Outre la nouvelle méthode de répartition des places d’examens, les dernières déclarations gouvernementales mettent les auto-écoles des Pyrénées-Atlantiques dans une position bien inconfortable… Un malaise qui ne perturbe heureusement pas leur volonté de bien faire.On en rêve un peu toute l’année : de vastes plages aux vagues toniques, de grandes tablées réunies autour d’un bon cassoulet, d’accents chantants et d’ambiances festives… Mais le Pays Basque de carte postale ne résistera pas à ce reportage sur les auto-écoles. Car les enseignants de la conduite d’ici n’échappent pas à l’inquiétude qui prévaut au niveau national.
On s’en rend compte assez rapidement auprès de Michèle Cordiez. Non que cette gérante soit négative – elle exerce ce métier depuis 28 ans, c’est dire si elle y croit ! – , mais elle se demande de quoi demain sera fait. En d’autres termes, à quelle sauce les auto-écoles seront mangées ?
Ces questions ne se posaient pas quand elle a ouvert son premier établissement dans le petit Bayonne, en 1982. À l’époque, « le marché et le quartier étaient dynamiques », se rappelle-t-elle. Puis, au bout de seize années de « très bons bilans », la situation s’est dégradée. « Le quartier périclitait, raconte Michèle Cordiez. Les logements devenaient insalubres, c’était de plus en plus mal fréquenté, les commerces fermaient les uns après les autres… La mairie avait prévu de réhabiliter cette zone et de la redynamiser, mais il aurait fallu attendre dix ans. »
Trop longtemps pour tenir à bout de bras une petite entreprise comme une auto-école. Alors Michèle Cordiez a préféré déménager. Elle a finalement déniché un emplacement idéal, dans Bayonne, à proximité de deux lycées importants. Et, elle a très vite lancé la formation deux-roues pour développer sa clientèle potentielle. Sa décision a été salutaire : de deux moniteurs, elle est rapidement passée à son équipe actuelle, composée d’une secrétaire et de cinq moniteurs.
LA FORMATION MOTO POUR ÉTOFFER LES INSCRIPTIONSVisiblement, ajouter à la carte le permis moto a également été un tournant important pour cette gérante très énergique. « Ce permis se développe bien, indique Michèle Cordiez. Pourtant, je ne suis pas diplômée pour la moto. Mais tous les moniteurs sont motards et ils s’entendent bien. Comme ils roulent en deux-roues par passion, ils proposent une vraie formation moto, ainsi qu’une véritable formation au BSR. Ils estiment d’ailleurs qu’il faudrait créer un petit examen pour les jeunes qui veulent conduire un scooter. »
Si la gérante regrette de ne pas pouvoir contrôler plus le travail de ses moniteurs pour ce qui est de la formation des deux-roues, elle se rattrape sur le reste du travail d’équipe. Car, si elle assure « les trois-quarts des leçons de Code, parce qu’(elle) tient à garder (son) taux de réussite », l’enseignement pratique est exercé en coordination. « Chez moi, explique-t-elle, il n’y a pas de moniteur attitré. Il est très fréquent qu’un élève comprenne avec un enseignant ce qu’il n’avait pas compris avec un autre. Par conséquent, les élèves tournent en permanence et nous les suivons grâce à une fiche de liaison remplie à chaque leçon. » Tous les mois, l’ensemble des moniteurs se réunissent pour dresser ensemble la liste des apprentis conducteurs prêts à passer l’examen. En complément de l’avis favorable des moniteurs, la gérante prend les élèves en leçon, pour contrôler leur niveau.
PRÉSENTER DES ÉLÈVES PRÊTS NE SUFFIT PASMais cette attention ne suffit pas toujours, même si elle a encore été renforcée depuis l’application de la nouvelle méthode de répartition des places d’examens. « Nous faisons très attention au niveau des élèves que nous présentons à l’examen, pour éviter de perdre des places, confirme Michèle Cordiez. Pourtant, la semaine dernière par exemple, nous avons eu de mauvaises surprises. Nous avions des élèves de très bon niveau. Malheureusement, ils ont atteint des sommets de stress et ont perdu tous leurs moyens. Le jour de l’examen, ils étaient méconnaissables. Ça n’arrive pas souvent, mais quand ça arrive, on remet tout en question pour que ça ne se reproduise pas ! » En attendant, il faudra attendre trois semaines à un mois pour permettre à ces candidats recalés d’obtenir une place et de repasser l’examen.
