Le ministère de l’Intérieur prévoit de confier la conduite des voitures-radars à des prestataires extérieurs pour intensifier leur utilisation.
Il est de notoriété publique que la France possède un arsenal répressif conséquent et diversifié pour lutter contre l’insécurité routière. Parmi les outils à disposition, police et gendarmerie s’appuient notamment sur des radars de toutes formes, dont certains, les radars embarqués, circulent au sein même du trafic dans des véhicules banalisés. Au total, l’État compte 319 voitures-radars à l’heure actuelle, mais ces dernières passent trop de temps au garage au goût du gouvernement. Il a donc été décidé le 2 octobre 2015 d’étudier la possibilité de confier leur conduite à des prestataires afin de les faire tourner davantage et ce sans mobiliser inutilement les forces de l’ordre.
Des policiers inactifs
« Il faut bien comprendre que les policiers ou gendarmes qui occupent ces voitures ne font rien de plus qu’entrer la vitesse autorisée dans leur tablette et vérifier si le radar a bien enregistré les automobilistes ne respectant pas la limitation », explique Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la Sécurité routière.
« Mais comme les forces de l’ordre sont très sollicitées par ailleurs, on se retrouve avec des équipement coûtant 15 000 euros annuels d’entretien qui ne tournent qu’une heure par jour, explique-t-il. C’est pourquoi nous allons externaliser cette tâche ». Pour autant, pas question de laisser carte blanche aux sociétés retenues. Celles-ci recevront en effet des plans de charge (trajets à effectuer, horaires d’utilisation, etc.). Parallèlement, les voitures-radars seront géolocalisables afin de s’assurer du respect des consignes fixées. Quant à la rémunération de ces prestataires, elle ne dépendra aucunement du nombre de conducteurs flashés. « La rétribution sera établie selon la commande passée au prestataire, détaille Emmanuel Barbe. Quant aux informations enregistrées, elles continueront à être constatées et validées par du personnel à Rennes. Le cas échéant, c’est ce service qui s’occupe de dresser une contravention et non la personne à bord de la voiture-radar ».
Expérimentations cet automne
Si, idéalement, cette mesure est supposée voir le jour en janvier 2017, Emmanuel Barbe indique que cela « se fera progressivement », le système devant être « irréprochable ». Pour s’en assurer, des expérimentations devraient être conduites à l’automne prochain. À terme, les sociétés missionnées auront pour objectif de faire circuler ces véhicules régulièrement, de jour comme de nuit. Car pour que la mesure soit efficace, « les gens doivent comprendre qu’ils risquent constamment d’être contrôlés et qu’ils devront donc rester concentrés sur leur conduite », rappelle le délégué.
B. V.
Les Français se montrent méfiants
Si la gestion privée des radars mobiles embarqués de l’État n’est encore qu’au stade de projet, l’association 40 millions d’automobilistes a sollicité l’institut Harris Interactive pour se pencher sur l’acceptabilité d’une telle mesure par l’opinion. Réalisée du 22 au 24 mars sur un échantillon représentatif de 1 002 personnes, l’enquête révèle que 83% des Français voient cette décision d’un mauvais œil. Outre l’image de « pompe à fric » qui colle aux radars dans l’esprit des citoyens, les Français estiment à 86% que les sociétés mandatées chercheront à se placer dans les endroits les plus propices au recueil d’infractions. Un point que réfute Emmanuel Barbe en insistant sur le fait que les sociétés « seront chargés d’utiliser les véhicules sur des trajets imposés ». Le délégué interministériel évoque même la possibilité de publier ces itinéraires une semaine après le passage des véhicules pour assurer une certaine transparence. Enfin, seules 29% des personnes interrogées voient en cette mesure l’opportunité d’améliorer la sécurité routière.