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map Vie des régions — Octobre 2016

- Reims -
L’externalisation de l’ETG prend un bon départ

La privatisation de l’ETG semble bien partie et les délais d’attente à l’examen pratique suivent la tendance nationale à la baisse. D’où une certaine sérénité au quotidien pour les auto-écoles rémoises. De quoi sabrer le Champagne ?


Ville la plus peuplée du département de la Marne (182 000 habitants en 2013), Reims n’en est pourtant pas la préfecture. C’est en effet Châlons-en-Champagne qui a pris ce rôle sous l’Ancien Régime, par la volonté des révolutionnaires d’effacer l’importance historique de Reims. En effet, pendant des siècles, Reims a sacré de nombreux rois de France, de Clovis à Charles X, dans la somptueuse cathédrale Notre-Dame.
La Cité des Sacres pourrait presque également être surnommée « Cité des auto-écoles », tellement ces dernières y sont nombreuses. Une simple recherche sur Les Pages Jaunes aboutit en effet à une cinquantaine de résultats, même si sur ce nombre, certaines écoles de conduite constituent les différents bureaux d’un même établissement.

Une bonne entente
« Il y a effectivement beaucoup d’écoles de conduite à Reims et dans sa périphérie », confirme Victorine Brancourt, qui gère avec son mari Olivier l’auto-école Fausten, sise à quelques pas de la célèbre cathédrale.
« Mais nous arrivons à cohabiter sans trop de difficultés. Nous respectons les autres auto-écoles, car nous avons mieux à faire que de nous tirer dans les pattes ». Les deux époux ont repris il y a 3 ans l’établissement, initialement créé en 1959. « C’était pour nous l’occasion de progresser, en passant de salariés à gérants. »
Seul établissement sur les trois interrogés à proposer le permis moto, et ayant la chance de disposer d’une piste privée, l’auto-école Fausten a été impactée par la récente mesure qui oblige tout motard novice à d’abord passer le permis A2. « Cela bloque pas mal la demande, souligne Olivier Brancourt. Les quadras ou quinquas qui souhaitent faire de la moto avec une machine puissante y renoncent, car ils ne souhaitent pas attendre d’avoir 2 ans de permis A2 pour pouvoir réaliser leur projet. On n’a pas la même mentalité au guidon à 25 ans et à 40 ans ! »
Autre particularité de l’établissement, l’auto-école Fausten est une fervente partisane du permis sur boîte automatique, que ce soit par choix ou pour les élèves les plus en difficulté. « C’est une conduite tout de suite plus reposante, même si le pourcentage d’élèves qui optent pour la BVA reste faible. La prochaine étape serait de passer au véhicule hybride, voire électrique. C’est tentant, mais les tarifs de ces véhicules restent élevés. Il faudrait qu’ils se démocratisent davantage ».
Le véhicule à boîte automatique sert aussi pour les formations à destination des personnes à mobilité réduite. « Il est aménagé par la société Adapt’ Services, située à Cormontreuil, qui a installé des aménagements fournis par Sojadis, en fonction du type de handicap de l’élève. »

