Le CNPA-Éducation Routière organisait son 52ème congrès les 22, 23 et 24 mai à Reims. Pour le syndicat, la modernisation de la profession passe surtout par la pédagogie.
Patrice Bessone, président du CNPA-Éducation Routière, avait annoncé avant le congrès de Reims vouloir gagner « la bataille de la communication ». Force est de constater, après la tenue du 52ème congrès du CNPA-ER du 22 au 24 mai dans la capitale du Champagne et des petites bulles, que son pari s’est plutôt avéré payant. La Une du Parisien, qui trônait à l’entrée du hall du Parc des Expositions, incarnait à elle-seule cette réussite. Le quotidien francilien titrait sur cette « réforme du permis », votée par le Conseil national de la sécurité routière parallèlement à la loi Macron, qui tendrait à instaurer des ateliers théoriques obligatoires dits de « gestion des risques » (cinq séances d’1h15) durant la formation au permis, ainsi qu’un post-examen (deux séances collectives de 3h15). Des idées fortement appuyées notamment… par le CNPA-ER !
Le CECUR au cœur des débats
Le timing de cette annonce était parfait et Emmanuel Barbe, nouveau délégué interministériel à la Sécurité routière, ne s’y est pas trompé. L’ancien proche collaborateur du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a relevé avec malice dimanche 24 après-midi, alors qu’il était l’invité d’honneur du CNPA, que l’article du Parisien était paru « fort opportunément » pour l’ouverture du Congrès de Reims. Il a par ailleurs tenu à démentir les informations des médias nationaux qui faisaient passer ces nouvelles contraintes de formation pour une réforme imminente. « Ces mesures me paraissent être des mesures de bon sens, a-t-il souligné, notamment parce que je crois en les vertus de la formation en groupe. Néanmoins, il reste encore beaucoup de chemin avant que cette recommandation votée par le CNSR ne devienne une loi. »
Michel Schipman, vice-président du CNPA-ER, a résumé ainsi l’avancée des travaux sur ce point. « On a l’acceptation des experts de la sécurité routière, il restera désormais à obtenir celle des politiques. » Cette recommandation, qui consiste à rajouter des étapes de formation, a été plus commodément baptisée CECUR pour qualifier le
« continuum éducatif du citoyen usager de la route ».
Le CNPA compte, selon son président, se baser sur « trois piliers » à l’avenir, et le premier d’entre eux tourne justement autour du projet CECUR. « Il faut également développer la démarche qualité, poursuit Patrice Bessone. Et la récompenser, en attribuant certaines formations à ceux qui ont le label. Le troisième pilier, c’est le permis à un euro par jour. Il faut le relancer, et pour ce faire le CNPA propose d’instaurer un fonds de garantie financé par la branche automobile. »
Auto-école digitale et modernisation
Bien sûr, la loi Macron était, à Reims, au centre de toutes les attentions. Clémence Artur, chargée des affaires publiques du CNPA-ER, était invitée à la tribune pour faire le point sur la réforme en compagnie de Patrice Bessone. « L’actualité de votre profession n’a jamais été aussi riche, a-t-elle annoncé. C’est pourquoi nous avons mis en place un système de flashs infos au jour le jour pour les adhérents. »
Comme le président du CNPA-ER, Clémence Artur a parlé de « guerre de communication » pour faire « comprendre aux Français les enjeux de sécurité routière » de la réforme du permis. Au final, à force de travail de « lobbying » et de persuasion, en réécrivant certains amendements ou encore en rencontrant le député rapporteur de la loi Gilles Savary, les auto-écoles pourraient avoir réussi à sauver « l’essentiel », notamment les 20 heures, le local et l’évaluation en présence du candidat. Néanmoins, il convient de rester prudent. « Le leitmotiv de Bercy, c’est l’auto-école en ligne », a prévenu Clémence Artur. Le chef de cabinet d’Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, serait « fasciné par les nouvelles technologies » et toujours décidé à libéraliser le secteur.
