Si la grande majorité des cours de conduite comprennent un élève et un moniteur, plusieurs initiatives y font également participer des parents ou d’autres élèves inscrits à l’auto-école.
C’est une initiative singulière qu’a lancée l’auto-école Passeport Conduite, située à la Madeleine (Nord). Depuis 2016, elle invite les parents de ses élèves à monter à bord du véhicule-école lors des heures de conduite. Outre donner un aspect plus convivial aux leçons, l’objectif est également de profiter de la formation de leur enfant pour faire bénéficier les parents d’une remise à niveau gratuite, souvent salutaire.
Piqûre de rappel
« Une bonne piqûre de rappel est souvent nécessaire, explique le gérant Yves Joyez. Avant de m’occuper de mon auto-école, j’ai servi 28 ans dans la gendarmerie. Je suis ainsi conscient qu’il est utile d’ôter aux parents des mauvaises habitudes qui perdurent parfois depuis de nombreuses années. Cela peut concerner des thèmes comme aborder un giratoire, prendre une sortie sur autoroute ou encore effectuer correctement un dépassement. » Les parents ne sont invités à prendre part aux leçons qu’à partir de la 15e ou de la 17e heure de conduite de l’élève, l’objectif étant de ne pas perturber ces derniers lors du début de l’apprentissage. « Cela permet également parfois aux parents de constater qu’on ne rajoute pas des heures de conduite pour faire de l’argent, mais parce que c’est réellement nécessaire », souligne Yves Joyez.
Et en fin de leçon, on inverse les rôles ! L’élève passe à l’arrière et le parent prend le volant, bénéficiant d’un audit de conduite.
« Nous avons ainsi pu nous apercevoir que l’un des parents avait pris l’habitude de ne plus regarder dans le rétro intérieur, car il avait conduit une camionnette pendant 10 ans ! » Pour le gérant, le post-permis devrait être obligatoire. « Pourquoi imposer un contrôle technique pour les véhicules et pas pour leurs conducteurs ? », s’étonne-t-il. Enfin, les parents peuvent également assister à certaines leçons de Code, voire repasser – à blanc – leur Code !
L’écoute pédagogique, une leçon avec plusieurs élèves
Dans le même esprit, une autre pratique, nommée par beaucoup « écoute pédagogique », consiste à faire monter un ou deux élèves sur la banquette arrière lors d’une leçon de conduite effectuée classiquement avec un élève au volant et un moniteur à ses côtés. Une méthode d’ailleurs très courante en formation poids lourd.
L’objectif ? Profiter des erreurs des autres afin de progresser et de mieux assimiler l’enseignement, avec un regard plus aiguisé, n’étant pas directement impliqué dans la conduite du véhicule.
Concernant cette pratique, les réactions recueillies sur notre page Facebook montrent que les avis sont partagés. Pour Domi, « l’écoute pédagogique est intéressante car elle permet de prendre en compte les erreurs des autres, de visualiser des situations de conduite, de regarder autour de soi… et aussi de rassurer sur ses propres erreurs ». Mais, ajoute Cédric, « si l’écoute pédagogique peut être utile, il est indispensable de n’y faire participer que des élèves motivés ». Christelle estime même que la plupart du temps, « les élèves consultent leur téléphone mobile ou, dans le meilleur des cas, regardent le paysage ! » Officiant dans une auto-école rurale, Céline est quasiment obligée de regrouper dans un même véhicule des élèves lors des leçons de conduite, notamment pour se rendre à l’examen, situé à 1 heure de route. « J’ai constaté que mes élèves apprennent plus vite et voient beaucoup plus de situations avec les autres usagers ».
Par contre, Stéphanie est « totalement contre l’écoute pédagogique. Chaque élève réagit de manière différente émotivement parlant. Certains pourraient être vraiment perturbés par la présence de deux autres élèves derrière eux. Ils pourraient se sentir inférieurs à leurs camarades plus doués et se décourager ».
Faire payer la « leçon » ?
Une question subsiste : faut-il faire payer les élèves en écoute pédagogique ? Il semble qu’en la matière, les pratiques varient selon les écoles de conduite, qui choisissent soit de faire payer le tarif d’une heure normale, soit un tarif moins élevé, ou bien ne rien faire payer du tout, estimant que seules les heures réellement passées au volant peuvent être facturées comme heures de conduite. Quoi qu’il en soit, l’éventuel coût doit être clarifié avec l’élève avant de commencer l’écoute pédagogique, afin d’éviter les conflits.
C. S.
Quid des cours théoriques obligatoires ?
Sur le plan pédagogique, le vice-président du CNPA, Michel Schipman, met l’accent sur l’importance de cours théoriques obligatoires en école de conduite. Il estime que la profession est « davantage axée sur la réussite à l’examen que sur la sécurité routière. Ces cours théoriques en salle constituent un moyen d’améliorer les comportements, mais sont rarement dispensés, car encore facultatifs. Afin que les conducteurs adoptent un comportement plus sûr en dehors des situations d’observation (cours de conduite, examen), ces cours doivent être rendus obligatoires. De plus, l’enseignement théorique ne doit pas se limiter à des tests, puisqu’un test sert non pas à apprendre, mais à valider des acquis ». Patience, la réforme du permis pourrait finir par instaurer ces cours théoriques obligatoires…