Quelles sont les notions indispensables à connaître avant de prendre le volant en hiver ? Comment faire prendre conscience aux élèves des difficultés pratiques propres à cette saison lorsqu’on ne dispose pas d’une piste de conduite sur neige ? Voici tout ce que vos élèves doivent connaître sur la conduite hivernale.Basses températures, visibilité réduite, routes glissantes… : les conditions particulières de l’hiver rendent la conduite automobile plus difficile qu’en été et nécessitent donc un comportement adapté, que ce soit pour préparer et entretenir son véhicule ou pour la conduite elle-même.
AVANT DE PRENDRE LE VOLANT Tout d’abord, il peut être utile de consulter la météo et de se renseigner sur l’état des routes. Vérifiez ensuite que vous disposez d’un certain nombre d’accessoires, qui se révèlent vite indispensables en hiver : grattoir ganté, bombe antigivre, gants, lampe de poche, lave-glace antigel, bombe antigel pour la serrure (si la voiture n’est pas dotée de fermeture à distance), gilet réfléchissant, ainsi que votre téléphone portable pour donner l’alerte en cas de problèmes. Une couverture, une bouteille d’eau et une couverture peuvent également se révéler très utiles en attendant les secours. Un câble pouvant supporter la traction de votre véhicule pourra vous aider à sortir d’une situation délicate ou à aider un autre automobiliste. Ensuite, n’oubliez pas d’ôter la neige qui s’est accumulée sur le toit, le capot, les vitres et les phares, ainsi que de gratter la glace collée sur le pare-brise, la lunette arrière et les vitres latérales.
UN ENTRETIEN MINUTIEUXLes conditions rudes de l’hiver demandent un entretien du véhicule encore plus poussé qu’en été. Lorsque le thermomètre avoisine les 0 °C, la batterie perd 50 % de son efficacité. De plus, les basses températures peuvent la décharger. Pour préserver la batterie, débrayez en démarrant la voiture. Lavez régulièrement votre véhicule, car le sel déposé sur les routes est corrosif pour la carrosserie, le dessous du véhicule et les pneus. Évitez d’utiliser les essuie-glace pour enlever le givre apparu pendant la nuit : cela les abîme et est inefficace. Le soir, relevez vos essuie-glaces pour éviter qu’ils ne « collent » au pare-brise. Une ampoule perd 10 % de sa luminosité chaque année. Si vous décidez de changer vos ampoules, changez-les en même temps pour le phare droit et le phare gauche, car elles s’usent à la même vitesse. Attention, sur bon nombre de voitures récentes, changer une ampoule oblige à démonter une partie de l’avant de la voiture et nécessite souvent un rendez-vous chez le garagiste !
DÉMARRAGE EN DOUCEURPar temps de forte neige, allumez vos feux de croisement et vos feux arrière de brouillard. Il n’est pas recommandé de faire tourner à froid le moteur, ni d’accélérer fortement au démarrage, car cela fatigue le moteur et pollue davantage. En effet, le pot catalytique n’a pas eu le temps de monter en température pour éliminer les émissions toxiques. Pour démarrer sur la neige, mettez les roues directrices dans l’axe de la voiture, moteur à 2 000/2 500 tr/min. Enclenchez la première vitesse et lâchez doucement et progressivement l’embrayage pendant environ 150 m. Si vous lâchez l’embrayage trop tôt ou trop rapidement, cela entraînera une perte d’adhérence des roues. Si les roues patinent, relâchez au maximum l’accélérateur au maximum (à la limite du calage) afin que les roues retrouvent de l’adhérence. Enfin, par temps de gel ou de neige, en cas de stationnement prolongé, notamment la nuit, il est recommandé de ne pas serrer le frein à main (le froid risque de le bloquer en formant de la glace sur le câble), mais d’enclencher une vitesse.
UNE CONDUITE APAISÉEEn conduite hivernale, soyez très doux avec l’accélérateur et sur la pédale de frein. Ne donnez pas de brusques coups de volant. Tout mouvement précipité peut entraîner une perte d’adhérence ou même une perte de contrôle. Évitez de rouler à des vitesses élevées et adoptez une conduite coulée. Un tel comportement au volant présente également l’avantage de réduire la consommation de carburant. Prenez garde aux zones à risque, sur lesquelles le verglas est fréquent : virages, ronds-points, zones d’ombre, arbres le long des routes, ponts et bords de rivière ou de plan d’eau… Si vous devez rester concentré sur votre conduite, n’oubliez pas pour autant de prendre en compte et d’anticiper les éventuels comportements à risque des autres conducteurs (glissades, freinages, dérapages…). Maintenez une grande distance avec le véhicule qui vous précède. En côte, trouvez le rapport adéquat (en général, la deuxième vitesse) et gardez un régime relativement bas. Si les roues se mettent à patiner, relâchez légèrement l’accélérateur pour retrouver de l’adhérence. Dans une descente, utilisez le frein moteur. Pour prendre un virage, ralentissez avant d’aborder le virage, alors que vous êtes toujours en ligne droite. Puis tournez le volant avec souplesse et constance. À l’intérieur du virage, conservez une vitesse lente et régulière, pour garder la voiture en équilibre.
FREINER SUR LA NEIGESi le véhicule est équipé de l’ABS, il faut freiner d’un coup sec pour que le système libère les freins sur chacune des roues par intermittence. Si le véhicule n’est pas équipé de l’ABS, il vaut mieux freiner non pas brutalement mais progressivement. Quoi qu’il en soit, les systèmes électroniques comme l’ABS, l’ESP (contrôle de stabilité) et l’ASR (système anti-patinage) n’empêchent pas d’être vigilant sur la route. Ces systèmes peuvent parfois donner une illusion de sécurité qui peut faire dangereusement augmenter sa vitesse.
