Le 54e congrès du CNPA-ER s’est déroulé du 2 au 4 juin 2017, à Lyon. Si l’actualité de la profession n’incite pas à l’optimisme, le CNPA entend bien prendre le train de la modernité en marche sans pour autant rogner sur la qualité de l’enseignement.
« J’ai conscience que votre métier est vraiment en tension. » Dès l’ouverture de ce 54e congrès du CNPA-ER, le ton était donné par Francis Bartholomé, président du CNPA national venu apporter son soutient à la branche éducation routière. « Vous êtes un pilier fort de l’aval des métiers de l’automobile », a-t-il lancé à une salle totalement conquise. « Comment vont évoluer ces métiers ? Nous sommes tous concernés par une évolution sociétale, mais la question est de savoir quelles vont être les conséquences d’un numérique débridé ? », avant de conclure : « L’État ne peut détruire ce formidable outil qu’est l’éduction routière ».
Conserver l’élève dans l’auto-école
Comment prendre le train de l’évolution sans pour autant sacrifier la qualité d’un enseignement développée par une profession depuis des années ?
Tel aura été le fil rouge de ce congrès. Car comme le clame Patrice Bessone, le pétulant président du CNPA-ER, « oui à la dématérialisation, mais elle doit être raisonnée ». En d’autres termes, si le CNPA-ER n’est pas contre l’évolution technologique et notamment l’utilisation d’Internet pour effectuer des opérations dans le cadre de l’activité auto-école, le syndicat se bat pour que « les élèves passent par l’auto-école et que les centres de formation à la conduite remettent à chaque futur élève un livret qui pourrait s’appeler « Passeport de mobilité citoyenne » indiquant tous les modes possibles d’apprentissage ». L’objectif est simple explique Patrice Bessone : « conserver l’élève dans l’auto-école ». Mais cette proposition a été rejetée par la DSR.
Le Cerfa 02 doit rester
un acte professionnel
De même, pour ce qui est de la fermeture annoncée de tous les guichets en préfecture, le CNPA-ER ne rejette pas en bloc la dématérialisation si elle permet notamment de raccourcir les délais pour l’obtention des documents. Mais encore une fois, la dématérialisation ne doit pas favoriser, voire organiser la fuite des élèves vers les filières d’apprentissage libre. Que l’élève gère seul le Cerfa 06 est une chose, mais la gestion du « Cerfa 02 doit rester un acte professionnel ».
Par ailleurs, le CNPA s’inquiète des transferts de dossiers qui devraient s’effectuer en un clin de clic via le Net. Or que faire si un élève n’a pas réglé sa facture avant de changer d’auto-école ? Autre problème, certains élèves n’ont pas d’adresse e-mail à communiquer. Sur ce point, le CNPA propose que l’auto-école crée une adresse e-mail à l’élève. Une façon de réintroduire des services de proximité dans une société de plus en plus déshumanisée.
Proposer des vrais services aux élèves en conservant la gestion des tâches administratives telles que l’ouverture du dossier en préfecture, l’inscription aux examens et la demande d’obtention du permis de conduire définitif est une façon de rendre l’auto-école incontournable pour les élèves qui nécessitent ou souhaitent un encadrement.
