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map Vie des régions — Février 2008

-Auxerre-
La dynamique au service du développement


Ici comme ailleurs, la diversification et l’initiative sont les moteurs des auto-écoles qui réussissent. Qu’il s’agisse de proposer un large panel de formations ou de se risquer dans de nouvelles voies d’apprentissage, les gérants auxerrois montrent l’exemple.

Il existe encore des gens passionnés par leur métier dans le monde de l’auto-école. Laurence Abraham et Ronald Dalla Pozza en sont la preuve. Elle a passé son Bepecaser en 2005, parce qu’elle aimait la mécanique et la pédagogie. Dans la foulée, elle a obtenu sa mention deux-roues et la licence de sécurité routière, à l’université d’Aix-en-Provence. Lui est devenu moniteur en 1984, avec toutes les mentions, s’est installé à une cinquantaine de kilomètres d’Auxerre et a commencé à se diversifier dix ans plus tard, se lançant tout azimut dans les formations post-permis, les formations professionnelles et le BAFM.
En mai dernier, ils ont uni leurs compétences pour ouvrir, à Auxerre, l’auto-école AAC (Appréhender et Anticiper sa conduite). Les deux gérants proposent toutes sortes de formations : les traditionnels permis A et B, la conduite accompagnée et le BSR, mais aussi la préparation au Bepecaser et au BAFM, la réactualisation des connaissances et la capacité de gestion pour les gérants d’auto-écoles, la récupération de points pour les conducteurs infractionnistes, ainsi que certains Caces. Ce n’est pourtant pas la diversité des formations qui intéresse ces deux pédagogues, mais bel et bien la manière de les aborder.

Créer un laboratoire de l’enseignement de la conduite
Car, dans leur auto-école, l’idée est bel et bien de développer « de nouveaux concepts d’apprentissage », d’ouvrir une sorte de « laboratoire » de l’auto-école de demain. L’apprentissage de la conduite est leur premier champ d’action. Dans le cadre de son mémoire de fin d’étude, Laurence Abraham a choisi d’explorer une nouvelle méthode pour permettre aux élèves de dépasser les blocages au cours de l’apprentissage : la « verbalisation par l’écriture ». « Nous avons des élèves qui ont de grosses difficultés, à la fois sociales et psychologiques, explique-t-elle. Quand ils se retrouvent bloqués en cours de leçon, je les invite à écrire, après le cours, ce qu’ils ont ressenti. Cela leur permet de se libérer et nous aide à mieux les comprendre, pour relancer l’enseignement. » Compte tenu de la complexe dimension psychologique que revêt cette méthode, Laurence Abraham prend ses précautions : « Nous nous entourons des conseils d’universitaires et de psychologues », indique-t-elle, ajoutant qu’elle se documente beaucoup. Le conseil général, intéressé par cette initiative originale, subventionne l’expérimentation et l’apprentissage de la conduite de personnes en difficulté.

EXPÉRIMENTER UNE NOUVELLE MÉTHODE D’ENSEIGNEMENT
La formation théorique est également dans la ligne de mire de ces pédagogues. « Nous allons expérimenter une nouvelle manière d’enseigner le Code de la route, en passant par les valeurs culturelles, décrit Ronald Dalla-Pozza. Il s’agit de réaliser un vrai travail sur le respect de la règle, comprendre pourquoi le Code existe et à quoi servent les règles. C’est autant une démarche sur la conduite automobile que sur la citoyenneté. » Sur ce thème aussi, une expérimentation va être menée, avec des publics dits « difficiles ».
Et puisque l’éducation routière commence bien avant le permis, l’auto-école AAC compte également s’intéresser à la prévention en milieu scolaire. « J’ai proposé à la DDE une sensibilisation aux risques, d’une manière plus générale que d’habitude, indique Ronald Dalla-Pozza. Je l’ai déjà fait dans le Loiret avec Jean-Luc Agoguet et cela avait été très concluant. » Les deux gérants ne s’arrêtent pas là. Dans chaque formation, ou presque, ils introduisent une nouveauté. Pour l’AAC, il s’agira d’ajouter le perfectionnement des accompagnateurs et des débats théoriques. Pour la récupération de points, chaque stagiaire commencera par une demi-heure d’évaluation de sa conduite… Bref, ils innovent ou osent appliquer des idées murmurées ici et là, mais pas encore testées de manière officielle.
Au final, Laurence Abraham et Ronald Dalla Pozza concèdent ne pas courir après la rentabilité. Leur moteur à eux, c’est de faire de la recherche. « Aujourd’hui, les aspirations des têtes pensantes de l’auto-école ne correspondent plus à ce qui se passe sur le terrain, estime Ronald Dalla-Pozza. Je pense que dans les dix ans à venir, le monde de l’auto-école va complètement changer. Ils n’ont pas compris qu’il fallait se remettre en question. »

