Entre écoute des clients et professionnalisme, les exploitants nancéens se donnent du mal pour proposer des formations de qualité. Une quête rendue possible par des tarifs sensiblement plus élevés qu’ailleurs.Attention, naître à côté d’un grand circuit de course automobile peut engendrer des vocations d’enseignant de la conduite ! Pour Arnaud Voiry, en tout cas, la mécanique a été efficace. Passionné par les voitures depuis le plus jeune âge, encouragé par une tante monitrice, il a embrassé la profession à 21 ans et racheté son auto-école en 2001. Dès le départ, il a su observer et s’adapter pour faire fructifier le potentiel de son établissement.
Premier changement, le jeune chef d’entreprise a choisi d’élargir les horaires d’ouverture pour proposer sept heures de cours de Code par jour. Il a également adapté les horaires des leçons de conduite, calées à l’heure et quart, comme le lycée voisin. Enfin, et surtout, il a choisi d’assurer lui-même le secrétariat. « Je suis le mieux placé pour vendre mon beefsteak, explique-t-il. Les gens aiment avoir en face d’eux la personne qui décide. Cela me permet de régler les problèmes immédiatement et quand il y a un temps mort, j’en profite pour avancer sur les tâches administratives. Avant de gagner de l’argent, il faut ne pas en perdre. »
Le calcul d’Arnaud Voiry s’est montré payant : l’auto-école qui employait deux salariés au moment du rachat, en compte désormais cinq. Là encore, le jeune gérant fait preuve de beaucoup de bon sens, tant au niveau du recrutement que de la gestion de l’équipe. « Je fonctionne au feeling, affirme-t-il. Je choisis mes salariés en fonction de leur caractère. Je ne changerais pas leur personnalité, mais je pourrais faire évoluer leur manière de travailler. » Et puis, sachant que l’agglomération nancéenne souffre de la pénurie de moniteurs, Arnaud Voiry sait trouver les arguments qui font rester les siens. L’un d’eux rigole, en attendant le gérant : « Il paie mieux que les autres ». C’est un des arguments, mais pas le seul. « Je ne les prends pas pour des imbéciles, je ne considère pas qu’ils sont à ma disposition, dit-il. Nous constituons une équipe et nos relations sont basées sur la confiance. »
DES COURS DE PILOTAGE QUI SÉDUISENTCe n’est pourtant pas seulement cette gestion « au feeling » qui attire les clients. En complément des formations classiques, Arnaud Voiry propose des stages de pilotage. « Ce qui m’a toujours passionné, explique-t-il, c’est de comprendre comment fonctionne la voiture et comment l’utiliser. Je ne suis pas un kamikaze. » Ainsi, au cours de ces formations individuelles, Arnaud Voiry apprend à des conducteurs expérimentés à laisser glisser leur voiture sous contrôle avec un simulateur de perte d’adhérence. Il les initie à des techniques de rallye afin de parvenir, non pas à une conduite spectaculaire, mais à une conduite efficace…
Pourtant, il se défend de faire du sensationnalisme. « Je suis très controversé, reconnaît-il. Il y a des gens qui pensent que j’apprends aux gamins à faire n’importe quoi, mais c’est tout l’inverse. Je pars du principe qu’ils feront leurs expériences quoiqu’il arrive, je leur donne les moyens de ne pas se casser la figure. D’ailleurs, je calme beaucoup le jeu. » Et pour attirer les volontaires, le gérant joue sur deux tableaux : d’une part, sa voiture-école est une Mini Cooper, une « petite bombe » de 210 chevaux équipée pour le rallye, qui attire l’œil. D’autre part, chaque année, il fait la démonstration de ses talents de pilote au cours du Dragster Power Show de Chambley. Grâce à cette exhibition, il a été contacté par EDF. Les formations ont satisfait les employés et le bouche-à-oreille commence à porter ses fruits. Voilà une initiative séduisante qui promet d’améliorer, s’il le fallait encore, l’image de cette auto-école dynamique.
