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map Vie des régions — Mai 2017

- Le Mans -
Les auto-écoles tracent leur route

Face à la concurrence des moniteurs indépendants et du modèle low cost, les auto-écoles mancelles font valoir leur enseignement traditionnel, axé autour de la pédagogie et de la qualité.


Le Mans, terre d’automobile avec les prestigieuses 24 Heures, n’est pas en reste sur l’offre d’enseignement de la conduite. La préfecture de la Sarthe, troisième ville de la région des Pays de la Loire, après Nantes et Angers, compte une vingtaine d’auto-écoles pour 144 244 habitants, selon les chiffres établis par l’Insee pour 2013.
Comme dans de nombreuses villes, le secteur connaît des soubresauts. Des établissements ouvrent, d’autres mettent la clé sous la porte, pour motif financier. « Des auto-écoles ont gonflé trop vite. Elles ont fini par péricliter », analyse Pierre Léone-Robin, à la tête de l’auto-école Léone-Robin. Enseignant de la conduite depuis 40 ans, il est un observateur privilégié de l’évolution de la profession au Mans. « De ceux qui ont débuté dans les années 1970, nous ne sommes plus que trois ou quatre encore en activité », note-t-il.


La problématique des moniteurs indépendants
S’il estime que le nombre d’auto-écoles tend à s’équilibrer, Pierre Léone-Robin raille la présence de moniteurs indépendants, qui proposent leurs services via Internet. « Nous faisons face à des contraintes monstrueuses, alors que ces gens-là n’en ont pas. » Chaque semaine, dit-il, il reçoit un appel téléphonique d’une personne qui souhaite réserver une seule heure de conduite. « Comme ils n’ont pas d’agrément, les moniteurs indépendants ne disposent d’aucune place d’examen. Leurs élèves se tournent vers les auto-écoles au dernier moment. Naturellement, nous les refusons. Les accepter serait les favoriser. »
Aujourd’hui, estime Pierre Léone-Robin, il y a « au moins trois indépendants au Mans ».
Leur fonctionnement soulève selon lui plusieurs problématiques. « Ils travaillent pour des plateformes, lesquelles n’ont pas de murs. Dans ces conditions, à qui les élèves peuvent-ils s’adresser lorsqu’il y a un problème ? Sans compter qu’il n’y a aucun suivi pédagogique. C’est complètement anarchique. »


« L’activité a baissé »
S’ajoute, à cette concurrence, le déploiement il y a six mois d’une agence Permis pas cher, basée sur le modèle low cost. Elle a ouvert au nord du centre-ville du Mans, près d’un des deux locaux de Pierre Léone-Robin. Depuis, concède-t-il, « l’activité a baissé. Nous avons constaté un impact net. Ils ratissent large, en proposant des prix d’appel très bas ».
De son côté, Lydia Galloyer n’a pas encore constaté de répercussions sur son activité. Un de ses locaux se trouve à proximité. « Pour l’instant, il est trop tôt pour mesurer l’impact. Je pense que la pérennité et la fréquentation de l’agence dépendront de la qualité de son enseignement. Si elle bloque la progression de ses élèves, pour facturer plus d’heures supplémentaires, je doute que cela fonctionne sur le long terme. »


« On a mis l’accent sur la communication »
Avec son mari, Lydia Galloyer a repris il y a trois ans et demi les quatre locaux de l’auto-école Pleins Phares, dont une piste moto privée. Ni lui ni elle ne travaillaient auparavant dans le secteur de l’enseignement de la conduite. « J’étais responsable comptable et administrative dans une concession automobile et mon mari travaillait dans un service de recherche et développement. Nous avions tous les deux la volonté de nous mettre à notre compte. »
En reprenant l’établissement, Lydia Galloyer et son mari ont apporté leur touche. Première démarche, ils ont recréé une SARL, leur prédécesseur ayant déposé le bilan. Puis ils ont repensé le fonctionnement de l’auto-école, pour relancer l’activité. « On a mis l’accent sur la communication et le marketing, à travers le site Web et les réseaux sociaux. On est une des plus grosses auto-écoles au Mans, on devait montrer qu’on était là. »