Ces délais d’attente ne sont pas le seul souci de Michèle Cordiez. Au quotidien, cette gérante, pourtant battante, a l’impression que son métier perd de son aura et de sa valeur auprès du grand public. « Les jeunes sont de plus en plus difficiles, explique-t-elle. Aujourd’hui, ils viennent par contrainte, et en consommateurs. On le sent dans la gestion des plannings : ils ne veulent pas le matin parce que c’est trop tôt, pas l’après-midi parce qu’il y a foot ou danse… Mais nous ne sommes pas des prestataires de service, nous dépendons en grande partie de l’administration et nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons. Mais les parents ne le comprennent pas : ils paient, donc ils veulent des résultats. Surtout, il faudrait retirer le mot « école » de la dénomination « auto-école », car cela laisse penser à nombre de personnes que notre prestation devrait être gratuite. »
Sceptique et inquiète, la gérante et ses salariés ont fait grève pendant une semaine et tous se sont rendus à Bordeaux le jeudi 13 mars pour participer à la manifestation nationale des écoles de conduite et défendre leur profession. « Tout le monde est inquiet aujourd’hui, explique-t-elle. Les inspecteurs parce qu’ils ont peur d’être privatisés, les moniteurs parce qu’ils ne savent pas ce que leur réserve l’avenir. Moi aussi, j’ai peur que l’on disparaisse. Si on nous enlève la formation au le Code, on nous enlève ce qui génère du bénéfice dans notre activité. Certes, je suis consciente qu’il faut moderniser l’examen, mais pas n’importe comment. Je serais favorable à la généralisation d’un contrôle continu comme cela se pratique actuellement dans le cadre de la conduite accompagnée. Quoiqu’il en soit, j’aimerais bien inviter quelqu’un du ministère à passer une journée avec moi, pour qu’il prenne conscience de la réalité du terrain. À l’heure actuelle, on a l’impression qu’ils sortent des idées de réforme sans savoir comment ça se passe en réalité. »
PERPÉTUER L’ACTION D’UNE ENSEIGNANTE PASSIONNÉEPour Michel Renard, gérant d’Annette et Michel Formation, un établissement situé à Biarritz, l’avenir pose autant de questions sans réponses. « J’attends de voir ce qu’ils nous préparent », affirme-t-il vaguement en envisageant les projets à venir. Mais avant d’envisager le futur, ce gérant doit surtout s’occuper du présent. À près de 60 ans, il dirige l’établissement de son épouse Annette, disparue il y a deux ans. « Annette était une passionnée, explique-t-il d’emblée. Elle avait une haute idée de la sécurité routière, elle voulait en faire une culture, au-delà de l’examen du permis de conduire. C’était une militante dynamique, très impliquée dans la prévention et les formations post-permis. Je tiens absolument à ce que l’auto-école garde cet esprit. »
Pour y parvenir, Michel Renard peut compter sur son équipe de monitrices, dont une grande partie a travaillé avec Annette. « Elles sont pour moi d’un grand soutien », confirme-t-il.
Cet esprit de prévention tous azimuts se retrouve dans la pédagogie menée au sein de l’établissement. Ici, chaque formateur suit ses élèves, tout en échangeant en permanence pour dépasser les blocages s’il y en a. Tous les candidats au permis B bénéficient d’une sensibilisation à la sécurité routière, qui reprend les points examinés lors des rendez-vous pédagogiques en conduite accompagnée (accidentologie, alcool, vitesse…). L’établissement dispose également des dernières innovations pédagogiques, comme le rétroprojecteur ou les lunettes « alcool ». Et s’il était nécessaire d’en rajouter à la crédibilité de cette auto-école, elle est l’une des rares en France à bénéficier, pour le permis moto, du label de l’AFDM (Association des Formateurs de Motards), le plus strict en matière de formation de conducteur de deux-roues.
Si l’activité « sécurité routière » tourne actuellement au ralenti, Michel Renard et son équipe continuent à promouvoir la prévention. Ainsi, le gérant se félicite de la proportion d’élèves inscrits en conduite accompagnée (50 % environ) sur le bureau d’Anglet, situé à 6 Km à l’est de Biarritz. Dans le même temps, il fustige le permis à 1 euro par jour, selon lui, « réservé aux gens qui ont de l’argent », et encore plus le permis à 1 euro par jour moto. « À moins de vouloir devenir livreur de pizza, le permis moto n’est pas une priorité ». Enfin, il refuse toujours de pratiquer les forfaits, « des attrape-nigauds ».
