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campaign Syndicats — Octobre 2015

- 12e congrès UNIC -
SOS profession en danger !

Rassemblés les 25 et 26 septembre derniers à Hyères (Var), les adhérents de l’UNIC ont tenté de trouver des pistes face à la conjoncture actuelle de déréglementation de la profession, afin de préserver « une éducation routière à visage humain ».


« Jamais la profession n’aura connu un contexte aussi anxiogène et déprimant ». Philippe Colombani, président de l’UNIC, a ainsi donné le ton du 12e congrès de l’UNIC, organisé les 25 et 26 septembre à Hyères pour tenter d’assurer la survie de l’auto-école de demain. « La crise économique, aux conséquences pédagogiques, économiques et humaines dramatiques, n’a pas épargné les auto-écoles. Par ailleurs, l’État se défausse sur les écoles de conduite de ses responsabilités en matière de pénurie de places d’examens, cause majeure de l’augmentation « mécanique » du coût moyen de l’apprentissage de la conduite. »
Le président de l’UNIC a également stigmatisé « l’émergence d’offres Internet virtuelles avec de nouveaux opérateurs soutenus en sous-main par des potentats médiatiques, milliardaires de l’e-économie, et en toute impunité puisque ces entreprises sont avérées hors-la-loi et pourtant non poursuivies par les préfectures pourtant saisies par nos soins… ». Enfin, la loi Macron « donne une base législative et réglementaire à la destruction de tout un pan de la profession auto-école (…) ». Dans ce contexte, auquel s’ajoute l’augmentation de la mortalité routière, il s’agit de « redonner aux Français le droit d’accéder à une éducation routière, certes modernisée, mais qui doit rester à visage humain ! ».

L’UNIC, branche Éducation routière de la FNAA
Pour renforcer son pouvoir d’action, l’UNIC s’est rapprochée de la FNAA (Fédération nationale de l’artisanat automobile), devenant la branche Éducation routière de la fédération. Gérard Polo, président de la FNAA, Aliou Sow, secrétaire général et Émilie Repusseau, juriste, ont présenté la fédération aux adhérents de l’UNIC. « Nous fédérons et représentons les petites entreprises artisanales de proximité, qui contribuent au maillage territorial. Nous regroupons une grande diversité de métiers (carrossiers, réparateurs, contrôleurs techniques…), avec des valeurs communes (savoir-faire, qualité, sécurité, indépendance…) ». En rejoignant la FNAA, l’UNIC peut ainsi être représentée dans des instances comme la Commission paritaire nationale, l’ANFA (Association nationale pour la formation automobile) ou l’IRP Auto, et ses adhérents bénéficier d’une aide juridique et de nombreux produits et services.

Pierre Ginefri dans la fosse aux lions !
Comme à son habitude, Pierre Ginefri, sous-directeur à l’Éducation routière, a répondu à l’invitation de l’UNIC, malgré le risque d’un accueil hostile. S’il a admis « qu’on n’achète pas une formation au permis de conduire comme on achète une paire de chaussures », il a également souligné « qu’on ne peut pas ignorer les nouvelles technologies, l’omniprésence des smartphones… ».
Le sous-directeur a tout d’abord dressé le bilan d’1 an de réforme du permis de conduire. « Cette réforme peut vous paraître avancer lentement, mais elle a tout de même permis des progrès ».
Ainsi, les mesures d’urgence mises en place « ont permis de dégager 134 500 places d’examens B entre juillet 2014 et juin 2015. Le passage de 12 à 13 unités par jour pour les inspecteurs a créé 92 000 unités d’examen supplémentaires, les ETG effectuées par des réservistes de la police 24 000 unités, et celles effectuées par des agents publics 18 500 unités ».
L’externalisation complète de l’ETG, confiée à des organismes privés, est prévue au cours du premier trimestre 2016, un décret devant paraître prochainement. Selon Pierre Ginefri, « elle devrait apporter un potentiel annuel de 142 000 examens B. Enfin, les diplômes professionnels du groupe lourd confiés au ministère de l’éducation nationale pourraient créer 25 000 examens B ». Mais si les délais moyens d’attente après un échec au permis B (98 jours en 2013) ont légèrement baissé, on est encore loin des 45 jours, qui ne sont devenus réalité dans aucun département.

