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campaign Syndicats — Novembre 2017

- Congrès UNIC -
Sous le signe de la colère

Le congrès de l’UNIC s’est tenu les 3 et 4 novembre, à Valenciennes, dans le Nord. Une 14e édition marquée par de fortes craintes quant à l’avenir de la profession.


L’an dernier, le moral était en berne lors du congrès d’Agen. Cette année, à Valenciennes, les congressistes n’avaient toujours pas la frite. En cause, une situation économique difficile et des perspectives d’avenir incertaines.
« Tous les deux jours environ, une auto-école met la clé sous la porte ». Cette déclaration en guise de préambule de Philippe Colombani, président de l’UNIC, donne le ton. Dans le viseur, les auto-écoles qui flirtent avec l’illégalité et les casseurs de prix qui sapent la profession.


La dématérialisation sur la sellette
En cause également la mise en place de la dématérialisation des Cerfa 02 et 06. Si l’UNIC n’est pas foncièrement apposé à cette évolution, le syndicat demandait que la date de généralisation fixée au 6 novembre 2017, soit reportée tant que le système n’était pas au point. Il est vrai que quelques jours avant le lancement officiel, nombre de congressistes constataient encore divers dysfonctionnements. Sur ce point, Pierre Ginefri, sous-directeur à l’Éducation routière a souligné que nombre de problèmes avaient été résolus depuis la mise en test du système en avril dernier. Mais il a également reconnu : « Il y aura certainement encore des bugs après le 6 novembre, mais on les arrangera ». Cette réponse n’a pas du tout rassuré les congressistes et encore moins Philippe Colombani qui a haussé le ton : « À entendre les remarques dans la salle et à lire les commentaires sur les réseaux sociaux, il y a visiblement un problème. On ne peut pas entendre que ça va marcher parce que les auto-écoles ne peuvent pas être la variable d’ajustement. Cette profession n’a pas de chance car elle a toujours été utilisée pour faire le tampon entre les clients et l’administration. L’économie de nos sociétés en dépend. Vous jouez avec l’économie de nos entreprises et ce n’est pas tolérable. Ou alors, que l’administration nous donne une indemnisation. » De son côté, Emmanuel Barbe, délégué à la sécurité routière, a également reconnu que la période était compliquée pour les établissements de formation à la conduite. « Il y a des bugs, c’est énervant, mais nous allons y arriver. » À l’instar du congrès CER qui s’était déroulé la semaine précédant le congrès de l’UNIC, le délégué à la sécurité routière a présenté ses excuses aux congressistes et les a remerciés pour leur patience.


Une adaptation nécessaire au monde moderne
Constater les dégâts est une chose, trouver des solutions en est une autre. Car les dysfonctionnements liés à l’ANTS ne sont pas les seuls sujets de mécontentement. La concurrence des auto-écoles en ligne catalyse également la colère des écoles de conduite traditionnelles. Dans le viseur notamment, Ornicar qui possède un agrément à Nantes, mais propose les services d’enseignants auto-entrepreneurs dans une grande partie de la France. Sur ce point, Emmanuel Barbe est resté inflexible. « La législation n’est pas claire, mais je ne peux pas prendre un arrêté qui serait ouvertement contre une partie des auto-écoles. On ne lutte pas contre le progrès avec de la réglementation qui serait perçue comme du protectionnisme d’un monde ancien. Ce modèle-là (ndlr : les auto-écoles traditionnelles) peut vivre, mais il doit s’adapter. » Cette adaptation passe par une meilleure utilisation d’Internet et des outils et/ou des méthodes de pédagogiques modernes qui permettent de concilier qualité de la formation et rentabilité de l’entreprise, comme l’intégration des simulateurs de conduite et les cours collectifs dans la formation initiale. Le délégué de la sécurité routière a par ailleurs précisé qu’une réflexion était actuellement menée sur « le modèle collectif pour mettre en place une formation post-permis ».


