La proposition du gouvernement de divulguer les taux de réussite des écoles de conduite sur un site dédié ne fait pas l’unanimité au sein de la profession.
Le sujet reste sensible. Véritable serpent de mer qui revient régulièrement titiller les écoles de conduite, la communication des taux de réussite à l’examen du permis, de manière nominative, sur le site de la Sécurité routière, est sérieusement envisagée par la DSCR. Les différentes réunions entre cette dernière et les organisations professionnelles auto-école n’ont pour l’instant pas abouti à un consensus.
Néanmoins, Pierre Ginefri, sous-directeur de l’Éducation routière, a bon espoir que la mesure devienne réalité. « Le 6 octobre 2016, la Cada (Commission d’accès aux documents administratifs) a enfin émis un avis favorable à la communication des taux de réussite. Il faut bien entendu nuancer ces chiffres qui ne signifient rien en tant que tels, par exemple les comparer selon le nombre d’examens passés dans chaque établissement. Mais il vaut mieux que les taux de réussite soient indiqués sur un site officiel, avec des explications relativisant leur importance, que sur des sites non officiels, sans aucun recul. »
En outre, le site permettrait de mettre en valeur les auto-écoles, géolocalisées sur une carte, en indiquant celles qui proposent le permis à 1 euro par jour, la future labellisation, etc.
Par contre, précise Pierre Ginefri, « il n’est pas possible de divulguer les taux de réussite des inspecteurs, comme l’ont exigé plusieurs organisations professionnelles, la Cada estimant que ces données sont trop personnelles ».
Les syndicats vent debout contre la mesure
Pour Patrice Bessone, président du CNPA-ER, la communication des taux de réussite « reviendrait à considérer l’examen du permis comme la seule chose importante, en oubliant la formation post-examen, qui a démontré son efficacité dans les pays nordiques. Cette mesure bancale n’a aucune utilité et va à l’opposé de l’objectif de sécurité routière. Elle ferait passer les écoles de conduite ayant les moins bons résultats pour de mauvais établissements, alors que ce sont justement dans ces auto-écoles où une éducation routière renforcée est nécessaire ».
Si le CNPA-ER s’oppose à la publication des taux de réussite de chaque auto-école, il n’est pas hostile à celle du taux de réussite départemental établissant la distinction entre les résultats en filière traditionnelle et en AAC.
Pour sa part, le président de l’UNIC, Philippe Colombani, estime que l’affichage des taux de réussite « serait contre-productif. Pour améliorer ses résultats, une auto-école exigerait davantage de leçons et se séparerait des élèves difficiles. La mission d’une auto-école n’est pas de faire de la performance, mais de former des conducteurs qui prendront la route en sécurité ».
De plus, le taux de réussite « ne dépend bien évidemment pas uniquement de l’auto-école, mais aussi d’autres facteurs (centre d’examen, conditions de circulation, comportement de l’inspecteur, stress du candidat…). Quitte à fournir des critères de choix aux consommateurs, il serait préférable d’avoir recours à des avis d’élèves, certifiés par une source extérieure ».
Pour Patrick Mirouse, président de l’UNIDEC, « la communication des taux de réussite s’inscrit dans la demande accrue de transparence de la société actuelle. Cette mesure nécessitait un cadre juridique. C’est chose faite avec l’avis du 6 octobre de la Cada. Dans ces conditions, nous réclamons la transparence totale, c’est-à-dire que les taux de réussite des inspecteurs soient également communiqués ».
Selon le syndicaliste, il n’en reste pas moins que « le taux de réussite n’est pas un critère de choix pertinent. Le danger est que les auto-écoles laissent de côté les élèves en difficulté, ghettoïsant ainsi une partie de la population. La qualité d’une auto-école, c’est avant tout l’accueil, l’encadrement, le suivi… ».
C. S.
L’association UFC-Que choisir revient à la charge
Dans un document publié début février, l’UFC-Que choisir épingle de nouveau les auto-écoles sur la communication des taux de réussite. L’association de consommateurs estime, au sujet de l’ETG, que 63% des établissements d’enseignement de la conduite présentent des chiffres erronés. Parmi eux, 23,8% indiqueraient des taux éloignés de la réalité de 5 à 10 points, 25,5% de 10 à 20 points et 14% de plus de 20 points. Quant à l’épreuve pratique du permis B, 69% des auto-écoles communiqueraient des données tronquées aux consommateurs. Parmi elles, 24,1% avanceraient des taux éloignés de la réalité de 5 à 10 points, 26,8% de 10 à 20 points et 17,8% de plus de 20 points. Pour établir son analyse, basée sur l’activité de 2015, l’UFC-Que choisir a mis en parallèle les chiffres recueillis auprès de 1 374 auto-écoles et les données fournies par le ministère de l’Intérieur.
En réaction, les syndicats ne réfutent pas explicitement les accusations portées par l’association de consommateurs, préférant s’exprimer davantage sur la forme que sur le fond. Le CNPA-ER, via un texte publié sur sa page Facebook, « se refuse à commenter les écarts dont fait part l’UFC-Que choisir, sans connaître la méthode et le panel initial de l’enquête », avant d’exprimer son opposition à la communication des taux de réussite, souhaitée par l’association de consommateurs. « Quelle est la méthodologie employée par l’UFC-Que choisir ? Mystère… », s’interroge de son côté l’UNIC, dans un communiqué. Le syndicat estime que l’étude « poursuit le seul objectif de stigmatiser, en y présentant des éléments qui ne viennent qu’étayer ses thèses ». Et de considérer que « des assertions, même maintes fois répétées, ne sauraient constituer une vérité ».
A. B.