FACILITER LA VIE DE LA CLIENTÈLEInstallé à Nancy également, Smail Idri a un parcours très différent. Lui est venu à l’auto-école sur le tard, après des années passées en usine sidérurgique. Le secteur étant en crise, il avait décidé de passer son CAP en 1980, envisageant avec un peu d’avance sa reconversion. « Peu après l’obtention de mon diplôme, la personne chez qui j’avais fait ma formation m’a appelé pour me proposer de racheter son local, raconte-t-il. Ce n’était pas une auto-école, mais il avait tout le matériel nécessaire pour en ouvrir une. Au début, j’étais seul avec mon épouse. Je continuais mon travail de soudeur la journée et je donnais les leçons le soir, jusqu’à 23 heures, pour assurer la transition. » Un peu de publicité, la proximité de la faculté de lettres et l’accueil agréable ont permis à Smail et Yasmina de développer progressivement l’affaire. Aujourd’hui, ils sont épaulés par six moniteurs pour satisfaire la demande croissante des clients.
« Pour avoir du succès, il faudrait ouvrir nuit et jour, s’amuse son épouse. Nous avons récemment innové en proposant du Code tous les jours, de 10 à 12 h et de 14 à 19 h. En plus, deux cours de Code par semaine sont animés par des moniteurs. Quant à la conduite, elle est possible de 8 h à 20 h. Et nous proposons aux élèves de venir les chercher à leur domicile. Les gens veulent des services comme ceux-là, qui leur facilitent la vie. » Les élèves apprécient également l’organisation de l’auto-école Charly : ici, ils peuvent programmer des heures de conduite après deux ou trois semaines de présence assidue aux cours de Code, afin de progresser simultanément en théorie et en pratique. Ils aiment également, être suivis par un même moniteur, avant de passer un examen blanc avec l’un de ses collègues.
PROPOSER DES FORMATIONS VARIÉESToujours à l’affût d’une nouvelle idée pour satisfaire sa clientèle, Smail Idri (dit Charly, d’où le nom de son auto-école) propose une large gamme de formations. Deux ans après la création de son établissement, déjà, il avait lancé la moto, malgré la concurrence. « Je suis moi-même motard, ça compte pour ce permis, affirme-t-il. Et nous avons une bonne réputation, c’est important aussi car le succès de cette formation passe beaucoup par le bouche-à-oreille. » Cette année, pour compléter le tout, il a décidé de proposer la formation bateau. « Il y avait de la demande, reprend-il. Et j’ai un moniteur qui est très motivé. Et puis, une nouveauté, ça fait toujours de la pub à l’auto-école. » Jusqu’à présent, ce permis était proposé, mais l’enseignement de la partie pratique était sous-traité. Charly a le pied marin ! Il passe actuellement passer son permis, AFPS compris, et pourra désormais bientôt donner des leçons sur les canaux de la Moselle.
Au final, ce que l’on retient surtout de cette auto-école, c’est cette envie de bien faire et de donner satisfaction au client. L’ambiance aussi, joue une part importante dans le succès de cette affaire. Le côté « bon enfant » est palpable même après que les élèves soient partis. À ce titre, la jovialité de Yasmina Idri permet aussi à l’établissement de se démarquer. Tout sourire, c’est elle qui reçoit les candidats, les materne ou les remue gentiment quand il s’agit de faire régler les ardoises. Elle a d’ailleurs du mal à imaginer que certaines auto-écoles puissent refuser des élèves. « L’année dernière, se souvient-elle, une auto-école nancéenne a fermé, les élèves faisaient le tour des collègues pour poursuivre leur formation. Nous avons repris 50 dossiers, car il n’y a pas trop d’attente chez nous pour passer les examens et la préfecture nous a accordé des places en plus. Je n’en revenais pas : certains élèves nous remerciaient de les avoir repris, comme s’ils étaient des cas désespérés ! »
UN SPÉCIALISTE DE LA MOTOAprès ces deux auto-écoles guidées par le désir de bien faire et d’apporter quelque chose de positif aux élèves, le reportage nancéen ne pouvait pas mieux se terminer qu’avec l’auto-école Serrier. France et Pascal Wolff ont repris cette auto-école en 1988. Auparavant, ils y étaient tous deux salariés. Après la vente, ils n’ont pas changé grand-chose, ni le nom – l’auto-école était connue, ni les méthodes – « Elles nous intéressaient, l’ancien gérant apprenait aux gens à conduire, pas à passer le permis », affirme France Wolff. Par contre, ils ont augmenté les tarifs, car l’établissement était aussi réputé pour être l’un des moins chers de Nancy. Au fil des années, l’empreinte des nouveaux gérants s’est tout de même imposée progressivement : passionnés tous les deux de moto, ils ont développé ici une formation si sérieuse qu’elle les fait parfois « passer pour des extra-terrestres ».
