Dans le cadre de sa politique de prévention, le groupe Macif a proposé des stages de remise à niveau et de perfectionnement de la conduite à destination des personnes malentendantes ou sourdes.
Six millions. C’est, selon la Fédération nationale des sourds de France, le nombre approximatif de sourds et malentendants dans l’Hexagone. Mais si l’on estime que les sourds et malentendants représentent environ 9% de la population française, il est très difficile de savoir combien de ces personnes ont leur permis de conduire. Outre le fait qu’il est interdit de stigmatiser dans les statistiques des personnes présentant telle ou telle caractéristique, les sourds manquent souvent de structures adaptées à leur handicap. Ainsi, « les auto-écoles qui proposent des cours en Langue des Signes Française (L.S.F.) se comptent sur les doigts de la main », souligne Jacky Rabot, directeur de l’auto-école associative Aris, à Paris. On estime à environ cinq établissements proposant un enseignement adapté à ce public, en France. Et lorsque le candidat est prêt à passer l’examen, « il faut prévoir des sessions spéciales, avec un traducteur en langue des signes », précise Jacky Rabot. Cela demande une certaine organisation, ce qui explique que rares sont les formations post-permis prévues pour les sourds et malentendants.
Une formation théorique et pratique gratuite
L’opération du groupe Macif développé avec l’association Sourdine constitue donc une première. En effet, du 14 septembre au 5 octobre 2017, des stages de remise à niveau ont été organisés gratuitement dans 4 villes (Lyon, Toulouse, Paris-Marne la Vallée et Poitiers). Ces formations destinées aux personnes sourdes et malentendantes (adhérentes ou pas à la Macif), se déroulaient sur une demi-journée.
Une première partie était consacrée à la théorie. Ainsi, pendant trente minutes, les stagiaires étaient invités à passer un test portant sur 10 questions du Code extraites du support pédagogique développé avec ENPC qui présente en inclusion la traduction en L.S.F. À la fin du test, une correction était proposée avec un enseignant de la conduite et un traducteur.
Puis, trois heures étaient consacrées à des exercices sur circuit permettant d’aborder les problèmes de perte d’adhérence, la nécessité de respecter les distances de sécurité ou encore de travailler sur le freinage d’urgence.
« Nous souhaitons notamment sensibiliser les stagiaires aux risques dus à l’utilisation des smartphone et autres tablettes au volant, affirme Marie-Christine Chardon, responsable du pôle Prévention du groupe Macif. Les sourds et les malentendants utilisent beaucoup ces distracteurs au volant car c’est leur moyen de communication majeur. C’est pourquoi nous avons prévu des exercices de freinage d’urgence avec et sans distracteurs pour leur faire prendre conscience des modifications du temps de réaction. » Force est de constater que le message est passé. « C’est incroyable le nombre de mètres que l’on peut parcourir en plus, le temps de lâcher le smartphone pour réagir ! », remarque un stagiaire, avant de confier « j’avais tendance à l’utiliser souvent en conduisant sans me rendre compte que ça pouvait être dangereux à ce point. ».
Au total, 120 personnes ont pu bénéficier de cette formation. Mais compte tenu de l’intérêt porté par les stagiaires, Marie-Christine Chardon envisage de développer de nouvelles sessions pour toucher un plus vaste public.
S. A.