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Vie des régions — Avril 2008
-Rennes-
À chacun son rythme !
À rennes, les trois auto-écoles rennaises rencontrées sont très différentes. Cependant, elles partagent l’envie de bien faire, soit au niveau du développement commercial, soit en termes de pédagogie. L’un ne va évidemment pas sans l’autre…Attention, ovni ! Dans le paysage traditionnel des auto-écoles, cette enseigne a un profil atypique. Ici, il est plus question de business plan que de gestion de planning, de rentabilité que de fonds de roulement, d’entreprise que de famille. Avec ses 65 salariés et ses 2 700 inscriptions annuelles, tous permis confondus, l’ECF Mégret-Julaud, apparaît simplement comme un mastodonte. Cela n’a pas toujours été le cas. En 1997, le centre de formation ne comptait que quatre moniteurs. Mais tout a changé depuis l’arrivée à la tête de l’entreprise de Pascal Julaud. « Je viens de la gestion et du marketing, explique-t-il. Après mes études, je cherchais une entreprise à reprendre quand mon beau-père m’a demandé de le dépanner pour remplacer une secrétaire malade. » C’était en 1984. Deux ans plus tard, le nouveau venu passait ses diplômes d’enseignement et, dix ans plus tard, il reprenait purement et simplement l’établissement. À l’époque, l’entreprise était surtout impliquée dans les formations professionnelles, du groupe lourd aux Caces. Cette tendance s’était encore accentuée par le rachat, en 2005, d’un autre site de formation à Saint-Brieuc. « Mais en 2005-2006, j’ai commencé à m’ennuyer, tout cela était trop redondant pour moi, raconte-t-il. J’avais deux possibilités : soit revendre pour faire tout autre chose, soit changer et revenir au cœur de cible de l’enseignement de la conduite, avec la sécurité routière. » Le choix se porte sur la deuxième option et les résultats ne se font pas attendre. Dès 2006, Pascal Julaud rachète les deux auto-écoles de l’ECF Campus. L’année suivante, l’établissement de Chézy passe dans son escarcelle. Et en 2008, c’est au tour des auto-écoles Patton. « Cela pourrait continuer, prévient-il, tout en précisant que ce n’est pas le permis B qui (l)’intéresse, mais la sécurité routière. »LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE, UN ESPACE À CONQUÉRIRCar, avec un tel vivier de moniteurs, l’ECF Mégret-Julaud bénéficie d’un argument convaincant pour tous les prospects qui souhaitent organiser une formation de sécurité routière. Ainsi, il intervient dans de nombreux collèges et lycées de Bretagne, dans le cadre des journées VIE (Véhicule, individu et environnement), financées par la Caisse d’Epargne. Il est également partenaire de la ville de Rennes pour ses opérations de sécurité routière. Enfin, il assure des formations post-permis commandées par des entreprises ou des institutions, comme La Poste, EDF et France Télécom, qui désirent améliorer la conduite de leurs salariés mobiles. Évidemment, dans cette recherche de nouveaux clients, la possibilité d’utiliser un simulateur de perte de contrôle, des lunettes simulant l’alcoolémie, de coussins pour tester le freinage d’urgence, séduisent les nouveaux clients. Et pour les convaincre, l’ECF Mégret-Julaud s’appuie sur deux commerciaux chargés d’en faire la promotion. Les particuliers ne sont pas en reste. Ici, ils trouvent à la carte toutes les formations qui peuvent les intéresser. « J’adore découvrir des choses que je ne connais pas, se justifie Pascal Julaud. Quand je suis arrivé, l’apprentissage de la conduite pour les personnes handicapées a été mon premier cheval de bataille. Ensuite, nous nous sommes intéressés au bateau. Et nous nous focalisons désormais sur la moto. » Et demain ? Pour améliorer les performances de l’entreprise, il reste encore à parfaire le réseau qui relie toutes les agences, former tous les salariés – et notamment les hôtesses d’accueil – à la nouvelle image développée au niveau national par l’ECF et amplifier, encore, le volet sécurité routière. Ensuite, mystère. « Quand je ne m’amuserais plus, indique Pascal Julaud, je penserai à vendre. Ce seront des affaires intéressantes, avec des marges de 2 à 3 % ». UNE AFFAIRE DE FAMILLEÀ quelques kilomètres de là, en plein centre-ville de