DES ÉLÈVES DIFFICILES À MOBILISER
À quelques kilomètres d’Auxerre, Isabelle Gendre partage cette envie de renouveau. Cette jeune gérante (elle a passé son Bepecaser en 1999) est en passe de reprendre l’auto-école fondée par sa mère en 1994. Lors de la dernière visite de La Tribune des Auto-Écoles (en 1997), celle-ci déclarait déjà avoir fait de la sécurité sa priorité et souhaiter « changer l’image des auto-écoles ». À l’époque, cette passionnée de pédagogie organisait des rencontres à thèmes, avec des spécialistes, pour les accompagnateurs de l’AAC et imposait 15 heures d’enseignement théorique à leurs élèves. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. L’auto-école du Parc a déménagé, optant pour un local plus grand et plus accueillant. Elle a également arrêté de proposer l’enseignement de la conduite en moto, faute de moniteur, et a revendu sa piste.
Côté enseignement, l’heure est plutôt à la désillusion. « Nous faisons moins d’AAC qu’auparavant, souligne Isabelle Gendre. Les gens qui arrivent à 17 ans pour se renseigner estiment qu’il est trop tard pour démarrer la conduite accompagnée. De plus, l’AAC est désormais perçue par les parents comme une contrainte. Avant, ils s’impliquaient plus, ils venaient voir comment se passait la formation, de leur propre initiative. Ce n’est plus le cas. » La jeune femme continue à développer des thèmes de sécurité routière en cours théoriques, mais les réunions animées par des spécialistes ont disparu : les intervenants sont difficiles à trouver et le public n’est plus au rendez-vous. Au final, Isabelle Gendre se dit déçue. « Depuis que je suis arrivée, explique-t-elle, l’évolution n’est pas positive. Les élèves viennent ici comme s’ils venaient acheter leur baguette, en consommateurs. »

LE PERMIS À 1 EURO PAR JOUR EN PERTE DE VITESSE
La jeune gérante ne se laisse pas abattre pour autant. Malgré les embûches, elle participe à des actions de sensibilisation en dehors de son établissement, avec des assurances ou la gendarmerie. Pour relancer les inscriptions, elle fait de la publicité sur les terrains de tennis et le marché de Noël. Elle a également fait le nécessaire pour proposer le permis à 1 euro par jour. « Ça a bien marché au début, raconte-t-elle. Les gens avaient entendu parler de cette mesure, ils nous en parlaient en venant s’inscrire. Il y a des mois où j’ai fait la moitié de mes inscriptions dans le cadre du dispositif… Puis ça s’est calmé. Aujourd’hui, si je fais une inscription tous les deux à trois mois, c’est bien. » Mais elle ne veut pas se laisser gagner par ces déceptions. Alors elle rêve de se diversifier pour trouver d’autres intérêts à l’enseignement de la conduite. « Je vais déjà passer la capacité de gestion pour reprendre l’auto-école, affirme-t-elle. Ensuite, j’aimerais repasser le BAFM, que j’ai raté en 2002. J’ai également une licence de sciences de l’éducation, je voudrais reprendre mes études pour obtenir l’option « Sécurité routière ». Ensuite, j’aimerais m’ouvrir de nouvelles voies dans la récupération de points. Je me dis qu’avec ces diplômes, les portes – notamment celles de l’Éducation Nationale – s’ouvriront plus. » Autant de projets qui lui permettent de ne pas se lasser et d’envisager l’avenir avec enthousiasme, malgré tout.