Pour être dans l’air du temps, le CNPA avait justement organisé un atelier qui avait pour thème « l’auto-école digitale », samedi 23 mai, auquel le syndicat avait convié des représentants des éditeurs pédagogiques : Frédéric Richard (Orata), Michel Goepp (Codes Rousseau), Yves Painsar (ENPC), Stéphane Croci (Ediser), Christophe Schneider (Planète Permis) et Abdessamad Bennani (logiciels AGX). Philippe Malpièce, secrétaire général du CNPA-ER, animait les débats.
« L’auto-école en ligne, c’est vous », a-t-il lancé à l’adresse des presque 900 congressistes. Ce qui est ressorti de ces échanges, c’est que les auto-écoles doivent s’approprier les nouvelles technologies, et non pas se laisser « dicter le futur », comme l’a souligné Frédéric Richard. Autrement dit, elles ne doivent être qu’un soutien pédagogique. Pour Patrice Bessone, « il faut adapter les technologies à notre profession, et pas l’inverse. On veut montrer que l’auto-école est moderne, en faisant du sur-mesure, avec par exemple des cours vidéos que l’on puisse envoyer facilement par mail à nos élèves ». Les éditeurs présents ont souligné leur volonté de « ne pas dématérialiser totalement l’auto-école » et, surtout, de proposer des prestations « à la carte ». Fini le temps où vous ne vous fournissiez qu’auprès d’un seul éditeur pédagogique !
Un atelier « modernisation de la profession » était également au programme, dimanche 24 mai.
Et les termes n’ont pas été choisis par hasard. « On aurait pu croire qu’en parlant de modernisation, on évoquerait l’aspect numérique, les nouveaux outils, a reconnu Patrice Bessone. Mais pour nous, la modernisation passe par l’amélioration pédagogique. » Le président du CNPA-ER en a encore profité pour faire le point sur le CECUR et prôner ses bienfait, car il correspond selon lui « au cadre fixé par le REMC ». Patrice Bessone s’est montré très optimiste. « Rien ne sera statué à ce sujet tant que la loi Macron ne sera pas entérinée, reconnaît-il. Mais ensuite, avec un peu de volonté politique, cela peut aller très vite. Pourquoi pas dès 2016. »
Encore des problèmes de délais…
La venue d’Emmanuel Barbe a conclu le congrès, dimanche 24 mai. En pleine réforme du permis de conduire, le délégué a tenu à la fois à rassurer les auto-écoles tout en les prévenant qu’il leur faudrait faire des efforts. « L’éducation routière est un outil de sécurité routière. Votre profession aura un rôle essentiel dans l’objectif de réduction de moitié du nombre de tués sur les routes en France », a-t-il scandé. Le représentant de la DSCR en a profité pour faire le point sur les mesures initiées par son ministre de tutelle, Bernard Cazeneuve, notamment la réduction des délais de passage du permis de conduire. « 24 départements ont connu une baisse des délais de plus de 10 jours, s’est-il félicité. De plus, pour l’île-de-France, 25 inspecteurs seront affectés spécifiquement à cette région dont nous connaissons les difficultés, d’ici le 1er octobre 2015. » Le haut fonctionnaire a précisé que cela représentait un gros effort pour l’administration car, comme chacun sait, il y a en ce moment « une baisse drastique des plafonds d’emplois ». Le Val-de-Marne, la Seine-Saint-Denis, le Bas-Rhin et la Corse ont cependant été pointés du doigt comme étant dans une situation critique en termes de délais, et le CNPA a dit suivre ces dossiers de près.
Au sujet de la loi Macron, Emmanuel Barbe a glissé une phrase pas si anodine que cela en stipulant que l’agrément serait maintenu mais qu’il pourrait devenir « soit national, soit local ». Les conséquences seraient importantes si un tel changement venait à être adopté, dans le sens où cela favoriserait un modèle comme celui d’Ornikar, qui veut dispenser des cours de conduite dans toute la France. Patrice Bessone, qui a prononcé un discours pour accueillir le représentant du ministère, a souligné de son côté « la dimension d’excellence », dans laquelle il souhaite voir s’inscrire le permis de conduire. « Laissons la médecine pratiquée par des médecins, la sécurité des personnes assurée par les forces de l’ordre et l’éducation routière par des écoles de conduite agréées », a-t-il martelé.
