Déjà dispensé par certains établissements au Royaume-Uni, l’apprentissage de la conduite dès 11 ans est-il envisageable en France ? Certaines auto-écoles ne seraient pas hostiles à cette idée.
« Quand vous apprenez le piano, vous ne commencez pas à 17 ans mais à 5 ans ». Tel est le credo de l’auto-école Young Driver, qui dispense depuis 2010 au Royaume-Uni des leçons de conduite aux enfants dès l’âge de 11 ans. S’il n’est pas question de prodiguer ces cours sur route ouverte à la circulation, l’établissement enseigne aux enfants les plus motivés des notions de conduite (croisements, ronds-points, panneaux…) sur des parkings ou des propriétés privées. Ces jeunes apprentis conducteurs ne pourront cependant passer leur permis qu’à partir de 17 ans. Comme l’affirme l’auto-école britannique, cet apprentissage précoce « permet aux élèves de devenir des conducteurs plus prudents une fois le permis en poche, réduisant, selon une étude, leurs accidents de 40% ».
Qu’en pensent les auto-écoles françaises ? Monitrice à l’auto-école Bouvier (Le Mans, Sarthe), Angélique Bouvier estime que l’apprentissage de la conduite à la pré-adolescence pourrait constituer un « plus » pédagogique. « Quand on voit que la conduite accompagnée peut désormais s’effectuer dès 15 ans, il pourrait être intéressant d’aller plus loin. Car plus on anticipe l’apprentissage, plus l’élève sera prêt et moins il risque d’être surpris au volant lorsqu’il aura son permis. Sans pour autant tout enseigner dès 11 ans, cela permettrait aux élèves de s’adapter plus facilement ». Bien entendu, ajoute l’enseignante,
« cet apprentissage ne concernerait que les enfants véritablement motivés ».
Mais est-on est suffisamment « mûr » à 11 ou 12 ans pour apprendre à conduire ? Paradoxalement, des enfants de cette tranche d’âge se montrent parfois plus motivés et raisonnables que des adolescents.
Attention à l’excès de confiance !
La directrice pédagogique de l’auto-école CECA (Colmar, Haut-Rhin), Angélique Llopis-Gosset, est également d’avis qu’apprendre à conduire dès 11 ans n’est pas une idée si saugrenue qu’il n’y paraît. « Je préfère de loin voir un enfant de 11 ans s’initier à la conduite automobile sur une piste fermée qu’un jeune de 14 ans lâché sur les routes sur un scooter. Cependant, les accidents de la route ne sont en général pas liés à un défaut de manipulation du véhicule, mais essentiellement au comportement du conducteur ». Angélique Llopis-Gosset craint donc que cet apprentissage précoce, « s’il permettrait au futur conducteur de parfaitement maîtriser son véhicule, risquerait par contre d’entraîner un excès de confiance, source d’accidents ».
Un apprentissage légal ?
Reste un point essentiel : apprendre à conduire à un enfant dès 11 ans est-il légal en France ? Joël Anne, gérant de l’auto-école qui porte son nom à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie), tout à fait favorable à un apprentissage précoce, estime cependant qu’il n’est actuellement pas autorisé de dispenser une formation à des élèves de moins de 16 ans (15 ans depuis que l’AAC est ouvert à cet âge), même sur une piste privée, sans avoir de livret d’apprentissage, ni de dossier 02 enregistré en préfecture (arrêté du 8 janvier 2001) ».
Pour Alain Catala, l’un des responsables du groupe ECF, « tout dépend de ce qu’on appelle « apprendre à conduire ». Si l’enseignement de la conduite sur route ouverte à la circulation ne peut s’effectuer avant 15 ans, rien n’empêche de faire de la sensibilisation à la conduite sur des pistes privées. C’est ce que propose notamment l’ECF Cerca (Niort), dans le cadre de son « village enfant », au sein duquel des élèves d’école primaire s’entraînent sur des mini-voitures. Il s’agit plus d’apprendre la vie en société en tenant compte des autres que d’apprendre à conduire ».
C. S.