LES CONSEILS PRATIQUES D’UN MONITEUR SPÉCIALISÉPour compléter cette série de conseils de conduite, Pierre Legrand, moniteur à l’auto-école Les Roches Bleues (Isère), qui dispense des stages de conduite sur neige sur la piste de Chamrousse, nous fait part de son expérience. « Je conseillerais à ceux qui ne sont vraiment pas habitués à la conduite sur neige d’être plutôt en sous-régime qu’en sur-régime, car le moindre lâcher d’accélérateur fait « partir » l’arrière. Il est également très important de toujours diriger le regard au bon endroit, c’est-à-dire non pas se focaliser sur les obstacles à éviter mais plutôt sur l’endroit où l’on veut passer. Si la voiture « chasse » de l’arrière, il faut maintenir l’accélération et contrebraquer, en sens inverse. Par exemple, si dans un virage à gauche, l’arrière de la voiture part à droite, il faut tourner le volant à droite. Si rien ne se passe après cette manœuvre, il faut débrayer et freiner. Si le choc s’avère inévitable, il faut toujours mieux le prendre de face, plutôt que de côté. En effet, de face, les airbags et les ceintures de sécurité constituent une protection efficace, alors que si le choc est latéral, les vertèbres souffrent davantage et cela peut entraîner des paralysies. De plus, lors d’un choc sur le côté, les voitures ont davantage tendance à « rebondir », et repartent dans l’autre sens voire en tonneau. »
LES PNEUS HIVER : INDISPENSABLES !Bien que les pneus hiver soient aussi parfois appelés « pneus neige », ils ne sont pas pour autant utilisables uniquement lorsqu’il neige, mais sont tout à fait adaptés à une route glissante, mouillée ou verglacée. En pratique, il est recommandé de les monter dès que la température descend en dessous de + 7 °C. En effet, sous cette température, un pneu été ne fournit plus une prestation optimale et peut perdre jusqu’à 50 % de son adhérence. La baisse des températures entraîne le durcissement du caoutchouc et diminue son élasticité. Par contre, un pneu hiver conserve son élasticité même à de basses températures, garantissant une tenue de route sans souci. On considère qu’une voiture équipée de pneus hiver lancée à 80 km/h sur la neige doit disposer de 70 m pour s’arrêter. Il lui faudra 42 m de plus, c’est-à-dire au total 112 m, si elle est équipée de pneus été. Même si un pneu hiver peut s’utiliser en principe par tous les temps, il est déconseillé de l’employer hors période hivernale, car ses aptitudes sur sol sec ne sont pas équivalentes à celles d’un pneu été. Il faut toujours monter les pneus hiver par 4, car dans le cas contraire (2 pneus hiver + 2 pneus été), le comportement du véhicule n’est pas homogène et l’un des deux essieux peut « décrocher brutalement » : c’est le tête-à-queue. D’autre part, plus la température baisse, plus la pression des pneus diminue. Il faut donc contrôler encore plus régulièrement la pression de ses pneus hiver et les gonfler un peu plus (+ 0,2 bar) qu’à l’ordinaire. Ne pas oublier également de contrôler la profondeur de sculpture, qui ne doit légalement pas être inférieure à 4 mm (contre 1,6 mm pour les pneus été). Pour rouler en sécurité, il est donc fortement conseillé d’équiper son véhicule de pneus hiver durant toute la période hivernale, soit de fin octobre/début novembre à fin mars/début avril. Un pneu hiver se reconnaît par son inscription « M+S » (de l’anglais Mud + Snow : boue + neige) ou « MS » ou « M & S », apposée sur son flanc. En moyenne, sa durée de vie est d’environ 4 hivers. Enfin, le montage des pneus hiver n’exclut pas totalement l’utilisation des chaînes sur les routes particulièrement enneigées. La vitesse est alors limitée à 50 km/h, mais il est conseillé de ne pas dépasser les 30 km/h.
PRENDRE CONSCIENCE DES DIFFICULTÉS PAR LA PRATIQUESi la plupart des auto-écoles n’ont pas la possibilité de disposer d’une piste spécifique sur neige, il est malgré tout possible de simuler la conduite sur chaussée glissante, en utilisant des simulateurs de perte d’adhérence. Si ECF n’a pas d’écoles de conduite spécialisées en conduite sur neige, le réseau utilise le simulateur de perte de contrôle pour sensibiliser les élèves à la conduite sur chaussée glissante. « Mais nous faisons bien comprendre aux enseignants qu’il ne s’agit surtout pas d’apprendre aux élèves des notions très techniques, mais plutôt de leur inculquer les situations dans lesquelles il faut éviter de se retrouver », précise Frédéric Martinez, attaché de direction à ECF. « En d’autres termes nous leur apprenons à se comporter de manière adéquate lorsqu’ils seront confrontés à des situations délicates ».
SE SERVIR DES ENQUÊTES ECPAJacky Foucteau, responsable pédagogique de l’Anper, suggère une autre idée de sensibilisation. « Nous utilisons les statistiques des enquêtes ECPA (Enquête comprendre pour agir, placées sous la responsabilité du préfet de chaque département) pour faire par exemple comprendre aux élèves que les accidents ont surtout lieu quand les conditions météo sont idéales, contrairement aux idées reçues ». Ces enquêtes peuvent aussi servir à montrer que même s’il y a moins d’accidents en hiver, ces derniers sont souvent d’une gravité élevée. Enfin, il peut être intéressant d’utiliser les programmes spécifiques présents sur les simulateurs de conduite, qui font travailler l’élève sur la conduite en conditions météorologiques difficiles (pluie, neige, brouillard, verglas).
Christophe Susung