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map Vie des régions — Juillet 2016

- Strasbourg -
Les auto-écoles s’engagent pour défendre la profession

Si Strasbourg et le département du Bas-Rhin comptent avec l’ECF Llerena l’un des plus importants réseaux d’auto-écoles de France, il existe dans la capitale européenne des professionnels qui exercent leur métier de manière plus confidentielle, mais également avec passion et efficacité.


Strasbourg, ville européenne. Le Parlement européen et le Conseil de l’Europe y tiennent session et la Cour européenne des droits de l’Homme y siège. Le territoire de l’Eurométropole est dense, en termes de communes et d’habitants. L’ancienne Communauté urbaine rassemblait 483 194 habitants en 2013, réparties dans vingt-huit communes, soit 43% de la population du département du Bas-Rhin.
Strasbourg compte à elle seule 275 718 habitants. Elle joue un rôle majeur au sein de la nouvelle région Grand Est en endossant la fonction de capitale, mais avec la volonté de préserver son identité. Une spécificité que le président de région, l’Alsacien Philippe Richert, a voulu sauvegarder, comme le prouve l’intitulé « Conseil régional d’Alsace, Champagne-Ardenne, Lorraine » dans la communication du territoire.
Économiquement, le territoire se développe autour de quatre axes. Le premier concerne les technologies médicales et les thérapies nouvelles, les bio-médicaments, les technologies de l’information et de la communication et la santé. Le deuxième pôle porte sur les mobilités innovantes et multimodales (logistique multimodale, véhicules propres, transports collectifs doux). Le troisième rassemble les activités du tertiaire supérieur international (rencontre économique, propriété intellectuelle, management public européen, place tertiaire et financière) et le quatrième regroupe l’économie créative et l’audiovisuel.
Strasbourg offre également le premier réseau cyclable français, avec 560 km d’itinéraires.
310 000 vélos de particuliers et 4 400 Vélhop (les vélos partagés strasbourgeois) les empruntent sur l’ensemble de l’agglomération. La ville peut se féliciter d’avoir été l’une des pionnières en matière d’auto-partage. Son service, Citiz Alsace, est aujourd’hui l’un des plus performants.
Strasbourg, également ville d’histoire. La cathédrale, le quartier de la Petite-France et les ponts couverts sont des passages incontournables pour les touristes qui apprécient notamment la gastronomie locale, dont la réputation n’est plus à faire. Et que dire des vins de la vallée du Rhin qui sont parmi les plus fameux de France ?

Le tutorat reste central dans l’enseignement
Selon Philippe Llerena, à la tête du réseau ECF Llerena, l’une des plus importantes écoles d’enseignement de la conduite en France, « Strasbourg se caractérise par son dynamisme. Il existe un véritable accompagnement des entrepreneurs, des groupes internationaux ou des auto-entrepreneurs ». Il rappelle que l’ECF « est le premier réseau d’écoles de conduite en France. Son poids est considérable au travers de l’Unidec, un syndicat professionnel représentatif dont les membres sont à 80 % des responsables d’auto-école ECF. C’est essentiel dans un secteur d’activité qui est en pleine mutation, avec notamment les auto-entrepreneurs, une dématérialisation de la relation avec l’administration ou encore une perte de la relation client-administration. »
La première agence du réseau ECF Llerena fut fondée par André Llerena en 1955. Ses agences à Strasbourg et dans le Bas-Rhin sont des points d’appui et d’expérimentation pour le développement des projets et les programmes pédagogiques de l’ECF. Sur le site d’Ebckbolsheim, à la sortie de la ville, les élèves peuvent profiter d’un entraînement à la conduite en ligne avec The good drive. Ce « serious game », développé avec Renault, est un complément pour automatiser un certain nombre de comportements dans des situations de conduite particulières. « S’il y a dans ce jeu un aspect ludique incontestable, le contenu pédagogique est de haut niveau, explique Fabrice Beau, le directeur des écoles de conduite. Le jeu permet une diminution du nombre d’heures « en face à face » dans le véhicule, bien que le tutorat reste central dans le parcours de l’enseignement. L’élève peut se confronter à des situations particulières, comme par exemple la conduite de nuit ou apprendre à se comporter en présence de véhicules qui ne respectent pas la réglementation. »
Les ECF de Strasbourg dispensent en moyenne entre 40 et 45 heures de cours pratiques. Selon Philippe Llerena, « The good drive peut permettre de réduire de 10 % ce temps de formation, en fonction des élèves. L’apprentissage par le jeu a un côté universel. Il est intéressant pour l’ensemble de la mobilité sur route, que l’on circule en voiture, en vélo, en moto ou en poids lourd. Il aide pour l’apprentissage de la conduite quotidienne et il permet de s’adapter aux situations critiques. » Les premiers résultats aux épreuves pratiques permettront de jauger l’efficacité de cette approche.
En attendant, les responsables de l’ECF et leurs collègues se montrent sceptiques quant à la mise en place de la nouvelle épreuve théorique générale (ETG), désormais gérée par des prestataires privés, comme La Poste et SGS. Des avantages sont attendus sur le nombre d’inspecteurs en charge de faire passer l’épreuve pratique et par conséquent sur la réduction des délais, actuellement estimés à moins de deux mois pour les deuxièmes passages à Strasbourg et à près d’un mois dans le reste du département. C’est un enjeu important pour le réseau ECF du Bas-Rhin, dont les candidats représentent 20 % des 16 000 candidats qui obtiennent chaque année leur permis B.
Laurent Gutnick, lui, se préoccupe moins du débat sur cette nouvelle réforme. À 43 ans, le fondateur de l’auto-école Pas à Pas a obtenu son Bepecaser en 1998. Il a commencé sa carrière chez Schlub, l’une des premières auto-écoles de Strasbourg. Il y est resté une dizaine d’années, avant d’exercer comme moniteur à l’auto-école Next, à Ostwald, et d’enchaîner diverses expériences. Son parcours l’a amené à s’interroger sur son métier d’enseignant de la conduite. « Je ne suis pas un entrepreneur né, s’amuse Laurent Gutnick. J’avais cependant des idées sur la pédagogie et je voulais être libre de les mettre en œuvre. »