Membres de la FFMC (Fédération Française des Motards en Colère) et de l’AFDM (Association pour la Formation Des Motards), France et Pascal Wolff se sont donnés les moyens de « dormir tranquillement la nuit ». Pas à pas, critère par critère, ils ont intégré la charte de l’AFDM. « Nous proposons une vraie formation à la route, explique France Wolff. Nous apprenons aux élèves à prendre des virages, suivre des trajectoires, etc. Chez nous, l’élève profite d’une formation individuelle. Sur autoroute, notamment, il est seul avec le moniteur. Et sur la piste, ils sont deux en général, trois de manière anecdotique. Même si c’est très contraignant, nous avons pris le parti de former correctement 50 personnes par an, plutôt que 100 n’importe comment. » Le respect de la charte engage également à ne pas trafiquer les motos. Ici, pas de butée limée, pas de « bidouillage de pignons de sortie de boîte » pour aider les élèves à surmonter les difficultés techniques. Pas de fixation sur le chronomètre non plus. « Chez nous, l’élève n’aborde le chrono que dans les dernières heures avant le permis. D’ailleurs, vu son bagage, ça ne lui pose aucun problème », décrit la gérante. Preuve de l’engagement militant de ces enseignants passionnés, ils ont créé à Nancy une antenne locale de l’AFDM, afin de proposer – de manière bénévole – des formations post-permis deux-roues.
UN VÉRITABLE ENGAGEMENT POUR LE PARTAGE DE LA ROUTELeur implication pour la sécurité routière ne s’arrête pas là. À vrai dire, elle déteint sur l’ensemble de leur activité. La formation automobile, par exemple, s’accompagne d’une sensibilisation au partage de la route. « En formation voiture, nous emmenons les élèves sur la piste, explique France Wolff. On leur montre pourquoi le motard n’est pas très visible, pourquoi il est fragile aussi. Et on leur explique que s’il remonte les files, ce n’est pas nécessairement pour griller tout le monde, mais surtout parce qu’il peut être dangereux pour lui de rester derrière un camion et désagréable de respirer les gaz d’échappement à l’arrière de la file. »
Dans ce contexte, l’auto-école Serrier ne propose évidemment pas de BSR classique. Ici, hors de question de laisser partir des scootéristes avec 5 heures de formation : à la carte, le BSR+ atteint les douze heures et un programme d’apprentissage complet. Ce sérieux a d’ailleurs séduit certaines municipalités des environs : dans le cadre du contrat local de sécurité, trois d’entre elles ont confié à l’auto-école Serrier des formations pour leurs collégiens. Au final, ce professionnalisme a un prix. Ici, la formation moto débute à 800 euros, quand elle est vendue ailleurs à 300 euros de moins. Elle va d’ailleurs augmenter, pour compenser la hausse des salaires de moniteurs et celle des prix du carburant… Mais ce ne sera pas suffisant pour permettre aux gérants de réaliser leur projet de développer leurs effectifs en moto. « Pour cela, explique France Wolff, il nous faudrait une piste privée. Mais pour la financer, nous devrions vendre notre âme au diable. Et ça, il n’en est évidemment pas question ! »… On l’avait compris !
Cécile Rudloff
CARTES D’IDENTITÉ
Auto-école Grand PrixGérant : Arnaud Voiry
Salariés : cinq moniteurs
Formations proposées : B, AAC, cours de pilotage
Véhicules : cinq 207, une Mini Cooper
Inscriptions : 250 en 2006
Tarifs : 1110 € l’équivalent du forfait B, 41 € l’heure de conduite supplémentaire
Auto-école CharlyExploitant : Smail Idri
Salariés : cinq moniteurs et une secrétaire
Formations proposées : B, AAC, BSR, E(B), A, A1, permis bateau
Véhicules : sept Clio, un Traffic, trois Suzuki GSE 500, deux Kawasaki ER5, une ER6, une Yamaha 125, deux scooters
Inscriptions : 249 B, 22 AAC, 160 A, 40 BSR
Tarifs : 920 € l’équivalent du forfait B, 37 € l’heure de conduite supplémentaire
Auto-école SerrierGérants : Florence et Pascal Wolff
Salariés : quatre moniteurs B, deux moniteurs au bureau, une monitrice en congé de maternité
Formations proposées : A, B, AAC, BSR
Véhicules : quatre Modus, un Scenic, deux remorques, deux scooters, deux Kawasaki ER5, une Kawasaki 125
Inscriptions : 50 A, 215 B
Tarifs : 1 000 € l’équivalent du forfait B, 41 € l’heure de conduite supplémentaire