Certification et labellisation pour une meilleure reconnaissance
Cette évolution des écoles de conduite passe également selon Emmanuel Barbe par une reconnaissance de la qualité des enseignements reconnue par le référencement à Datadock (qui sera bientôt obligatoire pour proposer les formations de 7 heures, le permis à 1 euro par jour, etc.) et par une certification obtenue par les auto-écoles répondant aux critères d’un référentiel qualité.
« Cette certification qui devrait être gratuite sera vérifiée par les inspecteurs du permis de conduire qui effectueront des contrôles dans les auto-écoles. » Un point qui n’a pas enchanté les congressistes, mais qui n’est pas le seul à faire l’objet de contestations. En effet, le cahier des charges de la certification proposée par l’État et qui est en attente de validation par le CNEFOP, prévoit que les écoles de conduite publient leurs taux de réussite et indiquent le nombre d’heures de conduite moyen par élève.
Pour ce qui est de l’affichage du taux de réussite, l’UNIC à l’instar des autres syndicats représentants de la profession y est farouchement opposé. Par contre, Philippe Colombani s’est dit ne pas être foncièrement contre le fait de devoir déclarer le nombre moyen d’heures de cours pris par élève « si cela peut permet de lutter contre les enseignants qui fonctionnent en mode RMP », comprendre « Roule ma poule ». En effet, le président de l’UNIC déplore que certains moniteurs ne soient pas assez pédagogues dans la voiture et se contentent de rouler pendant l’heure de conduite sans dispenser de véritables conseils et critiques qui permettent à l’élève d’évoluer rapidement. « À force de travailler sur les niveaux supérieurs de la matrice GDE, on a presque oublié les niveaux inférieurs. Et sur ce point, estime Philippe Colombani, la certification de l’État peut changer à moyen terme la façon de travailler de l’ensemble de la profession. En tout état de cause, il est toujours intéressant de prendre le temps de se remettre en question. »


Se battre avec les mêmes armes que les plateformes
De se remettre en question pour comprendre les évolutions de la société et trouver des solutions pour faire évoluer sa façon de travailler. « Les plateformes nous font du mal ? Alors, battons-nous avec les mêmes armes qu’elles ! », s’est exclamé le président de l’UNIC. En effet, en rachetant HelloPermis, l’UNIC possède désormais un outil fort intéressant. À l’origine, ce site Internet n’était qu’un annuaire d’auto-écoles. Puis, HelloPermis a évolué pour devenir une plateforme. Philippe Colombani a profité de la tenue du congrès pour ouvrir le débat avec les adhérents sur l’avenir d’HelloPermis désormais propriété de l’UNIC. Certes, le site permet aux adhérents de l’UNIC d’avoir une page personnelle pour présenter leur activité au travers de texte, photos et vidéos en 3D, mais la question est de savoir si le site doit être réservé aux seuls membres de l’UNIC ou s’ouvrir à toute école de conduite qui veut s’y inscrire. Pour Philippe Colombani, il faut effectivement ouvrir le site à toutes les auto-écoles qui le souhaitent afin d’offrir aux internautes un vrai panorama de l’offre auto-école et ainsi devenir pour un jeune, un outil incontournable pour choisir son futur établissement. Reste à définir les fonctionnalités qui seront proposées par la plateforme. Inscription en ligne ?
Planning en ligne ? E-learning ? Avis certifié des élèves ? Listes d’aides au financement du permis de conduire ? Autant d’options sur lesquelles les adhérents de l’UNIC n’ont pas encore tranché. Mais qui prouvent que si les écoles de conduite n’ont pas le moral, elles n’ont cependant pas dit leur dernier mot.
S. A.