Maîtriser le véhicule avant de se lancer
En 2012, il saute le pas et s’installe à son compte, avec une idée établie de l’approche qu’il voulait inculquer aux élèves.
« Conduire en sécurité, c’est bien, mais il me semble, et mon expérience le prouve, que si l’on commence par s’assurer que l’élève a la maîtrise du véhicule, c’est beaucoup mieux, explique Laurent Gutnick. Il faut leur apporter les réponses qu’ils se posent sur la voiture en amont. Ils doivent, une fois au volant, pouvoir se concentrer sur la route, sur leur environnement. Le fonctionnement du véhicule ne doit plus les préoccuper. »
Pour cela, Laurent Gutnick propose au départ des séances spécifiques sur une durée de deux heures. Les élèves peuvent s’initier à la conduite sur un site dédié en « s’amusant avec la voiture et en découvrant, puis en comprenant, le fonctionnement. On gagne du temps pour la suite de l’apprentissage et avec le recul, j’ai constaté que cette approche de l’enseignement de la conduite est particulièrement efficace. Elle convient parfaitement à ma clientèle, plutôt constituée d’élèves d’une quarantaine d’années mais aussi d’étudiants. Ils apprécient particulièrement le calme de la formation. »
En attendant avec impatience l’ouverture du Stride, le plus grand « Bike park indoor » d’Europe à Cronenbourg, ce passionné de vélo de course et de « dirt » (sport qui allie cyclisme et voltige) s’est adjoint un moniteur salarié pour développer sa petite entreprise et assurer à ses élèves des cours de Code. « La nouvelle ETG me semble aller dans le bon sens, estime Laurent Gutnick. Elle permet d’allier la pratique et le Code de la route stricto-sensu. Cette ouverture d’esprit peut rassurer les candidats. » Visiblement, ses angoisses sont ailleurs. « Je supporte mal que l’administration fixe des règles du jeu qu’elle ne cesse de changer. On essaie de les  respecter, mais c’est la jungle. Il faut sans cesse être vigilant et combatif. J’ai hésité entre devenir gendarme ou enseignant en auto-école. Je suis à cheval sur la sécurité routière, car c’est fondamental quand on circule en deux-roues (non motorisés surtout). J’ai finalement choisi l’auto-école. J’aime transmettre et le contact avec les élèves dans l’enseignement de la conduite me convient parfaitement », conclut-il.

Une école qui privilégie la relation humaine
Laurence Roch est elle aussi à l’aise lorsqu’elle s’installe sur le siège du moniteur de conduite. Professionnelle depuis une dizaine d’années, elle a travaillé dans plusieurs structures avec, au début, quelques doutes sur la suite de son parcours. « Dans ce métier, on rencontre parfois des gens qui sont à l’écoute et savent vous aider. C’était le cas par exemple à l’auto-école Brigitte. » Après une première ouverture dans le quartier de la gare, Laurence Roch décide en 2012 de déplacer son entreprise rue du Faubourg-de-Saverne. « Ma clientèle est très hétéroclite, mais les élèves de l’école d’architecture et ceux de l’école d’ingénieurs sont les plus nombreux, notamment en raison de leur proximité. J’ai aussi quelques élèves en conduite accompagnée. Dans l’ensemble, les formules les plus classiques sont préférées. Je conseille la conduite supervisée à des personnes qui pourraient dépasser les 40 heures ou qui sont dans l’impossibilité de venir régulièrement. Nous avons également des élèves qui suivent une formation sur boîte automatique. Notre planning est bien rempli et les trois véhicules de l’école sont très sollicités. » Laurence Roch est fière de voir ses anciens élèves revenir lui rendre visite, louant le sérieux de son travail et son accueil familial.

