Stéphane Daeschner a été élu, le 4 janvier dernier, à la présidence de L’association Prévention routière, pour succéder à François Pierson. Il présente les objectifs, ainsi que les actions menées par l’association.
La Tribune des Auto-Écoles : L’association Prévention routière a vu le jour en 1949 ? Par qui a-t-elle été créée et dans quel but ?
Stéphane Daeschner : L’association Prévention routière est une association régie par la loi de 1901 qui a vu le jour dans la France de l’après-guerre. Le réseau routier était dévasté et les automobiles pas toujours très sûres, ce qui a engendré une augmentation des accidents de la route. Les sociétés d’assurances et un certain nombre de professions de la route ont alors décidé de créer L’association Prévention routière qui a été reconnue d’utilité publique le
3 mai 1955. Son rôle consiste à étudier et mettre en œuvre toutes les mesures propres à réduire la fréquence et la gravité des accidents de la route. L’association a été seule à œuvrer dans ce sens jusqu’en 1972, date qui constitue une prise de conscience des pouvoirs publics et la création du Comité interministériel de
sécurité routière, que l’on connaît aujourd’hui sous l’appellation Direction de la sécurité routière (DSR).
La Tribune : Comment l’association est-elle financée ?
S. D. : L’association Prévention routière est totalement indépendante financièrement de l’État. Elle vit des dons de ses 100 000 adhérents et donateurs et de ses partenaires tels que les assureurs et mutualistes. Certes, l’association peut agir auprès des pouvoirs publics sur certaines causes, mais elle n’est pas liée
à l’État. En fait, nous agissons tous en complémentarité pour
atteindre le même objectif, à savoir faire baisser le nombre de victimes de la route.
La Tribune : Comment se répartissent les tâches entre le Centre national, les 17 directions régionales et les comités départementaux ?
S. D. : Le Centre national est une cellule de recherche chargée de développer des outils pédagogiques et de communication. Les directions régionales ont pour fonction de gérer tout ce qui est du domaine de l’administration et de coordonner les actions menées sur le terrain par les comités départementaux. À ce niveau, L’association Prévention routière dispose d’une force de
1 500 bénévoles qui mènent près de 50 000 actions par an, dans 95 départements.
La Tribune : Quelles sont actuellement les causes prioritaires pour L’association Prévention routière et les axes de développement à venir ?
S. D. : Nous mettons l’accent sur les usagers les plus vulnérables comme les piétons et les cyclistes qui ont respectivement enregistré une hausse de 15% et 7% des accidents, l’an dernier. Par ailleurs, au-delà des facteurs alcool et/ou vitesse, on remarque que les distracteurs (téléphone portable, tablette, etc.) prennent une part de plus en plus importante dans les causes des accidents de la route. L’association Prévention routière mène donc des campagnes d’information et de prévention pour sensibiliser tous les usagers de la route (piétons, cyclistes et autres conducteurs) à ne pas utiliser ces distracteurs en marchant ou en conduisant. Des travaux sont également menés sur le sujet au niveau du CNSR.
La Tribune : Justement, L’association Prévention routière siège au CNSR, quelles sont les mesures que vous préconisez pour faire baisser l’accidentologie ?
S. D. : Le CNSR vient tout juste de reprendre une nouvelle session. Il est donc trop tôt pour en parler. Mais je peux vous dire que le Continuum éducatif qui a été adopté lors de la précédente session, nous tient beaucoup à cœur. L’association Prévention routière milite également pour la généralisation des éthylotests antidémarrages à tous les véhicules, même si nous sommes conscients que ce ne sera pas facilement applicable dans un premier temps. Enfin, l’association est très impliquée dans l’objectif « zéro enfant tué sur la route ». Pour cela, nous demandons, entre autres, une TVA à 5,5% pour les sièges bébé, une généralisation des zones 30 km/h en ville… Sans oublier les actions menées en zone rurale avec des bénévoles pour discuter avec les jeunes et mieux marquer les esprits afin de les inciter à être responsables lorsqu’ils prennent le volant ou enfourchent leur deux-roues.
La Tribune : Pensez-vous que l’on peut vraiment atteindre l’objectif « Zéro morts » sur la route ?
S. D. : Il n’y a pas de fatalité et il n’y a pas de raison que l’on n’atteigne pas cet objectif un jour. Il y a encore des actions à mener pour réduire le nombre de morts.
La Tribune : Que pensez-vous de la politique des radars ?
