Si les prérequis pour accéder au métier d’inspecteur du permis de conduire ne sont pas légion ni très exigeants, la formation, elle, s’avère longue et s’articule principalement sur des stages pratiques au sein des centres d’examens.
Leur corps de métier forme le jury du premier examen de France à savoir le permis de conduire. Avec 3 199 854 examinés d’après les chiffres les plus récents toutes épreuves confondues (théorique et pratique) dont 1 363 291 pour le seul permis B, celui-ci devance en effet d’autres grands examens nationaux comme le baccalauréat, lequel réunit chaque année moins d’un million de candidats. Pourtant, le nombre d’inspecteurs du permis de conduire et de la sécurité routière (IPCSR) n’a quant à lui rien d’impressionnant. Environ 1 400 fonctionnaires occupent ce poste dans notre pays, sans oublier leurs supérieurs hiérarchiques, les délégués au permis de conduire et à la sécurité routière (DPCSR), dont l’effectif culmine à un peu plus de 100 individus, soit un par département. Des professions plutôt exposées mais néanmoins méconnues du grand public et parfois même des enseignants de la conduite.
Peu de barrières à la présentation
Avant toute chose, rappelons que l’inspecteur du permis de conduire est un fonctionnaire de catégorie B et, comme tout prétendant à un emploi dans un service public, celui-ci doit remplir quelques prérequis élémentaires. La possession de la nationalité française, du baccalauréat et d’un casier judiciaire n°2 vierge font donc l’affaire. S’ajoute à cela des impératifs relatifs à la conduite puisque l’aspirant doit détenir le permis B depuis plus de 3 ans ainsi que le permis A, en précisant si nécessaire que ceux-ci ne doivent pas avoir fait l’objet de quelconque annulation, restriction ou suspension. Toutefois selon Christophe Bernard, directeur général de l’Institut national de sécurité routière et recherches (INSERR), l’obligation concernant le permis moto « devrait probablement disparaitre à l’avenir ». Celui-ci rappelle également que « des remises à niveau sur les permis sont effectuées si besoin ». Une fois ces conditions validées, tout citoyen de moins de 45 ans (au 1er janvier de l’année du concours) peut présenter le concours externe pour devenir IPCSR. Quant aux personnes déjà en poste dans la fonction publique, le concours interne sera la voie à suivre. La réussite de deux épreuves d’admissibilité et trois épreuves d’admission constitue ensuite le dernier obstacle avant d’intégrer officiellement la formation nationale en qualité de stagiaire.
Beaucoup d’anciens enseignants de la conduite
À ce stade de la sélection, le nombre d’aspirants oscille entre 25 et 50 personnes par promotion. Les stagiaires viennent alors garnir les 41 chambres de l’Institut national de sécurité routière et de recherches implanté à l’ouest de Nevers dans un ancien monastère. Et parmi ces effectifs, beaucoup viennent du monde de la conduite. « Entre 40% et 50% sont d’anciens moniteurs d’auto-école, détaille Christophe Bernard. Le Bepecaser étant reconnu par l’État comme un diplôme de niveau IV, cela permet d’établir une passerelle entre ces deux professions ». Pour autant, une telle réorientation professionnelle ne garantit pas une adaptation simplifiée au nouvel environnement. « On observe régulièrement des difficultés chez certains anciens enseignants de la conduite à changer de statut. Le rôle n’est plus le même, insiste le dirigeant. Même si nous ne sommes pas là pour déstabiliser les élèves, il arrive que certains gardent une approche trop pédagogique, trop proche du candidat, et ne font pas suffisamment preuve de recul pour avoir une analyse la plus juste possible ».
Mais concrètement, qu’est-ce qu’un bon inspecteur ? Quelles doivent être ses principales qualités ? Pour le directeur général de l’INSERR, elles sont multiples avec une priorité pour 3 d’entre elles, à commencer par le relationnel. « Un IPCSR représente l’État et se doit donc d’accueillir les candidats avec bienveillance et veiller à ne pas être une source de stress pour ces derniers. Ensuite, il est évident qu’il faut posséder de solides connaissances sur les bases du métier sous toutes ses coutures. Enfin, le sens de l’observation est primordial. Cela demande énormément de concentration et de maîtrise pour être capable de hiérarchiser les différentes attitudes et réactions de l’élèves pour fonder son jugement ».
