Le collectif d’établissements d’enseignement de la conduite responsables (EECR) entend notamment dénoncer les pratiques illégales des « enseignants indépendants ». Entretien avec Bernard Méténier, un de ses co-fondateurs.
La Tribune des Auto-Écoles : Qu’est-ce qui vous a poussé à créer le collectif EECR ?
Bernard Méténier : Nous avons mis en place début janvier 2017 ce collectif avec l’objectif d’endiguer certains abus du secteur. Les annonces de « moniteurs indépendants » qui offrent leurs services de manière totalement illégale pullulent sur Internet, sur Le Bon Coin, mais également sur des sites locaux moins connus et sur Facebook. Il était urgent de se regrouper afin d’enrayer ce phénomène. Il s’agit également de fédérer les exploitants respectueux de la réglementation, des clients, de la sécurité routière, et d’essayer, par l’exemplarité, de démontrer que les auto-écoles sont des établissements sûrs, contrairement à ce que beaucoup veulent faire croire.
La Tribune des Auto-Écoles : Vous regroupez essentiellement des exploitants d’auto-école…
B. M. : Le collectif EECR rassemble principalement des exploitants, jusqu’à présent peu représentés. Nous sommes ainsi complémentaires de l’association les Rubans Verts, qui s’adresse pour sa part aux enseignants. Mais nous ne sommes pas un syndicat. Si ces derniers ont un accès plus direct au monde politique concernant les sujets de fond, un collectif comme le nôtre traite davantage de la vie courante des exploitants (fournisseurs, aspects financiers…). Nous n’avons certes pas le poids d’un syndicat, mais par contre on ne peut pas nous cataloguer. Parmi nos membres, nous trouvons des syndiqués aux diverses organisations professionnelles comme des non-syndiqués. En un mois d’existence, notre collectif compte déjà une petite centaine de membres, répartis dans toute la France, les départements les plus représentés étant à l’heure actuelle le Nord, l’Essonne, les Hauts-de-Seine et l’Ille-et-Vilaine. Nous visons à terme 500 membres, sans échéance particulière afin de ne pas nous mettre la pression. Nous avons créé deux pages Facebook, l’une publique destinée à faire connaître le collectif, l’autre privée réservée aux membres.
La Tribune des Auto-Écoles : Quelles sont vos moyens d’action ?
B. M. : Si nous avons alerté le président de la République et les ministres de l’Intérieur et de l’Économie sur les abus que nous avons relevés dans le secteur, nous ciblons davantage les députés et les sénateurs, plus accessibles. Je rencontre ainsi régulièrement le député du Puy-de-Dôme, André Chassaigne, qui se montre particulièrement à l’écoute.
La Tribune des Auto-Écoles : Comment jugez-vous la situation actuelle de la profession ?
B. M. : Nous ne vivons pas dans le même monde que les auto-écoles en ligne ou low-cost, car nous estimons que le contact humain est primordial. Les écoles de conduite traditionnelles les plus fragiles souffrent de cette nouvelle concurrence, même si, après un temps de latence, certains élèves finissent par revenir vers elles. D’autre part, l’étude de l’UFC-Que Choisir (La Tribune des Auto-Écoles n°211) présente selon nous de façon sensationnaliste des chiffres prétendument factuels. Par exemple, les taux de réussite sur lesquels elle s’appuie sont ceux édités en 2015 par le ministère, donc relatifs aux résultats 2014. L’enquête ayant eu lieu en 2016, il est normal de relever des différences, parfois significatives. De plus, UFC-Que choisir n’a même pas daigné siéger à la réunion d’installation du nouveau CNSR alors qu’une place leur était réservée !
Propos recueillis par Christophe Susung