S. D. : C’est la carotte et le bâton. C’est totalement complémentaire des actions de prévention. La répression ne sert à rien si l’on n’explique pas ce qui conduit le législateur à réprimer. Mais l’on voit bien que dès que l’on assouplit un peu les règles, les conducteurs relâchent leurs comportements. Alors, on peut se demander s’il y a trop de radars. Personnellement, je ne le pense pas. Il est même primordial de travailler avec les récidivistes car il ne faut pas banaliser les infractions.
La Tribune : Quel regard portez-vous sur le permis à points ?
S. D. : Je suis favorable à cette mesure. Et je n’étais pas d’accord quand certains voulaient assouplir le système du permis à points. Mais il faut qu’il y ait un volet pédagogique, grâce notamment aux stages de sensibilisation à la sécurité routière afin de permettre aux conducteurs infractionnistes de faire évoluer leur comportement.
La Tribune : L’association Prévention routière travaille-t-elle avec les auto-écoles ? Si oui, comment ?
S. D. : Je rappelle tout d’abord que tous les documents que nous produisons avec nos partenaires sur différentes thématiques sont à disposition gratuitement pour tout le monde. Les auto-écoles qui souhaitent les utiliser sont les bienvenues. Par ailleurs, nous intervenons parfois en collaboration avec des établissements de formation à la conduite dans le cadre de stages de remise à niveau pour les séniors. Mais ces actions se font au niveau local. Enfin, comme je l’ai dit, L’association Prévention routière soutient totalement le concept de Continuum éducatif dont le cadre est désormais posé. Sur ce point, les auto-écoles sont bien évidemment directement impliquées.
La Tribune : Que pensez-vous de la formation à la conduite en France ? Le niveau d’exigence est-il trop, assez ou pas assez élevé, selon vous ?
S. D. : En tant que membre du Conseil supérieur de l’éducation routière, L’association Prévention routière peut apporter ses connaissances et être amenée à indiquer ce qui lui semble important pour la formation au permis de conduire. La société et les technologies évoluent et la formation doit s’adapter en permanence, ce que font plutôt bien les auto-écoles. Cependant, je pense qu’il faudrait intégrer un module portant sur les distracteurs qui comme nous l’avons vu, prennent une part de plus en plus importante dans les causes d’accidents. Enfin, l’apprentissage de la conduite ne doit pas reposer uniquement sur un passage à l’auto-école lors de la formation initiale. Une fois le permis obtenu, il faut renouveler régulièrement ses connaissances.
La Tribune : Êtes-vous pour instaurer une visite médicale et/ou un retour à l’auto-école obligatoire à partir d’un certain âge ?
S. D. : Je ne suis pas favorable à l’obligation de passer une visite médicale à partir d’un certain âge. Je ne nie pas que l’aptitude évolue avec l’âge, mais l’on voit que souvent les conducteurs seniors compensent leurs défaillances par une attitude adaptée. Par exemple, ceux qui voient moins bien ne conduisent plus de nuit. Ainsi, les statistiques révèlent que les seniors n’ont pas forcément plus d’accidents que les conducteurs plus jeunes. C’est seulement à partir de 75 ans que l’on constate une légère hausse de l’accidentologie. Mais en réalité, il y a eu beaucoup d’expérimentation qui n’ont pas apporté de preuves suffisantes pour permettre de prendre des mesures efficaces. De plus, il ne faut pas stigmatiser une population qui a besoin de se mouvoir et encore moins l’isoler de la société en ne lui permettant plus d’être autonome dans ses déplacements.
La Tribune : Pour finir cet entretien, quel regard portez-vous sur le véhicule autonome ? Est-ce une utopie ou pour demain ? Est-ce que cela pourrait contribuer à faire baisser l’accidentologie ?
S. D. : Ce n’est pas du tout une utopie, mais bien une réalité. Le niveau d’autonomie des véhicules augmente progressivement. Par contre, c’est une utopie de croire que si les deux tiers des accidents mortels sont dus à une défaillance humaine, alors grâce au véhicule autonome, il n’y aura plus d’accidents du tout. La voiture circule dans un environnement complexe où elle partage la route avec d’autres types d’usagers et nombre d’interventions sont réalisées grâce à l’action humaine. Contrairement au discourt général actuel, je pense qu’il faut replacer l’humain dans cette évolution pour lutter efficacement contre l’insécurité routière. Et c’est maintenant qu’il faut agir car c’est sous cette nouvelle mandature que cela se décidera. Une chose est sûre : on apprendra toujours à conduire. Plus exactement, on apprendra toujours à être dans un véhicule en déplacement et il faudra toujours apprendre à se déplacer.
Propos recueillis par Sandrine Ancel