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school Pédagogie — Février 2006

Comment rendre les élèves sensibles au port de la ceinture ?


Perdre la moitié de son capital points sur le permis probatoire, voilà ce qui attend certains conducteurs novices qui omettent de porter la ceinture de sécurité. Déni de l’accident, sentiment d’invulnérabilité ou simple oubli, les motifs pour cette infraction sont multiples. Cette fiche pédagogique a pour objet d’apporter des éléments de réflexion susceptibles de transformer une contrainte en bénéfice.

Les chiffres sur le port de la ceinture de sécurité à l’avant pour les véhicules particuliers sont encourageants. Encourageants, mais imprécis. Si lors des observations visuelles effectuées pour le compte du ministère des Transports(1), le taux de port de la ceinture à l’avant avoisinaient les 100 % en 2004, les bulletins d’analyses d’accidents corporels rédigés par les forces de police ou de gendarmerie lors des accidents sont moins optimistes. Ces derniers tiennent compte des témoignages des impliqués. Force est de constater que le doute prévaut dans 16 % des cas. Les accidentés avaient-ils ou non leur ceinture lors du choc ?
Un chose est sûre : le taux de port de la ceinture a grandement progressé à partir du moment où son absence a été sanctionnée par un retrait de trois points au lieu d’un seul, à savoir en mars 2003. Des progrès restent cependant à faire, notamment pour ce qui est du port de la ceinture à l’arrière. On estime qu’en 2004, sur les 3 186 personnes ayant perdu la vie dans un accident de voiture, plus d’un sur quatre ne portait pas la fameuse ceinture. Ainsi, selon la DSCR, 585 vies auraient pu être sauvées si les occupants avaient respecté cette obligation.

LA CEINTURE : UNE HISTOIRE ANCIENNE
C’est en 1885 que tout commence aux États-Unis. Edward Claghorn dépose le brevet d’un système qui permet de maintenir les passagers des malles-poste et autres diligences sur leur siège. En 1903, l’ingénieur Gustave Désiré LiebauI met au point des « bretelles protectrices pour voitures automobiles et autres ». Mais il faudra attendre 1950 pour qu’un ingénieur suédois de la société Volvo, Nils Bolhin, conçoive une ceinture trois points se rapprochant de celle que nous connaissons actuellement.
En France, après avoir équipé progressivement les véhicules de points d’ancrage, puis de ceintures, le port devient obligatoire à l’avant et hors agglomération en 1973. En 1979, cette obligation est étendue à la ville pour les passagers avant de voitures particulières. Contrairement à une idée tenace assez répandue dans le grand public l’obligation du port de la ceinture à l’arrière n’est pas si récente, puisqu’elle date du 1er décembre 1990. Mais il est vrai que les mesures sanctionnant lourdement le non-respect du port de la ceinture à l’arrière n’ont véritablement été prises que depuis peu. Rappelons que si les occupants d’un véhicule de moins de 18 ans (et non plus de 13 ans ) ne sont pas attachés, le conducteur encourt une amende de 135 euros (décret 2005-277 du 25 mars 2005). Seules « les personnes dont la morphologie est manifestement inadaptée » ne sont pas concernées par cette mesure.
Mais à l’instar de ce qui s’est passé pour le port de la ceinture à l’avant, en l’absence de contrôles et sanctions systématiques de la part des forces de l’ordre, il y a malheureusement fort à parier que le taux de port à l’arrière stagne, les campagnes de communication violentes sur ce thème ne jouant plus efficacement leur rôle pédagogique.

