Dans un contexte où les liquidations judiciaires d’établissement se multiplient, La Tribune des Auto-Écoles fait le point sur l’état du marché des écoles de conduite.
Ces derniers mois, plusieurs liquidations judiciaires ont touché des établissements d’enseignement de la conduite. Sans entrer dans le détail de situations particulières, on peut légitimement s’interroger sur l’état actuel du marché auto-école.
Selon l’étude réalisée par l’ANFA (Association nationale pour la formation automobile) et publiée en janvier 2017, le secteur de l’enseignement de la conduite comptait 10 800 entreprises en 2014 (source Insee). Le nombre d’établissements a progressé de 26% entre 2007 (8 590 entreprises) et 2014 (10 829). Cette hausse peut s’expliquer par deux raisons principales. Tout d’abord, le volume de l’activité s’est accru (augmentation du nombre de permis B passés, du moins jusqu’en 2015). D’autre part, l’accès à la profession a été simplifié à partir de 2011, avec la fin de l’exigence d’une expérience professionnelle de 2 ans pour devenir gérant. Mais aujourd'hui, le marché est-il toujours prêt à accueillir de nouveaux venus ?
Un contexte économique général morose
Selon Patrick Mirouse, président de l’UNIDEC, le marché des auto-écoles est touché par l’ambiance de crise générale qui sévit en France. « On constate à l’heure actuelle une baisse de l’ordre de 15 à 20% de l’activité auto-école, surtout dans les grandes villes ».
Même constat pour Philippe Colombani, président de l’UNIC, qui souligne que « depuis novembre/décembre 2016, l’activité et le chiffre d’affaires des auto-écoles ont chuté. Il y a davantage de moniteurs qui cherchent du travail que de gérants qui souhaitent embaucher. Le discours médiatique sur le permis jugé trop cher a sans doute fini par convaincre le grand public. Certaines auto-écoles choisissent toujours de casser les prix, alors que les charges augmentent. Attirer des clients avec des tarifs plancher est un engrenage fatal qui explique bien des faillites ».
Et si les auto-écoles « en ligne » misent également sur des tarifs low-cost, tout en consacrant une large part de leur budget à la publicité et la communication, il reste à s’assurer de leur pérennité économique sur le long terme…
Baisse de la demande de permis en 2016
Si le nombre de demandes de permis de conduire (dossiers Cerfa 02) avait atteint son point culminant en 2015 (1 287 335 demandes tous permis confondus contre 1 216 548 en 2014, et 1 054 791 demandes pour le seul permis B contre 977 083 en 2014), il a de nouveau diminué en 2016 (1 232 186 demandes tous permis confondus/985 685 pour le permis B). Rien d’alarmant cependant selon Pierre Ginefri, sous-directeur de l’Éducation routière, qui considère que « les inscriptions sont très cycliques selon les années », ce que confirme la courbe de l’évolution du nombre de demandes de permis B depuis 2012, qui comprend une alternance de hausses et de baisses.
Attentisme des jeunes pour passer le permis
Autre cause pouvant expliquer la chute d’activité des écoles de conduite : les élèves sont de moins en moins motivés pour passer le permis, à moins d’en avoir absolument besoin. La « culture » de la voiture n’est plus prédominante, les jeunes semblant moins passionnés par l’automobile qu’auparavant. Posséder un véhicule n’apparaît plus forcément indispensable, du moins dans les grandes villes, riches en solutions de mobilité alternatives (développement des transports en commun et des transports de type Uber ou Heetch…).
Conserver l’inscription au Code
Une autre évolution est à prendre en compte. En effet, un élève peut désormais se rendre directement sur le site Internet d’un opérateur agréé (Bureau Veritas, Dekra, La Poste, Pearson Vue et SGS) pour s’inscrire à l’épreuve du Code, choisir son lieu et son heure d’examen et régler les 30 euros exigés. Deuxième solution, déléguer cette démarche à l’auto-école à laquelle il paie les frais d’examen. Plutôt que de laisser les élèves se débrouiller seuls pour l’inscription à l’ETG, ce qui pourrait être considéré comme un gain de temps pour l’école de conduite, cette dernière a sans doute intérêt à conserver cette inscription, sans quoi les élèves n’auront plus aucun intérêt à passer par la case « auto-école » pour le Code !
Des frais d’accompagnement limités
Enfin, pour Patrice Bessone, président du CNPA-ER, dans un contexte déjà morose, l’encadrement des frais d’accompagnement à l’examen pratique – ils ne peuvent excéder les prix appliqués par l’établissement pour des durées de formation déterminées, par exemple 1 heure pour le permis B – « entraîne une perte financière non négligeable pour les écoles de conduite. Le CNPA a engagé une action en justice devant le Conseil d’État afin d’obtenir l’abrogation du décret du 1er décembre 2015 relatif à l’encadrement de ces frais. Le jugement est en attente. Nous avons préconisé des frais correspondant à un plafond de 2 heures de formation par candidat.
C. S.