LA FORMATION PROFESSIONNELLE, SECTEUR CONCURRENTIEL
De retour à Auxerre, rendez-vous est pris avec un dernier enseignant qui ne reste pas les deux pieds dans le même sabot. Hervé Pichot est entré dans la profession, il y a trente ans, après avoir conduit des camions et travaillé dans les travaux publics. Ce début de carrière a largement influencé la suite : en trente ans, il a transformé sa petite auto-école en véritable centre de formation professionnelle. Sa progression a démarré doucement, avec la création d’une auto-école à Saint-Florentin, en 1980. Cinq ans plus tard, il ouvrait huit kilomètres plus loin un second établissement à Brienon-sur-Armançon, dans le but avoué de récolter des places d’examens sur un deuxième centre d’examen. Six ans plus tard, il ouvrait un bureau à Auxerre. « J’avais commencé par la moto et le poids lourd sur les deux premiers centres. Et je devais venir sur Auxerre pour pérenniser l’affaire, explique-t-il. Je partageais une piste appartenant à la ville avec d’autres auto-écoles. » Enfin, en 1998, il créait une nouvelle auto-école à Seignelay, un petit village entouré de hameaux. « Cette succession d’établissements constitue une ligne droite depuis Auxerre, détaille-t-il. Ce sont des petits bureaux, sur lesquels les moniteurs tournent. »
Hervé Pichot, alors propriétaire de quatre petites auto-écoles, ne s’arrête pas en si bon chemin. En 2001, une belle opportunité s’offre à lui. « J’ai racheté l’école de conduite de l’Yonne, l’un de mes concurrents pour le poids lourd, déclare-t-il. Je ne pouvais pas prendre le risque que quelqu’un d’autre acquière ce centre de formation. De plus, ils étaient propriétaires des pistes. En rachetant le fonds, je devenais locataire de cet outil de travail indispensable. »
Mettre la main sur un concurrent ne supprime pas pour autant les autres. Sur Auxerre, Hervé Pichot doit faire face à la présence de deux géants : l’AFT et Forget. Une concurrence d’autant plus rude que ces derniers disposent de l’agrément Fimo et Fcos. « À l’époque où ces formations complémentaires ont été mises en place, je ne répondais pas au cahier des charges pour obtenir l’agrément. Avec mes pistes et mes aménagements, je peux aujourd’hui y prétendre. J’en ai donc fait la demande. » Pour l’obtenir, le gérant n’a pas lésiné sur les moyens : il a fait entièrement refaire les pistes, construire un hangar pourvu de quais pour les Caces et monter des Algecos pour accueillir les salles de cours et les bureaux… Des investissements qu’il espère bientôt voir rentabilisés. Mais en attendant, Hervé Pichot réserve une surprise : « Pour l’instant, déclare-t-il, c’est le BSR qui est le plus rentable, parce qu’il permet de prendre plusieurs élèves, pour un engagement financier moindre ». D’où l’intérêt d’avoir plusieurs établissements et de proposer un large panel de formations : cette diversité d’engagements permet de compenser les investissements des uns par l’apport des autres.

Cécile Rudloff



FICHES D’IDENTITÉ

AAC (Appréhender et anticiper sa conduite)
Gérants : Laurence Abraham et Ronald Dalla Pozza
Formations proposées : A, B, AAC, BSR, formation de moniteurs (Bepecaser et BAFM), formation continue pour les exploitants d’auto-écoles (réactualisation des connaissances, capacité de gestion, formations post-permis), stages de récupération de points, sensibilisation aux risques en milieu scolaire, Caces
Inscriptions : une douzaine d’élèves en B, autant en A (entre l’ouverture, en mai 2007 et mi-novembre), huit Bepecaser
Véhicules : deux 206, une ER5, une ER6, deux Fazer
Tarifs : 1 110 € le forfait B, 36 € l’heure de conduite supplémentaire

Auto-école du Parc
Gérante : Isabelle Gendre
Salariés : deux moniteurs et une secrétaire à temps partiel
Formations proposées : B, AAC
Inscriptions : 131 en 2006
Véhicules : trois 207
Tarifs : 1 000,50 € le forfait B, 33 € l’heure de conduite supplémentaire

CER Dilo 89 / École de conduite de l’Yonne
Gérant : Hervé Pichot
Salariés : trois formateurs poids lourd, sept moniteurs voiture, une monitrice secrétaire, quatre secrétaires
Formations proposées : BSR, A, B, AAC, E(b), C, EC, D, Caces
Inscriptions : 157 BSR, 362 B/AAC, 48 E(b), 88 A, 170 poids lourd
Véhicules : quatre 207, un Scénic, un 4 x 4 Toyota, deux Honda CB500, une Yamaha 125 SR, quatre scooters Peugeot, quatre poids lourds
Tarifs : 1 185 € le forfait B, 35 € l’heure de conduite supplémentaire


CHIFFRES

Population : 37 820 habitants (recensement 1999)
Densité : 757 hab/km²
Revenu moyen par ménage : 14 567 €/an (données 2004)
Taux de chômage en 2005 : 8,4 % (9,6 % au niveau national à la même époque)




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