Actualités sociales
Enfin, Marie-Laure Cléret, juriste à la direction des affaires sociales du CNPA, est intervenue sur diverses questions de droit social. Elle s’est d’abord chargée de mettre les choses au point sur la situation des moniteurs auto-entrepreneurs, dont les annonces fleurissent encore et toujours sur Leboncoin notamment, comme l’ont souligné bon nombre de participants au congrès. « Vous ne pouvez pas embaucher de moniteurs auto-entrepreneurs, a-t-elle rappelé. Cela équivaut à du travail dissimulé. » Un constat « confirmé par les URSSAF, qui peuvent requalifier le contrat de travail », a précisé Patrice Bessone.
Marie-Laure Cléret a également fait le point sur la durée légale des temps partiels, élevée récemment à 24 heures au minimum. Heureusement, des ajustements sont possibles, et un accord a été trouvé pour l’enseignement de la conduite. « Un avenant du 23 janvier 2015 permet aux entreprises de moins de 11 salariés d’embaucher des temps partiels quelle que soit leur durée, a-t-elle souligné. Cela nécessite cependant une demande écrite et motivée de l’employé. » Pour les entreprises de plus de 11 salariés, la durée minimale a été fixée à 12h30.
Autre actualité sociale évoquée par la juriste, la complémentaire santé, obligatoire depuis le 1er mars 2015. « Ceux qui bénéficient d’une couverture santé à titre personnel peuvent la conserver jusqu’à échéance de leur contrat, à la fin de l’année. Mais dès janvier 2016, ils devront souscrire la mutuelle groupe de leur entreprise », a-t-elle noté. « Ceux qui adhèrent déjà à une mutuelle groupe par l’intermédiaire de leur conjoint sont exemptés. Idem pour ceux qui signent un CDD d’une durée inférieure à 12 mois. Quant à ceux qui ont plusieurs employeurs, ils peuvent choisir la mutuelle de celui pour lequel ils effectuent le plus grand nombre d’heures de
travail », conclut la spécialiste.
Entre informations sur les réformes et conseils pratiques et juridiques, autant dire que ce congrès de Reims a tenu toutes ses promesses !
L. L.
Les auto-écoles françaises ne sont pas seules !
Une table ronde était organisée, dimanche 24 mai, pour évoquer la « vision européenne de l’enseignement de la conduite ». John Lépine, président de l’EFA, organisation européenne des écoles de conduite, a fait forte impression auprès de son auditoire. « Les élèves veulent faire de la formation au Code en ligne, mais ils n’ont rien compris. Ils ne peuvent pas véritablement tester leurs connaissances, les auto-écoles sont essentielles pour la sécurité routière en Europe », a-t-il insisté.
Jeroen Smeesters, président belge de l’association Moving, a de son côté prôné la mise en place de « normes européennes en termes de qualité, en termes de locaux et de véhicules » dans les auto-écoles. Ceux qui pensaient que les auto-écoles françaises menaient un combat d’arrière-garde ont donc pu être rassurés. Jeroen Smeesters a notamment évoqué le système belge et la filière d’apprentissage dite « libre ». « Ce n’est pas une réussite. Nous sommes un des pires pays européens en matière de sécurité routière, avec plus de 800 morts sur les routes par an pour 11 millions d’habitants », a-t-il déploré. François Messobo, président des auto-écoles du Cameroun, était également présent à Reims pour « prendre exemple » sur ce qui se fait dans l’Hexagone. « Nous sommes en pleine réforme nous aussi, et nous nous battons contre des « pirates » qui font de la formation sans qualification », confiait-il. Les auto-écoles françaises se sentent moins seules.