La MNA au cœur des débats
Concernant la MNA (méthode nationale d’attribution des places d’examens), Pierre Ginefri a présenté la méthode modifiée, qui attribue désormais les places d’examens notamment en fonction du nombre d’enseignants dont dispose chaque auto-école. « C’est à vous, écoles de conduite, de fournir à l’administration le nombre d’enseignants dont vous disposez, de manière nominative via un site Internet dédié. » Expérimentée dans deux départements (un rural et un en Île-de-France), cette nouvelle méthode a pour conséquence de générer un gain de places pour certaines auto-écoles, mais aussi parfois une perte de places pour d’autres. L’UNIC a bien martelé qu’il « n’était pas question qu’une école de conduite perde des places à cause de la MNA ».
Enfin, Pierre Ginefri a présenté un projet de décret concernant les frais d’accompagnement aux examens « au titre de la présence d’un membre du personnel de l’établissement lors de l’épreuve ou du transport sur le site de l’épreuve ». Ce décret prévoit que ces frais d’accompagnement « ne peuvent excéder le prix appliqué par l’établissement pour 1 heure de formation pratique ».
Ce point précis suscite le désaccord de l’UNIC. Pour Philippe Colombani, « ces frais ne doivent pas être ainsi limités, car chaque cas est particulier. À Paris, un élève peut prendre le métro pour se rendre à l’examen, alors que dans la Creuse le centre d’examens peut se situer à 80 km de l’auto-école ! ».
L’UNIC a également marqué son opposition à la suppression du second rendez-vous pédagogique de la conduite supervisée, prévue par un futur décret, pour tenir compte de la possibilité nouvelle de périodes très courtes de conduite supervisée.

Philippe Monneret et l’UNIC : place au dialogue
Entre l’UNIC et Philippe Monneret, pilote de moto et directeur des écoles de formation moto qui portent son nom, ce fût loin d’être toujours l’amour fou !
Le syndicat avait notamment contesté la légalité de l’inscription en ligne réalisable sur le site Internet Easymonneret. Mais comme l’explique Philippe Colombani, « le temps des conflits, en partie dû au fait que nous ne nous connaissions pas suffisamment, est révolu. Le dialogue s’avère désormais plus constructif ». Le président de l’UNIC a cependant tenu à préciser « qu’il n’existe aucun partenariat officiel entre les moto-écoles Monneret et l’UNIC. Ce qui n’interdit pas à nos adhérents, s’ils le désirent, d’entrer en contact avec les établissements de Philippe Monneret ». Ce dernier s’est déclaré « prêt à aider les pouvoirs publics et les moto-écoles à faire avancer le problème de la pénurie de pistes moto, un souci récurrent pour de nombreux établissements ».

titre professionnel et CQP  à l’horizon 2016
Éric Demazoin, formateur BAFM à l’université d’Aix-en-Provence, a présenté le CQP (Certificat de qualification professionnelle), obligatoire le 1er juillet 2016 pour pouvoir ouvrir un établissement d’enseignement de la conduite, et qui remplacera l’actuel stage de capacité de gestion. « Le volume d’heures de formation sera multiplié par 2, et le coût plus élevé. Les centres de formation devront procéder à une évaluation des candidats. On ne sait pas encore s’il s’agira d’une évaluation-type, identique pour tout le monde, ou bien propre à chaque centre de formation ».
Autre changement important, le titre professionnel ECSR (Enseignant de la conduite et de la sécurité routière) remplacera le Bepecaser au premier trimestre 2016. « Ce diplôme est surtout étudié pour les gros centres. Il comprend deux certificats de compétences professionnelles : le CCP1 (enseignant) et le CCP2 (sensibilisation et animation), tous deux nécessaires à l’obtention du titre professionnel ». Éric Demazoin a regretté l’absence de cohérence entre ces nouveaux diplômes « très complets » et les auto-écoles en ligne prônées par la loi Macron.

Un annuaire pour promouvoir les auto-écoles
Enfin, Arthur DeMouch et William Legrand ont présenté l’annuaire sur Hellopermis.com, lancé il y a quelques mois, et qui se veut « un véritable site de mise en relation entre les auto-écoles traditionnelles et les candidats au permis de conduire ». L’objectif est de permettre à ces dernières, en complément de leur propre site Web, de se faire connaître, avec la possibilité de modifier et d’enrichir leur fiche à tout moment. Un moyen parmi d’autres de contribuer à la survie de la profession !
C. S.





Un invité politique au congrès
Président du Parti Chrétien-Démocrate (PCD), orateur des débats sur la loi Macron pour Les Républicains à l’Assemblée nationale, et candidat à la primaire pour la présidence de la République 2017, Jean-Frédéric Poisson était l’invité du congrès de l’UNIC. Philippe Colombani, qui a précisé qu’il ne fallait pas y voir pour autant une orientation politique de l’UNIC, souhaitait ainsi « recueillir des solutions face à l’« Ubérisation » de la société, qui touche non seulement les auto-écoles mais aussi d’autres professions ».
Pour Jean-Frédéric Poisson, « le numérique ne peut régler tous les problèmes comme par magie. Si dans quelques cas, cette frénésie de déréglementation peut s’avérer utile (code des impôts, urbanisme…), elle met néanmoins en danger des pans entiers de l’économie, voire parfois la sécurité des personnes ». Quelles solutions selon le président du PCD ? Il s’agit tout d’abord de rappeler l’importance du contact entre les personnes lors d’un acte d’enseignement. « On n’a rien trouvé de mieux pour apprendre qu’une relation humaine collective, plutôt qu’un apprentissage isolé devant un écran ». Jean-Frédéric Poisson a également proposé « de faire payer aux entreprises de l’économie numérique des taxes et des impôts spécifiques ». Enfin, il estime que la lutte contre les dangers de l’économie numérique doit s’effectuer « de front, entre plusieurs professions ».


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