Rennes, l’auto-école Relou 4 Roues relève, comme l’ECF, de l’héritage. Mais Laurence et Marie-Hélène, qui ont pris la relève, ont plutôt choisi de suivre la voie de leur père, Auguste, récemment disparu. « Mon père était fana de voiture, raconte Laurence. Lui qui avait appris à conduire en trois leçons a choisi de passer son CAPP en 1955. Au début, il donnait ses rendez-vous au bar de la Marine. Puis, en 1957, il a trouvé ce local voisin. Ma mère s’occupait du secrétariat. » Précurseur et imaginatif, Auguste Relou décide de donner les premières heures de cours sur un circuit, pour éviter à ses élèves le stress de l’inconnu. Dès les années 1970, il aménage un terrain privé, avec feux et panneaux de signalisation, voitures stationnées le long des trottoirs pour apprendre en conditions réelles les manœuvres de stationnement, etc. Aujourd’hui encore, cette piste d’initiation reste un argument de vente. « Tout le début de notre formation se fait sur piste, affirme Laurence Relou. C’est plus sécurisant que la circulation, mais bien plus réel qu’un simulateur, que je compare à un jeu vidéo. »Dans cette aventure familiale, les enfants ont toujours baigné dans le monde de l’auto-école et la passion de l’automobile. Rien d’étonnant, donc, à ce que les deux filles et le fils aient repris les rênes de l’établissement. « En 1995, mes parents ont eu la bonne idée de nous céder leur affaire en donation-partage, raconte Laurence Relou. Marie-Hélène et moi avons repris la partie voiture, notre frère Charles a monté « Relou deux-roues » pour la moto. Et ça ne nous pose aucun problème de travailler en famille. » Cette famille, à écouter Laurence Relou, est extensible, ou du moins l’humanisme et la chaleur des gérantes sont tels qu’ils s’appliquent au-delà du cercle restreint. Ici, l’équipe enseignante est chouchoutée car elle est « super ». Les élèves sont cajolés également « même s’ils sont de moins en moins motivés, c’est dommage ». À leur sujet d’ailleurs, Laurence Relou regrette la poudre aux yeux du permis à 1 euro. « On en a beaucoup, mais ceux qui en auraient vraiment besoin ne l’obtiennent pas, faute de caution, affirme-t-elle. Les élèves qui n’ont vraiment pas les moyens de se payer leur formation sont aidés par le CCAS, la Mission locale, le conseil général ou le FASTT. Ça fait beaucoup de paperasses, mais nous les aidons à monter leur dossier. » Enfin, pas en reste, les collègues sont également partie prenante de l’entourage de l’auto-école Relou. « Je n’ai que des potes dans le milieu des auto-écoles, revendique Laurence Relou. Je n’ai aucun souci, ni avec les collègues, ni avec les inspecteurs. Tous les jeudis matin, je vais au Code et je bois un café avec ceux qui sont là. Ils m’appellent d’ailleurs souvent quand ils ont un problème. » Depuis 2003, elle est présidente de l’ADEC 35 (Association des auto-écoles citoyennes), créée à la suite du mouvement des inspecteurs, pour les gérants qui ne souhaitaient pas se syndiquer. Ailleurs, le mouvement a pu s’essouffler après la reprise du travail des fonctionnaires, mais pas ici. « Nous faisons régulièrement des réunions, pas le soir, quand tout le monde est fatigué après sa journée de travail, mais le matin. Chacun amène ses soucis, on en discute et je fais remonter les problèmes à la préfecture. C’est aussi un moment de convivialité important : beaucoup de gérants travaillent seuls et apprécient ces contacts. »LA QUALITÉ ET L’HONNÊTETÉ COMME MARQUES DE FABRIQUELe dernier rendez-vous est pris à dix minutes à pied de là. Toujours en plein centre-ville, à deux pas de l’hôtel de ville, l’auto-école Saint-Germain est nichée dan un immeuble classé aux monuments historiques. C’est Sophie Pascal qui l’a créée, il y a une petite vingtaine d’années. Mais étant absente au moment du reportage, elle laisse Tanguy Rio, son associé, parler pour deux. « Sophie a fait une étude de marché avant de s’installer, raconte-t-il. À proximité des facultés, de plusieurs lycées, des lignes de bus et de métro… l’emplacement était simplement idéal. » Et en effet, le succès n’a pas tardé. La gérante a même pu ouvrir à une époque un second bureau à Pacé, mais c’est désormais de l’histoire ancienne. Pour recentrer leurs affaires