Les bons moniteurs,
des perles rares
Elle n’est plus seule à bord aujourd’hui. À l’automne 2015, elle s’est entourée de deux moniteurs, Michelle Rouzet et Élisée Moussambani. Cédric, son fils, assure l’intendance et le secrétariat. « Je viens de dépasser ma vitesse de croisière, dit Laurence Roch, et j’envisage par conséquent d’acquérir une troisième voiture boîte mécanique et d’engager un nouveau salarié. » Comme beaucoup d’entrepreneurs, elle regrette que les règles de recrutement ne soient pas plus faciles, mais « elle fait avec ». Il est difficile, selon elle, de trouver un bon moniteur. Un sujet qui semble l’agacer. Pour la faire sortir « de ses gonds », il suffit de lui parler de la circulation dans Strasbourg. Et là, elle démarre comme une voiture électrique au feu vert. « Ce n’est pas possible. Les automobilistes font n’importe quoi. Ils se garent aux endroits les plus dangereux, n’ont plus aucun respect pour les piétons, grillent allègrement les feux, quand ils ne s’engagent pas dans un sens unique pour rejoindre leur entrée de garage. La circulation est devenue pire que dans bien d’autres grandes agglomérations françaises. Et je ne veux pas parler des zones de
« non-droit » pour ce qui est de la réglementation routière, comme par exemple Cronenbourg ou Hautepierre. Pourtant, l’épreuve pratique du permis se déroule généralement dans ces zones. Toutes ces incivilités m’exaspèrent et ne nous facilitent pas la tâche. Comment expliquer à nos élèves ce qui se passe, comment les préparer de la bonne façon à affronter ces situations qui ne sont plus exceptionnelles et sont devenues quotidiennes ? Je m’interroge et je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante. » Laurence Roch le démontre, elle a un caractère bien trempé. Si quelqu’un doit s’en souvenir à la préfecture, c’est l’ancien responsable du service éducation routière. « Un ancien du métier est arrivé depuis au poste de délégué au permis de conduire et à la sécurité routière. Nous parlons le même langage et il est d’une rare compétence. Ce qui, naturellement, nous permet de travailler en bonne intelligence. » Pascal Perdu-Alloy fait l’unanimité et les relations entre les auto-écoles du département et les services de la préfecture sont aujourd’hui apaisées. Au moment où la profession connaît quelques bouleversements et où les professionnels s’interrogent sur leur avenir, c’est beaucoup mieux comme ça.
Marc Horwitz





FICHES D’IDENTITÉ

ECF Llerena
Date de création : 1955
Dirigeant : Philippe Llerena.
Directeur des écoles : Fabrice Beau
Agences : Siège à Eckbolsheim – 15 agences dans le département 67 (4 à Strasbourg intra muros)
Salariés : 95 (80 moniteurs, 15 secrétaires-assistantes)
Formations : A1, A2, A, B, AAC, formation des enseignants de la conduite automobile et de la sécurité routière, etc.
Véhicules : 90 Renault Clio, 2 Renault Mégane BVA (pour PMR), 15 Honda CB500 F, 15 Honda CBF 650, 5 Honda CB 125F, 12 scooters
Tarifs :
- Forfait 20 heures (+ inscription, livret et cours de Code,
1 accompagnement à l’ETG et à l’épreuve pratique) :
1 315 A (B), 1 395 A (AAC)
- Heure de conduite : 45 A

Auto-école Pas à Pas
Date de création : août 2012
Gérant : Laurent Gutnick
Salarié : 1 (soit 2 moniteurs avec le gérant)
Formations : B, AAC, formation et remise à niveau
Véhicules : 2 Renault Clio
Tarifs :
- Forfait 20 heures (+ inscription, livret et cours de code,
1 accompagnement à l’ETG et à l’épreuve pratique) :
1 299 A (B), 1 519 A (AAC)
- Heure de conduite : 42 A

Auto-école Roch Conduite
Date de création : 2006
Gérant(e) : Laurence Roch
Salariés : 2 (2 moniteurs)
Formations : B, BA, AAC, conduite supervisée
Véhicules : 2 Peugeot 308, 1 Peugeot 2008 BA
Inscription : 99 A (B)
Tarifs :
- Forfait 20 heures : 940 A (B), 1 140 A (AAC)
- Code : 400 A (avec accès à la salle illimité, séance
pédagogique, Eaysweb, accompagnement à l’examen),
150 A (Easyweb, Easypack, livre de Code et accompagnement à l’examen)
- Heure de conduite : 42 A


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