Une problématique désormais européenne
Mais le CNPA va plus loin encore. Car les effets pervers de la dématérialisation ne touchent pas uniquement les écoles de conduite françaises. Invités au congrès, John Lepine, président de l’EFA, la Fédération européenne des auto-écoles, Manuel Picardie, représentant des auto-écoles italiennes et Enrique Jorca, représentant de auto-écoles espagnoles, ont décrit des situations similaires dans d’autres pays de l’Union européenne. « Pour éviter l’ubérisation, il faut attirer les candidats dans les auto-écoles, a déclaré Enrique Jorca. On peut faire un peu de formation sur Internet, mais pas toute la formation. » Un discours partager par Patrice Bessone :
« Tout ce que nous faisons seul est perdu si l’on n’a pas une personne pour accompagner l’enseignement. La connaissance compte, mais c’est la compréhension de ce que l’on sait qui est plus important et c’est là que l’on a besoin de formateurs professionnels. Il faut convaincre les hommes politiques que les auto-écoles sont un élément essentiel de la sécurité routière. »
Signature d’une charte
des auto-écoles européennes
Pour cela, l’EFA a décidé d’élaborer une charte signée par John Lepine bien sûr, mais également par Francis Bartholomé, pour la France. La charte intitulée Une éducation routière de qualité pour la sécurité de tous indique en préambule :
« La sécurité routière est l’affaire de tous : c’est la raison pour laquelle la formation des futurs conducteurs est d’intérêt public. Il ne s’agit pas seulement de savoir conduire, mais de savoir se conduire sur la route. Nous pensons que seule une éducation routière de qualité peut assurer la sécurité sur les routes », avant de passer aux déclarations et engagements des signataires : « Nous, EFA, organisation européenne représentative des écoles de conduite, déclarons, que :
- Chaque citoyen a droit à une formation à la sécurité routière de qualité. L’éducation routière doit être la même pour tous,
- Le permis de conduire n’est pas un bien marchant : c’est une première étape pour les citoyens de la route, qui ne peut être passée qu’après une formation rigoureuse,
- L’Éducation routière, en tant que bras armé de la sécurité routière, dépend directement des pouvoirs publics, qui peuvent en déléguer la responsabilité à des acteurs privés,
- L’enseignement à titre onéreux ne peut être dispensé qu’en école de conduite, agréée par les autorités,
- L’apprentissage libre ne peut être réalisé qu’à titre gratuit,
- Une Éducation Routière de qualité est dispensée par des enseignants de la conduite professionnels, qui ont reçu une formation ad hoc,
- Chaque école de conduite suit un programme précis, dont la base est européenne et qui assure un socle minimum de connaissances et d’aptitudes à acquérir pour les élèves ».
Des mots qui feront peut-être sourire les plus fatalistes, si ce n’est que le CNPA n’entend pas s’arrêter sur de simples belles paroles. « La déclaration de Lyon doit servir de tremplin pour la sacralisation de notre métier. Plus que jamais nous devons rester unis avec notamment nos collègues de l’Unidec », estime Patrice Bessone soutenu par Alain Martin, secrétaire national qui a exhorté les adhérents à se remobiliser en cas de besoin. « Ce n’est pas fini et il faudra certainement aller manifester à nouveau. Je sais que la situation économique n’est pas simple et qu’un jour de grève signifie un jour où l’on ne travaille pas. Mais ce n’est rien par rapport à une fermeture définitive. Alors, on ne lâchera rien ! »
S. A.
Le CNPA récompense l’innovation en matière de sécurité routière
Cette année, le CNPA-ER a lancé sous la houlette d’Alain Martin, secrétaire nationale du CNPA-ER, un concours visant à récompenser des inventions qui participent à la lutte contre l’insécurité routière ou qui favorise l’apprentissage de la conduite. Pour cette première édition, quatre dossiers avaient été retenus : le disque apprenti conducteur rétroréfléchissant (présenté dans La Tribune des Auto-Écoles n° 206), Good Angel, un dispositif d’éthylotest pour smartphone et tablette, J’AACélère une application pour les élèves suivant le cursus de la conduite accompagnée et Warning Truck, une aide à la conduite qui permet aux chauffeurs de poids-lourds de savoir quand se rabattre après un dépassement.
C’est finalement l’application J’AACélère qui a séduit les congressistes présents dans l’amphithéâtre et a remporté, à l’applaudimètre, le premier Prix de l’Innovation CNPA. L’application qui avait reçu en février dernier le Prix de l’Innovation sécurité routière de la DSR, aura le droit de revendiquer le soutien du CNPA-ER sur ses documents de communication.
Master fête ses 25 ans !
Créée le 1er janvier 1992 par le CNPA et l’Anper, Master (Mutuelle d’assurance des techniciens de l’éducation routière) avait pour but d’offrir une mutuelle exclusivement réservée aux établissements dont l’activité est consacrée à l’enseignement de la conduite et de la sécurité routière afin d’être mieux à l’écoute des besoins de la profession.
C’est donc tout naturellement que Master qui fait aujourd’hui partie du groupe Monceau Assurances et compte environ 1 000 assurés, a profité de la tenue du congrès CNPA à Lyon pour souffler ses 25 bougies. Une tombola était proposée à ses sociétaires dont l’heureux gagnant, un exploitant de Guadeloupe, s’est vu remettre son prix, à savoir un voyage, par Patrice Bessone, président du CNPA-ER et de Master, en présence de Dominique Vigneron, directeur général de Master, lors de la soirée de gala de clôture du congrès.