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school Formation — Octobre 2015

- Sarreguemines -
Le pari du Code trilingue

Une auto-école implantée près de la frontière allemande propose depuis huit mois des cours de Code en français, allemand, mais aussi en arabe.


Il est coutume de dire que le client est roi. Un adage pris au pied de la lettre par l’auto-école Easy Drive de Sarreguemines en Moselle, qui dispense depuis le 7 janvier 2015 des cours de Code en français, en allemand et en arabe. Une initiative qui porte ses fruits, à la grande satisfaction de Yamina Si Larbi, gérante de cet établissement indépendant.

Des débuts bénévoles
À l’origine, cette initiative n’était qu’une action bénévole assurée par Yamina Si Larbi pour aider une jeune femme maghrébine dont les difficultés en français l’empêchaient de réussir l’ETG. La gérante, possédant la double culture franco-algérienne, se souvient : « Je lui ai proposé de venir deux soirs par semaine pendant un mois après la fermeture pour lui apprendre le Code de la route en langue arabe, afin qu’elle assimile aussi bien la théorie que le vocabulaire ». Et son élève valida enfin l’examen qui lui avait auparavant échappé à huit reprises, malgré la présence d’un traducteur. « Suite à cette anecdote, le bouche-à-oreille a fonctionné et de nouveaux élèves germanophones et arabophones ont poussé la porte de l’auto-école. Du coup, je propose cette formation à ma clientèle depuis janvier dernier », explique la gérante.

Des résultats prometteurs
Chaque semaine, l’auto-école dispense ainsi sept cours de Code dont deux en arabe et deux en allemand. Une charge de travail conséquente pour la gérante, obligée de jongler d’une langue à l’autre en permanence, mais qui s’avère payante. « À ce jour, une dizaine d’élèves ont été présentés à l’examen et tous l’ont obtenu ». Même constat pour la pratique avec quatre obtentions pour quatre candidats, tous sans traducteur ! Pour Yamina Si Larbi, nulle place au hasard dans cette réussite. « De manière générale, ces élèves sont plus motivés, plus travailleurs, plus assidus. Ils viennent une heure en avance par rapport aux horaires classiques pour suivre le cours en langue étrangère puis enchaînent avec les francophones pour valider leurs acquis ».

Le traducteur à l’examen : une aide insuffisante
Les élèves qui suivent ces cours trilingues ne sont pas uniquement arabes ou allemands puisqu’un Bosniaque et un Cambodgien ont notamment participé aux cours. Une preuve que l’objectif n’est pas seulement linguistique. « Il y a un vrai besoin de pédagogie, plus que d’une simple traduction, puisque certains de ces élèves ont échoué jusque-là avec un traducteur, explique la gérante. Si les traducteurs sont autorisés, les traductions peuvent parfois être imprécises et, de fait, induire les candidats en erreur. C’est pourquoi mon but est de faire comprendre le Code et son vocabulaire, deux choses qui ne sont pas simples même pour des francophones ». À l’heure actuelle, 20% de ses élèves optent pour la formule en langue étrangère et ne paient pas de frais supplémentaires. « Je ne saurais pas comment le justifier compte tenu que leur objectif est le même que celui des élèves « classiques », à savoir obtenir le Code et le permis ! Sans oublier que leur temps de formation n’est pas allongé », explique Yamina Si Larbi. Malgré quelques polémiques (voir encadré), cette dernière entend bien poursuivre cette belle aventure… inch’Allah.
B. V.






Une initiative qui dérange le FN
Malgré les bons résultats, l’initiative de l’auto-école Easy Drive de Sarreguemines ne ravit pas tout le monde. Le 20 août, les représentants mosellans du Front national (FN) ont vivement réagi via un communiqué de leur secrétaire départemental, dénonçant « une pratique contraire au principe d’assimilation » défendu par le FN. Il est également précisé que le parti « s’oppose avec fermeté à […] ces incitations permanentes au communautarisme ». « Nous devons préserver notre identité et défendre notre langue ; l’assimilation des populations immigrés ne pouvant se faire qu’autour de ces piliers essentiels de notre République », ont-ils ajouté, inquiets d’éventuelles dérives telles que « des commerces et services publics en arabe ».


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