L’impact de la voiture autonome sur l’avenir des auto-écoles
Une réflexion a été menée lors d’une table ronde sur la voiture autonome et sur son impact sur la formation à la conduite à plus ou moins long terme. Dans un premier temps, Éric Demazoin, gérant auto-école et intervenant à l’Université d’Aix-en-Provence, a défini la notion de voiture autonome, à savoir un véhicule bardé d’électronique et connecté aux autres véhicules afin d’automatiser la conduite sans nécessiter l’intervention d’un conducteur. Il existe six niveaux qui vont de la maîtrise entière du conducteur sur la conduite à la non-intervention totale de ce dernier. Pour l’heure, les véhicules neufs proposent déjà des fonctionnalités de conduite autonome (régulation de la vitesse, maintien des distances avec le véhicule qui précède ou de la trajectoire dans une file…) et techniquement les constructeurs seront prêts très rapidement. Si ce n’est que des freins existent encore, ne serait-ce qu’au point de vue de la législation car pour l’heure, la convention de Vienne de 1968 prévoit que tout véhicule doit avoir un conducteur qui reste maître à bord, et par conséquent responsable en cas d’accident.
« Mais ce texte est en train de changer ».


Des changements inéluctables, mais encore flous
Emmanuel Barbe s’est quant à lui interrogé sur la communication des véhicules autonomes avec les autres usagers de la route tels que les piétons, les vélos, etc. « On voit bien qu’il va y avoir des mutations sur l’enseignement la conduite, mais on ne sait pas trop comment, ni quand. » Le délégué à la sécurité routière a cependant précisé que des réflexions étaient actuellement menées en Europe au niveau de la Commission européenne.
« Dans 30 ans, notre métier actuel n’existera plus », estime Éric Demazoin. Il va donc falloir faire évoluer l’enseignement de la conduite en se posant des questions précises, a souligné Sandra Carasco, représentante de l’UNIC en Gironde : « La voiture autonome va-t-elle rendre obsolète les évolutions récentes portant sur le PNF et le REMC ? Que vont devenir les formateurs à la conduite et le Titre Pro va-t-il devoir changer ? Quid de l’examen du permis de conduire ? » Autant de questions cruciales pour lesquelles il est impossible de répondre aujourd’hui, mais qu’il faut garder en tête.
Enfin, Alain Griset, ancien responsable syndical dans le secteur du taxi et aujourd’hui président de l’U2P, a élargi le débat au niveau de la société toute entière. « La technologie opère un vrai changement des comportements humains. Tenter de combattre cette évolution est du temps perdu car on ne va pas revenir en arrière. Mais il faut être actif de ce changement car soit la technologie nous écrase, soit on l’utilise à notre profit. C’est ce qui s’est passé dans le secteur des taxis que je connais bien. Uber n’a pas inventé un nouveau métier, il a simplement utilisé la technologie, à savoir Internet pour mettre en relation le client et le chauffeur. C’est ce qui a été la force majeure des VTC par rapport à la majorité des taxis. Jusqu’à ce que les taxis se dotent eux-aussi d’une plateforme commune pour mettre en relation l’offre et la demande. La vraie question à se poser sur l’évolution apportée par la technologie est de savoir si l’on est d’accord pour changer de société. Les GAFA (ndlr : cet acronyme désigne les quatre entreprises les plus puissantes du monde de l'Internet, à savoir : Google, Apple, Facebook et Amazon) pensent que l’on n’aura plus besoin des humains puisque les robots pourront faire la plupart des métiers d’aujourd’hui. Dans ce cas, quel sera le rôle de l’homme sur terre ? Le travail n’est-il pas un élément fondamental de l’être humain ? Pour revenir à la voiture autonome, je ne suis pas certain que beaucoup d’hommes soient prêts à monter dans une voiture sans chauffeur. Mais la technologie avance vite et la voiture autonome sera prête d’ici une quinzaine d’années. Autant dire demain ! Ce pourquoi ce temps doit être utilisé par chacun pour réfléchir sur l’évolution qu’il souhaite pour la société ». À méditer activement.


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