« Je ne m’imaginais pas le métier de cette manière »
Pour prendre leurs marques, ils ont pu s’appuyer sur l’expérience des enseignants, qui ont assuré la continuité.
« Même si je suis issue d’une famille d’artisans-commerçants, je ne m’imaginais pas vraiment le métier de cette manière. Ça nous prend beaucoup de temps. Tous les jours, il faut pouvoir faire face aux aléas, aux mauvaises nouvelles parfois. Il est indispensable d’être dynamique, de garder la motivation. »
Surtout, dit-elle, « on pensait que le taux de rentabilité serait plus élevé ». Elle pointe notamment du doigt l’externalisation de l’ETG, qui encourage les candidats à se préparer hors des murs de l’auto-école. Or, « les cours de Code sont essentiels, en terme de sécurité routière, mais aussi économiquement. Ils nous permettent de rentrer de l’argent ».
Pour essayer d’enrayer la dynamique, elle a davantage mis l’accent avec son mari sur la théorie en salle, en proposant des leçons de sensibilisation « aux risques liés aux drogues, à l’alcool, à la vitesse… Ça ne les intéresse pas forcément, mais on les rend obligatoire ».
Depuis l’externalisation de l’ETG, l’auto-école n’a pas lâché prise sur le suivi de ses élèves. Lydia Galloyer continue d’enregistrer les inscriptions à l’examen et un responsable ou un enseignant se rend à chaque session, sans toutefois accompagner les élèves.
« On va sur place pour les rassurer. On estime que c’est notre rôle d’être présent tout au long de leur formation. » Et les élèves suivent. L’activité tend pour l’instant à se stabiliser en 2017, après avoir légèrement reculé en 2016.


« Sans le Code, on n’a plus rien »
À l’auto-école Forget-Tinard, où là aussi l’activité se maintient, la privatisation de l’ETG n’a que très peu modifié l’organisation. Les salariés enregistrent toujours les inscriptions à l’examen et les accompagnent systématiquement le jour J. « On y tient beaucoup, insiste Laure Tinard, une des quatre associés de l’auto-école Forget-Tinard. Sans le Code, on n’a plus rien. »
L’auto-école Forget-Tinard est l’une des plus anciennes du Mans. Sa création remonte à 1969. Depuis, elle n’a pas vacillé. Elle propose quasiment tout le panel des formations à la conduite. Un de ses trois locaux, situé près de la cathédrale du Mans, lui assure une clientèle nombreuse, de par la présence d’un lycée à proximité. « Nous sommes dans un quartier privilégié. Nous accueillons beaucoup d’enfants dont les parents ont une profession libérale. »
L’établissement s’appuie également sur sa longévité pour se démarquer. Laure Tinard admet que les parents sont de plus en plus sensibles au profil de l’auto-école, à sa réputation. « On nous demande souvent depuis combien de temps on est ouvert. C’est un gage de qualité, face à la concurrence low cost et aux moniteurs indépendants. »


Le Code en ligne « en complément »
Laure Tinard fait valoir les vertus de l’enseignement traditionnel. L’auto-école propose des cours théoriques en ligne, « mais seulement en complément. S’ils ne viennent pas suivre les leçons dans nos locaux, nous ne les présentons pas à l’examen. Et ils commencent leurs heures de conduite que quand ils ont leur Code. » Quant à la communication, elle a investi les réseaux sociaux pour augmenter la visibilité de ses formations.
Pierre Léone-Robin, lui, ne souhaite pas miser sur le Web. Il fustige les cours de Code sur Internet, « présentés comme l’eldorado », et revendique le rôle « essentiel » de la pédagogie. « Je fais des cours visuels, en m’appuyant sur un tableau. Quand on explique, tout de suite ça fonctionne mieux. Lorsque les élèves, qui ont appris sur Internet, s’inscrivent uniquement pour la conduite, on est obligé de se rattraper en conduite, en abordant des notions. C’est une perte de temps importante. »


« Nous devons garder la main »
À l’avenir, il craint que l’ouverture de la procédure de dématérialisation des demandes de permis de conduire ne vienne « ubériser le métier ». Lydia Galloyer, elle aussi, se montre inquiète. « Cette démarche risque de court-circuiter les auto-écoles. Nous devons garder la main. » Elle redoute notamment des difficultés pour recouvrer les règlements.
« Aujourd’hui, les clients paient au fur et à mesure après les 20 heures. Le Cerfa 02 nous permet d’avoir un moyen de pression. On le remet au client que si on avait perçu la somme due. Avec la dématérialisation, on ne pourra se permettre aucun retard de règlement. »
Dans ce contexte, elle se dit « sceptique » quant à l’avenir des auto-écoles. Et mène « le combat contre les indépendants et les auto-écoles en ligne ». Et pour « la qualité » de la formation.
A. B.


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