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school Pédagogie — Janvier 2016

- Pédagogie et handicap -
Des élèves en demande d’égalité

Si former un élève valide à la conduite est une chose, s’occuper d’une personne handicapée en est une autre. Tour d’horizon des points importants à ne pas négliger avec cette deuxième catégorie d’apprentis.


S’occuper de manière générale du handicap, c’est d’abord avoir affaire à une multitude de handicaps différents et donc une nécessité encore plus importante de savoir s’adapter. Ainsi, si un tétraplégique n’associant aucun trouble cognitif à sa pathologie demandera essentiellement un effort de maîtrise technique des aménagements du véhicule, un patient atteint d’une maladie psychique demandera davantage de patience et de répétition des informations. Mais lorsque l’on parle de handicap et de conduite, il faut aussi voir une différence entre les élèves en quête d’une régularisation et ceux recherchant un premier passage du permis B. Autant de paramètres qu’il faut avoir en tête au moment de se lancer mais aussi lors des cours de conduite pour assurer une formation efficace.

Des connaissances du matériel et du handicap requises
En premier lieu, il est donc important pour le moniteur de savoir à quel type de pathologie il est confronté. Comme l’explique Antoine Vernier, enseignant de la conduite pour l’auto-école associative du Centre de ressources et d’innovation Mobilité Handicap (CEREMH), « le fait de connaître suffisamment le handicap de l’élève permet d’anticiper les difficultés liées à sa pathologie que ce dernier va rencontrer durant sa formation. C’est essentiel, notamment au tout début de la prise en charge, afin que le candidat sache exactement ce que la formation va représenter pour lui, particulièrement en terme de durée. L’apprentissage peut s’avérer long si l’élève souffre de dyspraxie par exemple. Ses capacités d’assimilation sont moindres et le temps de formation risque de s’allonger. Mais cela peut aussi concerner des handicaps moteurs compte-tenu de la sensibilité de certains appareillages qui demandent énormément de précision ». Si la maîtrise parfaite des équipements d’aide à la conduite est logiquement attendue chez les candidats, il en va de même pour l’enseignant. Celui-ci étant la plupart du temps valide, cela représente une part non négligeable de sa propre formation puisqu’il doit lui aussi s’adapter à une mécanique dont il n’a pas besoin en temps normal. Néanmoins, « cela contribue à renforcer les connaissances du moniteur ainsi forcé de se mettre à la place de l’élève », précise Antoine Vernier.

Distinguer les régularisations des premiers passages
Outre les différents équipements et handicaps, il convient également de « faire la distinction entre les régularisations et les passages intégraux du permis B », selon Gérard Garcia, gérant du CER Blanquefort (Gironde). « Dans le premier cas, les élèves ont déjà de l’expérience puisqu’ils étaient conducteurs avant leur changement de situation. Cela fournit une base de travail sur laquelle le moniteur peut s’appuyer. En revanche, dans le deuxième cas de figure où l’élève part de zéro, on tend à se rapprocher de la méthode habituelle », explique-t-il. Un avis partagé par Mélina Bonichon, co-gérante de l’ECF Alain à Arpajon-sur-Cèze (Cantal), laquelle ajoute néanmoins que la situation vécue par ces gens leur a imposé de s’adapter constamment à de nombreuses technologies. Un constat qui facilite le travail de l’enseignant. « Qu’ils aient des connaissances de la conduite automobile ou non, ces élèves ont une certaine aisance à gérer les aides techniques qu’on leur apporte car leur quotidien est souvent parsemé de divers systèmes d’assistance », justifie la dirigeante.

Être à l’aise avec le handicap est impératif
Parmi les points sur lesquels tout le monde s’accorde, la nécessité de ne pas forcer un moniteur à s’occuper d’handicapés apparait en bonne position. « Il faut accepter de côtoyer le handicap, être à l’aise avec cette différence, insiste Christophe Le Maguer, moniteur au CER du Bugey à Ambérieu-en-Bugey (Ain). Malheureusement, ce n’est pas le cas de tout le monde. Je pense qu’il n’est pas possible de confier à n’importe qui l’enseignement de la conduite auprès de personnes en situation de handicap ».
Une vision approuvée par sa compagne, Francine Morand, gérante de l’établissement. « Il faut avoir de solides qualités relationnelles et de la patience. La plupart de ces personnes ont besoin d’être entourées, rassurées, comprises et traitées d’égal à égal, décrit-elle. D’autant que le Bepecaser n’aborde que très rarement le sujet ». Cette absence remarquée dans la formation des enseignants de la conduite désole aussi Valérie Brèche, co-gérante de l’ECF Brèche à Remiremont (Vosges). « Il n’existe pas réellement de formation pour cette partie de notre métier, regrette-t-elle. C’est principalement pour cela que le moniteur doit avoir une certaine fibre, une certaine sensibilité au handicap. C’est d’autant plus important si l’on a affaire à des troubles psychiques. Personnellement, mon expérience en pédopsychiatrie m’a beaucoup aidée ». Même son de cloche chez Pascal Augé, gérant du CER Bobillot à Paris, qui rappelle cependant que, quel que soit l’élève, le métier de formateur « nécessite de savoir s’adapter à la personne accueillie ».
Mais le gérant concède toutefois que cela est plus difficile face à des maladies évolutives car chaque jour est différent.
« L’apprenti peut se sentir très bien un jour et beaucoup moins bien le lendemain. Le moniteur doit alors modérer son exigence en fonction de cet aspect, explique-t-il avant d’ajouter que, quoi qu’il arrive, il faut rester franc avec l’élève. Ces gens n’attendent que ça, à savoir d’être logé à la même enseigne que tout le monde. Encore une fois, l’accent doit être mis sur la personne en elle-même et pas sur son handicap ». Franchise et ambition finissent donc par apparaitre comme les maître-mots d’une pédagogie sur-mesure pour ce public spécifique et particulièrement motivé. « Personnellement, je dis souvent à mes élèves que je n’ai pas l’impression de travailler avec eux, tant ils simplifient les choses grâce à leur motivation hors normes ! », avoue Gérard Garcia, imité par Mélina Bonichon qui concède « ne rien changer dans sa méthode classique, hormis quelques détails techniques, pour enseigner la conduite à ces gens souvent plus réceptifs et plus motivés ».
B. V.


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