Des véhicules pour sortir du lot
Également située en centre-ville, l’auto-école Abel est une autre école de conduite qui a fait ses preuves depuis longtemps. Comme l’explique le gérant Étienne Abdelkrim, « l’école de conduite a été fondée par mon père en 1976. Nous disposons aujourd’hui de quatre agences (trois à Reims et une à Taissy) ».
Pour autant, ce n’est pas à Reims mais en région parisienne qu’Étienne a appris le métier. « J’ai passé mon Bepecaser en 2007 au centre CER Icare (Paris 15e) dirigé par Xavier Savignac, aujourd’hui vice-président du réseau CER. Et en 2009, je suis retourné à Reims pour faire équipe avec mon père ».
Côté véhicules, le gérant de l’auto-école Abel tient à se singulariser. Tout d’abord par la couleur rouge systématique de ses voitures, qui accroît leur visibilité. Ensuite par la sympathique petite moustache dessinée sur les rétroviseurs, un logo qui reprend celle arborée par son père. Et enfin par le choix-même des véhicules. « J’ai eu auparavant des Fiat 500, et aujourd’hui des Opel Corsa ainsi qu’une Adam, un petit modèle à l’esprit fun ». C’est en fait le groupe Ténédor, concessionnaire local qui propose notamment des Opel, qui a approché l’auto-école Abel en 2008, intéressé par le marché auto-école. « Il nous a proposé la Corsa, une voiture sympa et qui présente l’avantage par rapport à ses concurrentes de disposer d’une bonne visibilité et de très peu d’angle mort. La version auto-école n’est pas équipée en usine mais transformée par l’équipementier Drive Matic Legrand. Nous en sommes très satisfaits, d’autant plus que la qualité de service de la concession Ténédor est au top ».
Si tous les véhicules de l’auto-école Abel sont classiquement à boîte manuelle, Étienne Abdelkrim envisage l’acquisition d’une auto à boîte automatique. « Je me pose la question, car ce type de véhicule, qui constitue souvent un « coup de comm’ » pour l’auto-école, doit aussi être rentable. Mais il est souvent peu utilisé. Alors, si je craque, ce sera tant qu’à faire pour un véhicule hybride ».
Autre gérant, Dris Bejawi, à la tête de Neufchatel auto-école, avait déjà participé à la création de deux autres écoles de conduite, l’auto-école de la Gare (2006), puis l’auto-école Mediatech (2009), depuis revendues. Il est désormais seul aux commandes de son établissement, de taille plus modeste, mais bien situé, à proximité  de nombreux lycées. Le gérant résume ainsi sa philosophie : « Je travaille à mon rythme, sans chercher à être une usine à permis, et mes élèves m’en sont reconnaissants ».

Nouvel ETG : un manque de préparation
Si la discussion portant sur les véhicules provoque un vif enthousiasme, le sujet de l’arrivée du nouvel ETG catalyse toutes les critiques. Et pour cause, comme partout en France, la nouvelle mouture de l’ETG, lancée le 2 mai dernier dans la précipitation, a pris de court les écoles de conduite rémoises comme leurs élèves. « On a pris comme tout le monde une belle claque, indique Victorine Brancourt, avec une chute sensible du taux de réussite, puis les résultats sont revenus à la normale. Même si les nouvelles questions permettent de sortir de la routine, nous regrettons cependant que les questions sur les intentions des conducteurs et usagers de la route, les priorités, etc.
soient moins nombreuses qu’avant. Du coup, nous travaillons davantage ces thématiques en leçon ». Même son de cloche pour Étienne Abdelkrim.
« Il a fallu mettre à jour le nouveau matériel pédagogique et rencontrer les éditeurs. Malgré cela, les résultats ont été en chute libre. Il y a eu un décalage entre les infos que nous avions pu obtenir et les questions qui sont effectivement tombées le jour de l’épreuve. Si une poignée d’élèves a eu l’examen, la majorité a fait environ 8 fautes. Heureusement, depuis, les résultats sont à nouveau normaux ».
Pour sa part, Dris Bejawi révèle qu’aucun de ses élèves n’a souhaité passer dès le 2 mai le nouvel ETG, préférant attendre un peu afin d’être suffisamment préparé. Six l’ont finalement passé le 26 mai, et quatre ont été reçus. « Ce qui posait problème, c’était le manque de préparation, et non la disponibilité. Il faut dire que le gouvernement a mis la charrue avant les bœufs. Nous n’avons eu les nouveaux supports pédagogiques que peu de temps avant le nouvel ETG ». De plus, le gérant estime que les vidéos qui font désormais partie de l’examen sont « mal conçues. Il serait plus logique que les candidats prennent connaissance de la question avant de voir la vidéo, et non l’inverse ».

