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work Gestion & management — Avril 2016

- Colloque parlementaire -
Uberisation : chance ou menace pour la société ?

Si l’ubérisation de l’économie a déjà malmené les écoles de conduite, elle touche aussi d’autres secteurs. Pour élargir le débat, un colloque à l’Assemblée nationale a réuni les représentants de différents métiers.


Aucune profession n’est à l’abri de l’« uberisation ». Un terme issu du nom de l’application Uber, qui met en relation chauffeurs et clients, concurrençant les taxis de nombreux pays. Le 18 février dernier, un colloque rassemblant les représentants de plusieurs métiers concernés par ce nouveau modèle économique était organisé à l’Assemblée nationale, à l’initiative de Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines et président du Parti chrétien-démocrate.

Les enjeux de l’uberisation
Selon lui, l’uberisation « bouleverse l’économie traditionnelle et notre rapport au travail, en remplaçant le salarié par un « travailleur indépendant », le métier par « l’activité » et le contrat de travail par un lien de dépendance économique ».
Le député ne nie pas l’innovation qu’apporte le numérique au consommateur, mais estime qu’il faut « garantir l’équilibre entre la liberté et la justice par un minimum de règles ». Un avis partagé par tous les intervenants, pour qui l’uberisation doit impérativement être encadrée, dans l’intérêt des clients et de la concurrence.
« Si la modernité consiste à ne payer ni impôt, ni TVA, ni charges sociales, alors les taxis veulent bien être modernes », a ironisé Alain Griset, président de l’Union nationale des taxis et de l’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat (APCMA). Mais selon lui, « l’enjeu de l’uberisation dépasse largement le cadre du taxi ».
Alain Griset ne conteste pas la modernisation technologique, « qui peut constituer une opportunité de développer les affaires », mais cela ne dispense pas de « règles qui s’appliquent à tous ».
De plus, l’uberisation implique des choix de société. « Derrière la modernité, il y a des conséquences sociales importantes, et plus de 50 milliards estimés qui quittent la France. Veux-t-on encore pouvoir avoir des routes, des écoles, des retraites ? ».

Les plateformes dans le collimateur
Didier Chenet, président du Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs (Synhorcat), a dénoncé les plateformes qui concurrencent ces secteurs « sans respecter les règles ». Exemple : la plateforme de location de logements de particuliers Airbnb. « On y trouve 100 000 meublés touristiques, dont 60 000 à Paris, forcément moins chers que les hôtels. Ce n’est pas une pratique occasionnelle, mais un véritable business, puisque 50% des biens proposés sont disponibles toute l’année ! ».
Pour le président du Synhorcat, Airbnb France « ignore les règles (demande d’autorisation préalable, pas de location sans autorisation du propriétaire…), et s’affranchit également de millions d’euros d’impôts, qui vont vers l’Irlande ».
Même constat pour les « restaurants clandestins » (repas chez l’habitant, comme Vizeat.com…), « qui proposent de véritables menus, sans être soumis à la fiscalité ni aux normes d’hygiène et de sécurité ».
Pour mettre fin à ces situations, Didier Chenet propose de rendre obligatoires la déclaration et l’enregistrement à l’administration, de toute société qui propose une offre sur une plateforme.
Le président de la FNAA (Fédération nationale de l’artisanat automobile), Gérard Polo, a affirmé quant à lui « ne pas refuser la numérisation, à laquelle le secteur automobile s’est adapté » tout en soulignant que « l’uberisation constitue un danger, notamment pour les centres de contrôle technique (concurrence du contrôle technique à 1 euro) ».

« Ringardiser » les acteurs établis
Philippe Colombani, président de l’UNIC (affiliée à la FNAA), a souligné que l’uberisation utilise toujours le même processus. « On commence par ringardiser une profession afin qu’elle soit « bonne à démolir ». » Mais les arguments employés sont faux. « Quand j’entends dire que les auto-écoles enseignent toujours le Code dans des caves humides et sombres, alors que cela fait 10 ans qu’elles proposent de l’enseigner par Internet !, s’est indigné le président de l’UNIC. Bercy a pris le contrôle de la réforme du permis de conduite, considéré comme un produit de consommation ». Pourtant, pour Philippe Colombani, la profession n’est pas encore dans un état d’uberisation. « Nous avons stoppé cela. Et désormais, les actions juridiques sont plus pertinentes que les manifestations ».
Présent dans la salle, Benjamin Gaignault, co-fondateur d’Ornikar, a proposé de collaborer avec les auto-écoles traditionnelles intéressées pour combler les heures creuses de leurs enseignants. La réponse de certaines auto-écoles présentes dans la salle ne s’est pas faite attendre : « Quand on est cocu, on n’invite pas l’amant de sa femme à dîner ! ».
C. S.





Luc Ferry défend l’innovation
Invité au débat, Luc Ferry, philosophe, ex-ministre de l’Éducation et de la Recherche, a estimé que « si les taxis avaient offert des services comparables à ceux d’Uber, ils n’auraient pas été ubérisés ». Selon lui, les innovations créent toujours au début des difficultés (chômage, décroissance…), avant de rendre ce qu’elles ont pris, en créant d’autres emplois. Le philosophe a cependant rejoint les autres participants au débat sur le fait « qu’une compétition équitable est nécessaire. Mais en visant l’intérêt général et non celui des corporatismes ».


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