LES MYTHES ONT LA VIE DURE
Évoquer le port de la ceinture dans un groupe, c’est inévitablement se voir objecter son inefficacité dans certains cas, voire sa dangerosité… Tel participant aura eu, dans son entourage connaissance d’une personne “sauvée par l’absence de ceinture”. Telle autre, parlera d’éjection salvatrice. Évidemment, ces arguments traduisent la résistance à la contrainte réglementaire, la méconnaissance de l’importance des forces en présence lors des chocs, même à allure restreinte.
Si sur les ceintures les plus récentes, les constructeurs adjoignent un limiteur d’effort, ce n’est pas un hasard. La pression exercée par la ceinture sur le thorax, lors d’un choc compris entre 50 km/h et 60 km/h avoisine les 900 kg et peut provoquer des fractures des côtes ou/et un arrêt cardiaque. A l’image des languettes métalliques disposées sur les canettes de soda pour les ouvrir, la pièce de métal se déforme de façon programmée pour réduire de moitié la pression maximale exercée sur le corps par la ceinture(2 ).
Se retenir au volant ? Il faut avoir mangé beaucoup d’épinards comme Popeye… En effet, compte tenu des lois physiques, si l’on pèse 75 kilos, il faut être capable de retenir 2 tonnes avec ses petits bras musclés lors d’un choc à 50 km/h. Ne bénéficiant pas de la technique de déformation de l’avant du véhicule, la tête du conducteur vient heurter le pare-brise à la vitesse initiale du choc et ce sera alors au chirurgien plastique de faire des miracles pour réparer les dégâts causés au visage lors du choc sur le pare-brise feuilleté. Pour rendre les faits plus concrets, l’enseignant de la conduite peut reprendre cette information donnée par la DSCR : « Pour tout passager d’un véhicule, un choc ou une collision à 50 km/h correspond à une chute du 4e étage, soit près de 10 mètres »(3).
Des outils et des exercices
Rien de mieux qu’une démonstration pour emporter l’adhésion de vos élèves. Voilà pourquoi Pascal Dragotto, cascadeur professionnel et inspecteur départemental de sécurité routière sillonne les routes de France(4). En effet, les esprits sont marqués lorsqu’il lance à 50 km/h une voiture dans laquelle se trouve un mannequin non attaché contre un autre véhicule. Pour peu que les pompiers procèdent ensuite à une simulation de désincarcération, l’effet est saisissant… Malheureusement ce type de manifestation nécessite une longue préparation, un espace sécurisé particulièrement grand et présente un coût qu’une école de conduite ne peut assumer. Il n’est cependant pas impossible d’envisager de faire participer les apprentis-conducteurs à la préparation d’une action de ce type dans le cadre de leur formation, en se rapprochant notamment des préfectures et associations de victimes.
Dans le même registre, le simulateur Autochoc(5) constitue un outil pédagogique efficace. Lors de simulations de chocs à 10 km/h contre un mur, les volontaires subissent la décélération et en comprennent l’importance. Persuasive et ludique, la voiture tonneau(6), marque déposée par le C.E.T.E de l’Est, tourne sur un axe de rotation de 360° et démontre tout l’intérêt de la ceinture en cas de tonneaux. Rares sont les volontaires à continuer de nier l’intérêt de se ceinturer après avoir pris place à bord. Spectaculaire, c’est sans doute là aussi la limite pédagogique de ce genre de moyen. Les formateurs doivent impérativement être formés à leur usage et savoir utiliser une argumentation rigoureuse lors de leur utilisation sous peine de transformer ces aides en manège…
En école de conduite, avec des moyens beaucoup plus modestes, il est toujours possible d’élaborer des exercices moins spectaculaires, mais tout aussi édifiants. Dans un premier temps, l’enseignant fait circuler des photographies de véhicules des années 60. Il demande aux élèves ce qui les surprend dans la conception de ces véhicules (parties saillantes, carrosserie très robuste etc.). Il oriente ensuite la réflexion sur la conception des véhicules actuels : la déformation de l’avant des véhicules, leur partie centrale indéformable, la nécessité d’être solidaire de cette « cellule de survie » grâce aux ceintures ( en montrant des photos de crash-tests ou des extraits de films). Enfin, il n’omettra pas de rappeler que les crash-tests d’homologation sont effectués à 56 km/h et de faire remarquer que cette allure semble faible au regard des maxima autorisés. Or la résistance du corps humain a ses limites : un choc frontal contre un obstacle indéformable est mortel à 65 km/h).
Dans un deuxième temps, l’enseignant peut passer en revue avec les élèves les équipements de sécurité dont disposent les professionnels sur les chantiers (gants, lunettes, protections respiratoires, chaussures de sécurité, casque etc.). A cet effet, on peut photocopier un extrait de catalogue pour se livrer à cette réflexion( 7).  Objectifs de cet exercice : faire comprendre que la ceinture de sécurité est un outil de protection indispensable au même titre que ceux utilisés par de vrais professionnels dans le cadre de leur travail.
Dans un troisième temps, après avoir fait l’acquisition d’une ceinture de sécurité usagée, préalablement découpée au cutter, l’enseignant peut se livrer à l’étude de sa conception avec les élèves. Les fibres et brins qui la composent doivent pouvoir subir un certain allongement et ne se rompre qu’au-delà de 3 tonnes.

Jean-Claude Huant

(1) http ://www.securiteroutiere.equipement.gouv.fr/infos-ref/observatoire/accidentologie/le-bilan-de-l.html
(2) Pour plus d’informations sur les limiteurs d’effort, consulter : http ://www.crash-test.org/techno/passive.htm#ceinture
(3) téléchargement du dépliant de la DSCR sur les idées reçues concernant la ceinture :
http ://www.securiteroutiere.equipement.gouv.fr/ressources/les-depliants-thematiques.html
(4 ) http ://www.lyonne-republicaine.fr/dossiers/collocal/cljoigny/20031020.YON_D7331.html
 http ://www.correze.pref.gouv.fr/prefecture/securite/securite_routiere/Actualites_et_actions_locales/Sang_ceinture_tue_casque/index_html ?printable=1
(5) L’Autochoc est une marque déposée par la Société Mancel S.A. Coordonnées : 1 068 rue de la Gare, 88220 Xertigny. Tél. : 03 29 30 10 12.
(6)  http ://www.mengel.fr/VoitureTonneau.html
(7) http ://www.manutan.fr/


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