Une externalisation de l’ETG globalement réussie
On l’aura compris, pour les auto-écoles rémoises, la mise en place de la nouvelle épreuve théorique aura été un fiasco total. Pour autant, elles ne sont pas réfractaires au changement. Pour preuve, elles sont plutôt satisfaites de l’externalisation de l’ETG qui a démarré le 13 juin dernier. « Nos élèves passent l’examen principalement au centre de La Poste, puis nous recevons les résultats par mail, au minimum 2 heures après, ou bien le lendemain, quand l’épreuve a été passée en fin d’après-midi, explique Victorine Brancourt. Nous avons été bien informés des modalités de la privatisation par le CNPA-ER, dont nous sommes adhérents, et par la DDT. Nous n’avons donc pas rencontré de souci particulier. Nous avons inscrit tous nos élèves, aucun n’a demandé à s’inscrire seul de son côté. Les résultats sont très bons, puisque sur une quinzaine de candidats, un seul a échoué, avec 7 fautes ».
Pour sa part, Étienne Abdelkrim a choisi de ne présenter ses élèves qu’au centre d’examen SGS, plus proche de ses établissements que celui de La Poste.
« De plus, se réjouit-il, SGS vient de supprimer l’obligation de s’enregistrer 3 jours avant l’examen. On peut désormais le faire jusqu’à la veille ». Il souligne également « qu’avec la formule de l’opérateur privé, un élève qui a fait 6 ou 7 fautes peut, en mettant un bon coup de collier, repasser l’examen dans les 24 ou 48 h. Mais il ne faut pas que cela ne devienne pour l’élève qu’un moyen de se tester ». La grande crainte du gérant serait que les auto-écoles perdent la formation. « C’est pour cela que les écoles de conduite doivent continuer à apporter leur valeur ajoutée. Un élève ne doit pas faire que des tests, ce qui laisse trop de place au hasard. Or, l’enseignement dispensé par les auto-écoles doit éluder au maximum le hasard. C’est pour cela qu’il est utile d’échanger avec les élèves autour du Code de manière conviviale, au-delà du simple QCM. Ce qui n’empêche pas, en complément, de leur proposer du Code en ligne ».
Quant à Dris Bejawi, aucun de ses élèves n’avait encore, début septembre, passé l’examen avec un opérateur privé. « Mes prochains élèves passeront l’ETG au centre de La Poste. Nous verrons bien ce que cela donne ».

Des délais d’attente en progrès
Côté examen pratique, dans le département de la Marne, les délais d’attente n’ont, de l’aveu des gérants interrogés, jamais été particulièrement catastrophiques. Ainsi, comme le montre la carte de France du nombre de jours d’attente par département en mai 2016, fournie par la Sécurité routière (voir TAE 207 p. 9), le département de la Marne se situe dans la moyenne, avec un délai d’attente de 61 jours, soit 13 jours de moins qu’en mai 2015. Effectivement, selon Victorine Brancourt, la situation s’est un peu améliorée. « Nous arrivons le plus souvent à faire repasser les élèves un mois ou au pire un mois et demi après un premier échec ». Étienne Abdelkrim se remémore les délais plus problématiques d’il y a 6 ans, où l’on comptait près de 3 mois d’attente après un premier échec, et se félicite des progrès accomplis. « La démarche volontariste du gouvernement, sans oublier les inspecteurs, qui ont répondu présent pour effectuer des heures supplémentaires le samedi, ont bien aidé les auto-écoles ». La sérénité semble donc de mise chez les écoles de conduite rémoises. La preuve qu’il est possible pour la profession de voir le bout du tunnel !
Christophe Susung