sur Rennes, les gérants ont décidé de le fermer, malgré son potentiel. Sérénité et qualité semblent être ici les maîtres mots de la réussite. Comme l’explique Tanguy Rio, les membres de l’auto-école Saint-Germain se retrouvent autour d’une même idée du travail. « Ici, l’enseignement est honnête, décrit-il. Dès la demande d’information, nous nous attachons à être le plus clair possible avec l’élève. Comme le prévoient les textes, nous commençons par l’évaluation. Puis, si elle débouche sur un accord, nous signons un contrat. La formation ne commence qu’ensuite et elle respecte les étapes du livret de formation. » Pour être sûr que le message passe bien auprès des clients, c’est d’ailleurs systématiquement un enseignant diplômé qui tient le bureau et répond aux questions. Dans la même ligne de conduite, un élève garde le même moniteur du début à la fin de sa formation. À la fin seulement, un de ses collègues le remplace pour mettre l’apprenti conducteur en condition d’examen. « Cela permet de dé-diaboliser l’épreuve, même si le contenu est le même que les évaluations en cours de formation », affirme Tanguy Rio. Centre-ville oblige, l’auto-école a également dû trouver une parade pour permettre aux élèves de vivre au mieux leurs premières leçons. Ici, c’est un simulateur de conduite qui joue ce rôle. Enfin, caution du sérieux de l’établissement, l’équipe est solide. « Nous avons eu du mal à la mettre en place, raconte Tanguy Rio. Il y a un turn-over énorme, il faut motiver les gens. Alors, en contrepartie de la rigueur que nous leur demandons, nous leur offrons de longs week-ends, des salaires attractifs et nous envisageons de leur fournir des tickets restaurant. » Ces bases solides permettent à l’auto-école Saint-Germain de s’adapter sans difficultés aux nouveautés du moment. Si le permis à 1 euro est proposé, il n’est cependant pas très apprécié. « La garantie financière nous coûte très cher, regrette le co-gérant. Et cette formule nous inonde de paperasses. Surtout, nous avons beaucoup de dossiers en suspens, où l’évaluation a été faite, mais nous ne savons pas si l’élève a pu obtenir ou pas le prêt. » En ce qui concerne la nouvelle méthode de répartition des places d’examens, il n’y a pas de réticence particulière : « Pour l’instant, indique Tanguy Rio, cela nous permet d’accepter les transferts puisqu’ils entrent dans les calculs d’attribution de places. De plus, nous présentons des élèves qui sont prêts, ils s’en rendent d’ailleurs compte eux-mêmes puisqu’ils s’auto-évaluent à chaque étape. Par conséquent, je n’ai rien contre cette nouvelle méthode pour l’instant. Mais nous manquons encore de recul pour observer toutes ses conséquences. »
Cécile Rudloff
CARTES D’IDENTITÉ
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ECF Mégret-JulaudGérant : Pascal JulaudAgences : six « agences de sécurité routière » (deux à Rennes, Liffré, Chézy, Betton, Saint-Aubin d’Aubigné) et deux « plates-formes de transport » (Montgermont, Pordic).Formations proposées : ASSR1 et 2, BSR, A, B, AAC, handi, bateau, réactualisation, permis lourds, tous Caces, formations d’enseignants de la conduite.Salariés : en formation professionnelle : 16 formateurs, huit administratifs et deux commerciaux. En sécurité routière : 31 moniteurs, huit administratifs.Véhicules : 43 Polo et Golf VW, dix camions Mercedes et un autocar, huit Honda 500 CB, une Honda 125 CG, un bateau Bénéteau, une Golf automatique et une Polo aménagée.Nombre d’inscriptions : 1 400 B, 250 A, 600 groupe lourd, 100 titres professionnels, 350 bateauTarifs : 1 220 € le forfait B, 35 € l’heure de conduite supplémentaire• Auto-école Relou 4 RouesGérante : Laurence RelouFormations proposées : B, AACSalariés : onze moniteursVéhicules : onze C3 et une voiture de piste de glaceNombre d’inscriptions : environ 600Tarifs : 1070 € l’équivalent du forfait B, 34 € l’heure de conduite supplémentaire• Auto-école Saint-GermainGérants : Sophie Pascal et Tanguy RioFormations proposées : B, AACSalariés : trois moniteursVéhicules : quatre 207Nombre d’inscriptions : environ 190 Tarifs : 980,50 € l’équivalent du forfait B, 35 € l’heure de conduite supplémentaire
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