Presque un an de formation au total
Pour en arriver là, les apprentis inspecteurs suivent une formation longue, étalée sur quasiment une année. Tout commence par 4 mois de formation dans la préfecture de la Nièvre, au cours desquels sont passés en revue les aspects théoriques, bien que des cours pratiques soient dispensés parallèlement. Au programme, on retrouve notamment la réglementation relative à la circulation routière et aux examens du permis de conduire, les techniques de communication et de relationnel, la déontologie, la docimologie (étude des évaluations pédagogiques) et les techniques de ces évaluations. Autant de points essentiels à acquérir pour exercer efficacement, justifiant la longueur du cursus théorique. D’autant que, comme le souligne Christophe Bernard, « l’INSERR forme avant tout des fonctionnaires et pas seulement des IPCSR. Par conséquent, tout n’est pas uniquement lié au métier précis qu’ils vont effectuer. Nous permettons ainsi à ces gens de bifurquer dans leurs carrières respectives par le biais d’un détachement comme c’est le cas pour les autres employés de la fonction publique ». L’occasion également de rappeler que les inspecteurs du permis de conduire et de la sécurité routière sont aussi chargés du contrôle administratif et pédagogique des auto-écoles et des centres agréés par les préfectures pour les stages de récupération de points. Néanmoins, l’évaluation des compétences des élèves dans le cadre des différents permis représente 70% de l’activité des IPCSR et reste de loin leur mission majeure.
Plusieurs mois de stage avant l’accréditation définitive
Une fois la première partie de la formation achevée, les stagiaires sont envoyés en centre d’examens pour 4 semaines. S’ils ne sont pas encore habilités à conduire seuls des épreuves ni à délivrer des permis, ceux-ci vivent néanmoins une première immersion concrète dans la réalité de leur futur quotidien. À l’issue de cette période, qui coïncide avec la fin des 6 premiers mois de formation, les candidats se voient délivrer, sous réserve d’avoir obtenu la note moyenne de 10/20 à l’issue des différents modules (hors notes éliminatoires), une accréditation provisoire. Celle-ci permet de passer aux 4 mois de la phase « consolidation des compétences »
en centre d’examens où les apprenants peuvent commencer à exercer en autonomie. Une évaluation effectuée par un DPCSR permettra alors de prétendre à l’accréditation définitive et ainsi entrer de plein pied dans la profession. Au total, sur les 10 mois d’apprentissage, près de la moitié sont axés sur la pratique. Un point sur lequel insiste Christophe Bernard en rappelant que « par rapport à d’autres corps de métier de l’État, les IPCSR font partie de ceux qui reçoivent le plus de formation sur le terrain ».
Rechercher l’uniformité des évaluations
Malgré cette précaution, les inspecteurs du permis de conduire et de la sécurité routière ne parviennent toujours pas à se défaire de certaines critiques. Comme l’illustre le résultat de notre sondage (voir p. 28) et la sortie du livre de Jean-Pierre Coldefy Le permis de conduire : la loi du silence en septembre dernier, l’inégalité de traitement des élèves d’un examinateur à l’autre continue de faire débat. Pourtant, là encore, l’INSERR affirme travailler sur la question. « Nous fournissons aussi un gros travail sur la formation continue. Parmi les modules complémentaires proposés, l’un est dédié à l’harmonisation des pratiques d’évaluation », précise le directeur général.
Ce court stage a pour objectif de permettre une prise de conscience de la part des IPCSR de ces différences qui peuvent exister. Des débats sont ainsi organisés, la réglementation est rappelée et les participants sont invités à comparer leurs méthodes avec celles de leurs confrères. En Seine-Maritime par exemple, 16 agents ont suivi une telle formation à la rentrée 2015. Preuve que les inspecteurs n’oublient pas ces formations complémentaires, même si les auto-écoles aimeraient sans doute les voir porter leurs fruits plus rapidement en évaluation.
BENJAMIN VIDAL
Évolution de carrière d’un IPCSR
Créé en 1987, le corps des IPCSR régi par les décrets n°87-997 du 10 décembre 1987 et n°94-1016 du 18 novembre 1994, est composé de 3 grades et emploie des agents de catégorie B. Le salaire de base d’un inspecteur du permis de conduire pointe à environ 1 500 euros nets tandis qu’en fin de carrière, celui-ci culmine à 2 800 nets. Outre la possibilité de muter vers d’autres métiers de la fonction publique, l’évolution de carrière de ce personnel passe par le franchissement des échelons et grades propres à la profession. L’IPSCR peut également aspirer à devenir délégué au permis de conduire par concours ou liste d’aptitude. Pour présenter le concours interne, le candidat doit être en mesure de justifier 4 années minimum dans le service public. Quant à l’inscription sur liste d’aptitude, celle-ci est ouverte aux inspecteurs de 2ème et 1ère classe comptant au moins 6 ans d’ancienneté dans leur grade. Pour les autres, le concours externe fait office de dernière solution. Si la promotion est acquise, le lauréat intègre le corps à 2 grades des DPCSR, dont le salaire débutant s’établit à 2 000 euros nets et celui en fin de carrière grimpe jusqu’à 3 600 euros nets d’impôts.