L’impact du tramway sur les auto-écoles
Le tramway de Reims, apparu en 2011, est aujourd’hui incontournable pour les Rémois. Mais selon Étienne Abdelkrim (auto-école Abel), il a également modifié les habitudes des jeunes. « Le tramway rend moins indispensable d’avoir une voiture. Du coup, les jeunes repoussent l’âge d’obtention du permis de conduire ». Le gérant rappelle également que « si aujourd’hui le tramway est bien intégré à la circulation, ses travaux ont été très longs, et n’ont pas facilité la tâche des écoles de conduite ». Dris Bejawi (Neufchatel auto-école), indique :
« Contrairement à d’autres, nous n’avons pas été directement handicapés par les travaux du tramway, car notre établissement n’est pas situé sur la ligne, mais ils ont tout de même compliqué la circulation. Mais le plus gênant aujourd’hui, c’est pour se garer dans les rues où passe le tramway ».
Dès la mise en service du tramway, une école de conduite, l’auto-école Marie-José, avait sensibilisé non seulement ses élèves mais aussi les automobilistes et piétons aux risques liés au tramway, lors d’une journée portes ouvertes qui avait remporté un grand succès. Malheureusement, l’auto-école Marie-José a été placée en liquidation judiciaire en 2013. Selon la gérante Marie-José Pauchaut, qui s’est exprimée sur le site Web du quartier Croix Rouge de Reims, son auto-école, sise dans ce quartier, « a été pénalisée par les importants travaux de réhabilitation de la rue où elle était située, qui « bouchaient l’accès à son local », réduisant la visibilité et l’accès de la clientèle.





Des véhicules-écoles sans panonceaux de toit !
S’il va a priori de soi qu’un véhicule auto-école est systématiquement coiffé d’un panonceau de toit, certaines auto-écoles rémoises ont choisi de faire sans. C’est le cas de Dris Bejawi (Neufchatel auto-école).
« Le matin, j’avais parfois tendance à oublier de le mettre ! Il m’est aussi arrivé de le perdre en route ! De plus, le fait qu’il soit aimanté finit à la longue par abîmer le pavillon des véhicules. » Pour toutes ces raisons, le gérant a décidé d’opter à la place pour des bandeaux avec les inscriptions « Auto-école », placés sur le haut du pare-brise et de la vitre arrière. Même chose pour Étienne Abdelkrim (auto-école Abel), qui précise que cette pratique n’a rien d’illégal, comme le stipule l’arrêté du 8 janvier 2001 relatif à l’exploitation des établissements d’enseignement à titre onéreux, de la conduite des véhicules à moteur et de la sécurité routière. En effet, selon ce texte, un véhicule-école « doit être muni de panneaux ou d’inscriptions « auto-école » (ou « voiture-école », « véhicule-école »…) visibles de l’avant et de l’arrière. Ils doivent être placés soit à l’avant et à l’arrière, soit sur le toit des véhicules ».





FICHES D’IDENTITÉ
Auto-école Fausten
Date de création : 1959, reprise en 2013
Gérants : Olivier et Victorine Brancourt
Bureau : 1
Salariés : 2 moniteurs
Formations : B, AAC, CS, boîte automatique, permis B aménagé aux handicaps, A, A2, BE, B96.
Véhicules : 4 Citroën C3 dont 1 à boîte automatique, 1 Citroën Picasso (permis BE), 2 Kawasaki ER6, 1 Honda CBF 125
Tarifs : forfait 20 h entre 956 et 1 184 Euros selon prestations, heure de conduite : 41 Euros

Auto-école Abel
Date de création : 1976
Gérant : Étienne Abdelkrim
Bureaux : 4
Salariés : 13 dont 10 enseignants
Formations : B, AAC
Véhicules : 9 Opel Corsa, 1 Opel Adam
Tarifs : formule AAC à 1 280 Euros, pas de forfait pour le B mais un équivalent (leçons de Code + conduite) à 1 151 Euros, heure de conduite : 41 Euros

Neufchatel auto-école
Date de création : 2011
Gérant : Dris Bejawi
Bureau : 1
Salariés : 1 moniteur
Formations : B, AM
Véhicules : 2 Citroën C3, 1 MBK Spirit
Tarifs : pas de forfait 20 h, heure de conduite : 40 Euros


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