. Comment voulez-vous que l'on puisse travailler correctement ? »
Autre sujet d’agacement : les délais d’obtention de places d’examen. « Grâce à la privatisation de l’ETG, ça va mieux. Mais c’est après que ça coince, au niveau de l’examen pratique. » Du coup, le gérant ne s’en cache pas : « Je suis pour la privatisation des examens pratiques ».
Se diversifier pour être rentable
En attendant des jours meilleurs, Sid mise sur la diversification de l’activité. « Je ne me contente pas de louer la salle de Code à des sociétés pour des réunions interne, je propose de la sensibilisation aux risques routiers. » Ainsi, après leur réunion, les salariés des entreprises peuvent revoir leurs connaissances lors d’un cours en salle et sur le simulateur de conduite qui équipe également l’auto-école Mulhouse-Fonderie. Mais Sid a encore un tour dans son sac. En marge de l’activité purement auto-école, il a investi dans deux simulateurs de conduite Ellip6. Montées sur des vérins hydrauliques et dotés de sièges baquets, les machines plus vraies que nature permettent de s’entraîner au pilotage comme si vous étiez sur un circuit de F1 ou dans une course de WRC. Bluffant. Pour preuve : sur une même course, la pilote Margot Laffite a fait quasiment le même temps sur le simu que sur circuit. « J’ai pris deux machines pour permettre de faire des courses à deux. C’est un bon moyen de se défouler entre amis autrement que sur la route. » Et un bon moyen de rentabiliser les locaux en diversifiant l’activité ! Décidément, Sid à toujours une vitesse d'avance.
Sandrine Ancel