Pour Michel Renard, une autre manière de poursuivre le travail engagé par son épouse est de développer le centre qu’ils ont acquis à Anglet. « Ce local nous permettait de nous recentrer sur Anglet et de travailler dans de bonnes conditions, explique-t-il. Il est très bien situé, dans une zone appelée à se développer, très accessible en voiture, surtout pour les parents qui souhaitent accompagner leurs enfants dans le cadre de la conduite accompagnée. » Il complète idéalement le petit bureau historique situé au cœur de Biarritz. Et les salles de travail permettent d’accueillir confortablement rendez-vous pédagogiques et réunions de travail pour des formations annexes.
L’ENGAGEMENT ASSOCIATIF ET SYNDICAL, UN ÉCHANGE ESSENTIEL
Enfin, ultime façon de perpétuer l’action entreprise par Annette, Michel Renard tient à poursuivre son engagement auprès du CNPA, de l’Anper (dont elle était déléguée) et de l’association Elite, dont l’auto-école fut l’une des premières adhérentes. « C’est essentiel pour une auto-école, estime-t-il, d’appartenir à des réseaux. Ça renouvelle l’air que vous respirez, ça permet d’échanger avec d’autres professionnels volontaires, de se poser des questions, de s’enrichir des expériences des autres et d’apporter des idées à son tour. » Un engagement essentiel pour défendre et faire avancer la profession !
Cécile Rudloff
LES RAISONS DE L’INCONFORT : UNE CONJUGAISON DE PROBLÈMES
Dans le département des Pyrénées-Atlantiques, la nouvelle méthode de répartition des places d’examens a été mise en place au dernier trimestre 2007. Et compte tenu du nombre insuffisant d’inspecteurs, elle ne permet pas pour l’instant aux auto-écoles de bénéficier du nombre de places d’examens nécessaires.
« Sur la côte, affirme Marc André, président départemental du CNPA, nous affichons un taux de réussite de 71 %. Nous devrions donc avoir un coefficient de 1,54 pour pouvoir représenter nos élèves dans de bonnes conditions. Mais plusieurs inspecteurs ont été absents et le coefficient de mai n’est que de 1,21. Grâce au remplacement des inspecteurs manquants, nous espérons un retour à la normale avant la fin de l’été. Mais pour les auto-écoles de Pau, qui ont des taux de réussite d’environ 50 %, c’est une autre histoire… L’embouteillage est loin d’être résorbé. »
Outre cette nouvelle méthode de répartition des places d’examens qui fait des vagues, une partie des auto-écoles du département se bat depuis le début de l’année pour pouvoir continuer à déposer les dossiers à la sous-préfecture de Bayonne, plutôt que de perdre une demi-journée pour se rendre à la préfecture de Pau. Malgré une manifestation organisée par la profession en janvier dernier, la situation n’est toujours pas réglée.
Enfin, comme tous leurs collègues français, les exploitants basques se sont mobilisés le jeudi 13 mars pour faire entendre leur inquiétude concernant leur avenir. « On nous parle d’attribuer la formation au Code à l’éducation nationale et d’afficher nos résultats, rappelle le représentant départemental du CNPA. Actuellement, nous attendons les conclusions du rapport de Dominique Lebrun (ndrl : audit commandé par la DSCR à Dominique Lebrun, ingénieur des Ponts et Chaussées). Mais nous comptons nous battre pour que ces mesures ne voient pas le jour. La mobilisation exceptionnelle de début mars – 500 véhicules à Bordeaux – montre que la profession se fédère. Ça a surpris tout le monde. Et nous n’hésiterons pas à remonter aux créneaux s’il le faut ! »
CARTES D’IDENTITÉ
Auto-école Annette et Michel FormationGérant : Michel Renard
Effectifs : huit formateurs et une secrétaire
Formations proposées : BSR, A, A1, AAC, B, BA
Inscriptions : environ 250 BSR, moins de 100 A, entre 300 et 350 B
Véhicules : deux scooters Piaggio, 2 Kawazaki ER6, une Suzuki 125, huit Clio 3, dont une automatique
Tarifs : 1 100 € l’équivalent d’un forfait B, 33 € la leçon de conduite
CER Michèle CordiezGérante : Michèle Cordiez
Effectifs : cinq formateurs et une secrétaire
Formations proposées : BSR, A, AAC, B
Inscriptions : entre 80 et 100 BSR, 50 A, 250 B
Véhicules : deux scooters MBK, une Kawasaki ER5, une Kawasaki ER6, une 125, cinq Peugeot 207
Tarifs : 1 028 € le forfait B, 33 € la leçon de conduite